POLITIQUE

Deux sites d'injection supervisée ouvriront prochainement à Montréal

12/05/2017 04:45 EDT | Actualisé 12/05/2017 04:45 EDT
Jacky Naegelen / Reuters
A tray with material for injections is seen at the SCMR (Drug supervised injection site), the first supervised injection room for drug users, in Paris, France, October 11, 2016. The new centre, located in a street adjoining Paris's Gare du Nord train station, will allow addicts to inject with clean syringes and under supervision in order to curb overdose deaths and transmission of diseases spread by needle-sharing. REUTERS/Jacky Naegelen

Après des années d'un travail constant de sensibilisation et de persuasion, deux sites d'injection supervisée ouvriront leurs portes bientôt à Montréal, l'un dans l'arrondissement Ville-Marie, l'autre dans Hochelaga-Maisonneuve.

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a eu une heureuse surprise vendredi, alors qu'elle se trouvait à Montréal pour visiter les locaux d'un des deux sites à la veille de l'ouverture de deux événements internationaux sur la toxicomanie qui se tiendront dans la métropole: la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, venait tout juste d'accorder plus tôt dans la journée les exemptions légales requises afin de permettre aux deux centres d'ouvrir leurs portes.

Les sites d'injection supervisée offrent un espace sécuritaire aux toxicomanes et leur fournissent le matériel requis (seringues stériles, tampons de gaze et autres) pour procéder à des injections sans risque. Ce sont les usagers eux-mêmes qui doivent apporter leur drogue.

L'accueil est anonyme et confidentiel et les usagers sont accompagnés sur place d'infirmières et d'intervenants communautaires et psychosociaux.

Le modèle se base sur l'expertise développée par Insite, à Vancouver, le premier site du genre en Amérique du Nord, qui est ouvert depuis 2003.

L'expérience a démontré que de tels sites réduisent le nombre de décès par surdose et la transmission de l'hépatite C et du VIH, deux maladies qui font des ravages chez les usagers de drogues intraveineuses. Vancouver a également connu une diminution des admissions à l'urgence pour des surdoses.

Cette approche permet également aux intervenants de rejoindre les toxicomanes et de les orienter vers des services de santé et sociaux. Dans la métropole de la côte Ouest, quelque 30 pour cent des usagers d'Insite se sont inscrits à des programmes de lutte contre la dépendance.

Pour l'entourage, qui exprime souvent des réticences à accueillir un tel service, on note une réduction marquée du nombre de seringues usagées qui traînent un peu partout et de l'utilisation par des toxicomanes de lieux publics pour des injections.

Dans la seule région de Montréal, on dénombre environ 70 décès par surdose par année, dont 15 à 20 avec des drogues injectables.

Les deux premiers sites montréalais seront gérés par les organismes communautaires Cactus (Ville-Marie) et Dopamine (Hochelaga-Maisonneuve).

Deux autres sites sont prévus, soit un deuxième dans l'arrondissement Ville-Marie qui sera géré par l'organisme Spectre de rue et une unité mobile, qui sera menée par l'Anonyme.

Un budget de 12 millions $ sur trois ans sera consacré à cet effort de soutien aux toxicomanes.

La ministre s'oppose aux comités de citoyens

La ministre Philpott rejette pour sa part l'idée de créer des comités de citoyens pour les centres d'injection supervisée.

Cet amendement au projet de loi C-37 était proposé par le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu.

Celui-ci préconisait la création d'un comité composé de cinq à 10 citoyens du quartier où chaque nouveau centre serait implanté. Ce comité consultatif aurait servi à véhiculer les préoccupations des citoyens.

La ministre Philpott estime qu'une telle exigence stigmatiserait les centres d'injection supervisée et les gens qui les fréquentent. Elle ajoute qu'aucun autre service de santé ne requiert ce type de comité de citoyens.

Le Sénat a proposé deux autres amendements approuvés par la ministre. L'un ajoute une période minimale de consultation de 45 jours à la discrétion du ministre. Le projet de loi fixait une durée maximale de 90 jours sans préciser de minimum.

L'autre amendement visait à obliger les centres à offrir aux toxicomanes de s'injecter un produit thérapeutique comme de la méthadone au lieu de la drogue achetée de façon illicite.

La ministre a indiqué que ces centres ne sont pas tous équipés pour offrir ce type de traitement. Elle a donc enlevé l'aspect obligatoire et laissé à la discrétion du personnel des centres le choix d'offrir ou non un produit alternatif.

Le projet de loi C-37 vise, entre autres, à faciliter l'ouverture de centres d'injection supervisée qui avait été rendue plus difficile sous le gouvernement Harper.

La Chambre des communes étudie présentement les amendements proposés par le Sénat. Jane Philpott espère que son projet de loi sera adopté la semaine prochaine.

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