POLITIQUE

L'UPAC promet que l'enquête Mâchurer aboutira

04/05/2017 08:55 EDT | Actualisé 04/05/2017 08:55 EDT

Fuites d'information, allégations, longues enquêtes : voilà sur quoi Robert Lafrenière, commissaire de l'UPAC a été appelé à répondre, jeudi, devant la commission de la sécurité publique de l'Assemblée nationale. Pendant ce temps, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, rencontrait les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) relativement aux allégations qu'il a lancées la semaine dernière visant des élus du Parti libéral du Québec.

Au coeur de l'affaire, de possibles malversations liées au financement politique et à l'octroi de contrats publics, des thèmes qui avaient poussé au déclenchement en 2013 de l'enquête Mâchurer. Une enquête qui, selon Québecor, aurait porté jusqu'à récemment sur l'ancien premier ministre libéral, Jean Charest et l'ex-collecteur de fonds du Parti libéral du Québec, Marc Bibeau.

Jeudi à l'Assemblée nationale, Robert Lafrenière s'est dit déterminé à faire aboutir l'enquête Mâchurer, qui n'a pas été compromise par les fuites d'informations de la semaine dernière, assure-t-il.

Parmi les fuites d'information de la semaine passée, celles faites par Yves Francoeur ont eu l'effet d'un pavé dans la mare.

Le président du syndicat des policiers allègue que deux élus libéraux ont échappé à des accusations au terme d'une enquête portant sur des modifications législatives, apportées en échange de dons au parti. Une affaire qui, de plus, impliquerait un promoteur immobilier « relié à la mafia italienne ».

À ce sujet, la Sûreté du Québec a été appelée par le ministère de la Sécurité publique à ouvrir une enquête.

Une distraction, tout au plus, dit Robert Lafrenière

À l'UPAQ, on se questionne : Robert Lafrenière assure n'avoir « rien trouvé » qui pourrait corroborer les allégations du président de la Fraternité des policiers de Montréal.

Et il affirme que l'enquête Mâchurer n'a pas été menacée par cette fuite-là. « Si la personne qui a fait ça pensait nous déstabiliser, elle ne nous a que distraits. Soyez certains que je vais me rendre au bout de cette enquête […] et on va le déposer au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), j’en suis convaincu », a affirmé Robert Lafrenière.

Le commissaire de l'UPAC a par ailleurs expliqué que, si l'enquête Mâchurer avait été retardée, c'est parce qu'elle a fait l'objet d'une requête judiciaire.

Il faut trouver « le bandit qui aurait fait ça » - Robert Lafrenière

M. Lafrenière dit par ailleurs avoir été « outré » par ces fuites « inadmissibles » provenant « selon toute vraisemblance » de documents détenus par son organisation. Il n'a pu dire si la fuite était attribuable à un membre de l'UPAC ou à un pirate informatique, mais il a indiqué qu'il s'agissait là d'une infraction criminelle d'entrave à la justice.

Au sein de l'UPAC, une enquête est en cours pour comprendre comment des documents confidentiels ont pu faire l'objet de telles fuites. D'autres mesures ont été prises : les échanges d'informations entre groupes d'enquêteurs de l'UPAC nécessitent maintenant l'accord de gestionnaires, ce qui constitue un « petit handicap », d'affirmer M. Lafrenière.

« C’est un geste d’une déloyauté totale. [...] Je souhaite ardemment qu’on arrive à la conclusion et qu’on trouve le bandit qui aurait fait ça. »

Robert Lafrenière

De longues enquêtes, mais pas de complot, dit Robert Lafrenière

Le commissaire de l’UPAC dit être conscient que des gens s’interrogent sur le temps qui s’écoule entre des perquisitions médiatisées et le dépôt d’accusations, mais assure qu'il ne faut pas y voir la preuve d'un quelconque complot.

« Souvent, on s’est fait dire : "il y a eu une perquisition en telle année, et il ne s’est rien passé" », a-t-il convenu. « Quand on reçoit un signalement et qu’on pense qu’on peut perdre la preuve, rapidement, si on obtient des mandats de perquisition, on agit. On va chercher la preuve, on la cristallise et puis on remet la suite du dossier à plus tard. C’est pour ça que, des fois, ça nous a fait mal paraître. »

Il n'est donc pas question d'accélérer le travail des enquêteurs pour répondre aux pressions. « Moi, la vitesse, j’embarque pas là-dedans. Je ne tourne pas les coins ronds. Je me rends à la cible avec le temps que ça va prendre. Et on va arrêter de mettre de la pression sur les enquêteurs pour que ça aille plus vite », a lancé M. Lafrenière.

Ni immunité ni blocage de dossiers

Robert Lafrenière dément par ailleurs que les élus puissent bénéficier d’un traitement spécial dans le cadre des enquêtes de l'UPAC. « Il n’y en a pas d’immunité pour personne », a-t-il assuré. Il soutient même que l’UPAC considère comme un « facteur aggravant » le fait qu’une personne visée par des allégations soit un élu, municipal ou provincial. « Il faut tout de suite s’en occuper. »

« Il n’y a aucun blocage. Ce qui amène cette perception, […] c’est la longueur de nos dossiers. Et ça va toujours être des dossiers longs. Il y en a un, entre autres, qui est rendu à neuf ans. Mais on va arriver à des conclusions. Et j’ai bien l’impression qu’on va mettre des bracelets à ces gens. »

Robert Lafrenière

« Êtes-vous capable de mener à terme vos enquêtes? » - Pascal Bérubé

Lors d’un point de presse plus tôt ce matin, le porte-parole du PQ en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé, a souligné l’importance du passage de M. Lafrenière en commission pour rassurer la population.

« Aujourd’hui, nous ne négligerons rien pour obtenir toute la vérité sur ce qui est essentiel : êtes-vous capable de mener à terme vos enquêtes? Vos travaux? »

Pascal Bérubé

Les partis d’opposition ont réitéré leurs inquiétudes sur l’indépendance du patron de l’UPAC face au pouvoir politique. Le PQ et la Coalition avenir Québec (CAQ) réclament que le patron de l’UPAC soit nommé par l’Assemblée nationale – au vote des deux tiers, comme c’est le cas de la vérificatrice générale – plutôt que par le Bureau du premier ministre.

« L’UPAC a été créée en 2011 par le gouvernement de M. Charest, M. Lafrenière a été nommé par le gouvernement de M. Charest, a été renommé par le gouvernement de M. Couillard, souligne le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé. Ils sont les seuls à choisir le patron, et une des questions qui va se poser [c’est] : qui est le patron de M. Lafrenière? À qui se rapporte-t-il? Et ce n’est pas clair pour tout le monde. »

Le leader parlementaire de la CAQ abonde : « Je ne dis pas que ces officiers-là [ceux de l’UPAC] n’ont pas d’indépendance », mais il estime qu’une nomination par l’Assemblée nationale éliminerait ce type de questionnements. M. Caire souhaite également que les élus interrogent M. Lafrenière sur le « coulage d’informations dans les médias » et l’avancement des enquêtes.

« C’est notre rendez-vous annuel, c’est notre seule occasion de poser des questions essentielles, que se pose le public, qui sont à la base de notre démocratie, et qui pourront permettre de rassurer le public », a conclu M. Bérubé.

Lino Zambito à l'affût

Le patron de l'UPAC a par ailleurs témoigné sous le regard intéressé de deux témoins vedettes de la commission Charbonneau, soit l'ex-entrepreneur Lino Zambito et l'ex-syndicaliste Ken Pereira.

Peu avant le début de l’étude des crédits, M. Zambito, qui avait fait de nombreuses allégations devant cette commission sur la collusion à Montréal et le financement du PLQ, a été fort critique du patron de l’UPAC en qui il n’a plus confiance.

« Les dossiers des enquêteurs de l’UPAC sont très bien faits, ils sont bien étoffés, a-t-il insisté. Le problème que moi je vois, c’est que quand les dossiers sont terminés et vient le temps que la haute direction les envoie au DPCP, on s’accroche les pieds ».

« Moi, je m’en viens écouter M. Lafrenière, il y a des dossiers [dans lesquels] je suis impliqué. Il y a des déclarations que j’ai faites à l’UPAC dans le dossier de [l’ex-ministre libérale Nathalie ] Normandeau, et on voit que, dans certains dossiers, plus on s’approche du pouvoir politique, [plus] on fait du surplace », a-t-il insisté.

Ken Pereira déçu du travail de l'UPAC

Le syndicaliste Ken Peirera, qui avait pour sa part alimenté la commission Charbonneau en révélant les dessous du milieu syndical de la construction, était aussi présent dans la salle afin de voir si ce dont il sera discuté « concorde avec qu’est-ce que je sais ».

M. Pereira, qui dit n'avoir aucun doute sur l'intégrité de l'UPAC, est cependant déçu de son travail, estimant que toute la vérité n’a pas été révélée.

« Je fais confiance à l’UPAC. Mais il faut se demander pourquoi on est rendus à une couple d’années et qu’il y a rien qui a sorti. J’ai confiance aux inspecteurs, j’ai donné beaucoup d’informations, mais elle est rendue ou cette information-là? »

Ken Peirera

Il soutient avoir encore des contacts « assez régulièrement » avec des enquêteurs de l’UPAC, mais il doute de la progression des enquêtes.

Il reproche également aux policiers d’avoir lancé « une chasse aux sources journalistiques » sous prétexte qu’elles nuisent aux enquêtes policières.

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