POLITIQUE

Ottawa renonce aux économies que devait générer le système Phénix

27/04/2017 08:40 EDT | Actualisé 27/04/2017 08:45 EDT

Après plus d'un an de ratés du système de paye Phénix, le gouvernement fédéral annoncera, jeudi avant-midi, d'importantes mesures pour tenter de résorber la crise. Ottawa renoncera aussi pour l'instant à d'importantes économies.

Un texte de Catherine Lanthier

Radio-Canada a appris de sources gouvernementales que le fédéral tirera temporairement une croix sur les économies promises de 70 millions de dollars par année que devait rapporter l'implantation du système.

Les ministères et agences pourront ainsi se partager cette somme et la réinvestir là où ils le jugent nécessaire. D’autres conseillers en rémunération pourraient notamment être embauchés, afin de mettre de l’ordre dans le dossier Phénix, qui cause toujours des maux de tête à des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux.

Cette mesure sera appliquée rétroactivement pour 2016-2017 et se poursuivra cette année. Ottawa renonce ainsi à un total de 140 millions de dollars en épargnes que devait rapporter le système lors de cette période.

Cette somme s’additionne aux 50 millions de dollars déjà dépensés l’an dernier pour pallier les ratés du système. Les estimations des coûts supplémentaires pour cette année n’ont toujours pas été dévoilées.

Il s’agit d’un revirement inattendu, qui survient quelques semaines seulement après que la haute fonctionnaire responsable du dossier, Marie Lemay, eut affirmé que le gouvernement était enfin à un « tournant » dans la résolution des problèmes engendrés par ce système de paye.

De grosses pointures pour résoudre la crise

Le gouvernement fédéral annoncera également la formation d’un groupe de travail ministériel exclusivement consacré à résoudre les multiples problèmes liés au système de paye Phénix. Il sera présidé par le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, en raison de sa vaste expérience en tant que parlementaire.

Le groupe sera également composé du président du Secrétariat du Conseil du Trésor, Scott Brison, du ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Jim Carr, de son secrétaire parlementaire, Steven MacKinnon, et du ministre des Finances, Bill Morneau.

De plus, Ottawa annoncera que les frais de comptabilité déboursés par les fonctionnaires pour produire leur déclaration de revenus pourront être remboursés jusqu’à hauteur de 200 $ par année, jusqu’en 2018.

Encore des milliers de cas non résolus

Le système de paye, lancé en février 2016, a mis le gouvernement dans l’embarras à plusieurs reprises.

En juillet dernier, le gouvernement révélait que plus de 80 000 fonctionnaires avaient des problèmes de paye.

Lors de la dernière mise à jour du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement, environ 270 000 « mouvements de paye » ne respectaient toujours pas les normes de service du gouvernement.

Depuis quelques mois, Ottawa utilise cette terminologie et refuse de révéler le nombre total de fonctionnaires touchés.

Alors que des milliers d'employés de l'État ont été trop payés, d’autres ne l'ont pas été pas du tout, ce qui a leur a causé des problèmes financiers et personnels, tel que Radio-Canada a pu le constater à de maintes reprises.

Les fonctionnaires les plus vulnérables, comme les femmes en congé de maternité, figurent parmi les plus pénalisés par les ratés du système, développé par l'entreprise IBM.

À qui la faute?

Le gouvernement de Justin Trudeau affirme depuis le début de la crise que le gouvernement de Stephen Harper est à l’origine du fiasco, puisqu'il a pris la décision de se départir de quelque 700 conseillers en rémunération et employés oeuvrant aux services de paye.

Depuis, 200 conseillers en rémunération ont été embauchés et des bureaux satellites ont notamment été mis sur pied, afin de venir en aide aux fonctionnaires.

Le Parti conservateur du Canada a cependant reproché au gouvernement actuel d’avoir déployé le système à l’ensemble de la fonction publique fédérale en avril 2016, même si des drapeaux rouges étaient déjà levés.

Le Bureau du vérificateur général du Canada enquête sur ce fiasco, qui pourrait bien être le pire cafouillage administratif de l’histoire canadienne. Des évaluations internes sont également en cours.

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