DIVERTISSEMENT

Majestueuse PJ Harvey au Métropolis

15/04/2017 08:24 EDT | Actualisé 15/04/2017 08:25 EDT
Paméla Lajeunesse

L’iconique chanteuse britannique PJ Harvey est de passage à Montréal, ce week-end, et deux fois plutôt qu’une : devant la popularité du concert annoncé en début d’année pour le samedi 15 avril, evenko a rapidement dû ajouter une supplémentaire le vendredi, 14 avril, au lendemain d’un arrêt de la bête de scène à Toronto.

Faut voir et entendre PJ Harvey une seule fois en spectacle pour comprendre l’engouement envers elle, qui dure depuis le début des années 90. S’inscrivant dans un créneau plutôt niché, mais ô combien rassembleuse, l’auteure-compositrice de 47 ans n’a à peu près jamais connu de baisse de régime, avec neuf albums solos en carrière et un impressionnant bassin de fidèles. Vendredi, la foule lui a bruyamment manifesté son respect, son support et son affection.

Les mélomanes purs et durs ont de quoi se régaler de ses musiques teintées de toutes les influences et de toutes les instrumentations. Accompagnée de neuf musiciens sur scène, l’artiste aux allures «soft gothiques» fait une large place aux percussions dans ses orchestrations, mais aussi aux cordes et aux cuivres. Ça peut être tantôt résolument rock, plus tard presque folk, plus loin gospel, avec des touches de métal ou de blues mais, toujours, l’amalgame qui résonne à nos oreilles est majestueux et enveloppant, comme si la musique de PJ Harvey vivait seule, indépendamment de sa personne, comme si elle était un personnage ou, mieux, un cocon qu’on habiterait le temps d’une écoute. L’entendre sur disque ne revêt pas le même impact que de vibrer avec elle en prestation live, croyez-nous sur parole.

Harvey s’amuse visiblement avec son art, capable d’en faire ressortir toutes les possibilités et subtilités. Sa voix aussi douce que puissante, capable d’épouser tous les styles, en impose autant que son charisme, qui revole et frappe comme une tonne de briques.

Et sa démarche aux textes est tout aussi riche : The Hope Six Demolition Project, son neuvième et dernier opus solo, paru mi-2016, qui sert de prétexte à sa présente tournée nord-américaine, se déploie avec, en trame de fond, les observations des récents conflits armés au Kosovo et en Afghanistan effectuées par la créatrice lors de voyages là-bas, ainsi que d’autres témoignages de misère humaine.

Dans une salle remplie comme il se devait à pleine capacité, c’est un rythme de tambours qui a annoncé l’arrivée à l’avant-plan de la toute menue, mais combien énergique Polly Jean Harvey, habillée court de noir et de plumes, en ce Vendredi saint qui n’a pas empêché les spectateurs de se déplacer en masse pour l’apprécier.

Rapidement, les autres sonorités se sont empilées les unes sur les autres, et le Métropolis aurait pu trembler en étant secoué de pareilles vibrations. Déjà, on savait que ça ne serait pas banal. Derrière, sur fond noir, se dessinait en blanc la même illustration que sur la pochette de The Hope Six Demolition Project, un mélange de bêtes féroces s’affrontant au-dessus d’un écusson.

PJ Harvey au Métropolis


Lumière et obscurité

La dame de fer de la scène alternative n’a pratiquement pas jasé du tout, tout au long de sa présence sur les planches de la rue Sainte-Catherine. Elle s’est éclatée, sous éclairages ou dans l’obscurité – la noirceur, pièce-maîtresse de l’œuvre de PJ Harvey, est venue et revenue souvent au gré des morceaux -, en pulvérisant les uns après les autres ce que les habitués semblaient reconnaître comme des classiques, mais aussi beaucoup d’échantillons récents, tels Chain of Keys, The Ministry of Defence, The Community of Hope, The Orange Mokey et A Line In The Sand, tous tirés de The Hope Six Demolition Project. Elle a aussi pigé dans ses collections antérieures, comme Let England Shake (2011) et White Chalk (2007).

En fin de piste, elle s’est éclipsée au saxophone sur The Ministry of Social Affairs (The Hope Six Demolition Project), avant d’emplir avec lourdeur le Métropolis de 50ft Queenie (Rid of Me, 1993) qui a fait monter au plafond la quantité de décibels dans l’enceinte montréalaise.

Ce n’est qu’après une acclamée Down by the Water (To Bring You My Love, 1995), qu’elle a prononcé un «Merci beaucoup» plutôt à l’aise, en français, avant de présenter ses musiciens un à un. Le public en aurait pris beaucoup plus, si on en croit les exclamations qui ont fusé, les uns se contentant de crier de joie, les autres d’hurler le nom de leur idole, mais PJ Harvey était là pour chanter.

Elle a continué avec une langoureuse To Bring You Love (To Bring You My Love) qui la mettait en valeur dans un faisceau lumineux, et une quasi militaireRiver Anacostia (The Hope Six Demolition Project), sur laquelle les troupes ont conclu presque a capella, soutenus  d’une cadence de fond à la caisse claire, au nombre de deux par micros. Un moment solennel, qui incitait autant à la fête qu’au recueillement.

Au final, PJ Harvey au Métropolis, ç’a duré à peine un peu plus d’une heure trente au total, mais cette heure trente s’avèrera mémorable pour tous ceux qui y étaient.

PJ Harvey se produit à nouveau au Métropolis ce samedi, 15 avril. On affiche complet.

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