BIEN-ÊTRE

Défaire les préjugés sur la vie sexuelle des personnes handicapées

09/03/2017 11:39 EST | Actualisé 09/03/2017 11:41 EST
zianlob via Getty Images
Impaired person having sex in the bed.

De nombreux préjugés concernant la vie sexuelle des personnes handicapées demeurent bien présents dans la société. Des Albertains tentent toutefois de faire changer les mentalités en parlant ouvertement de cet enjeu.

Un texte de Catherine Bouchard

Bean Gill a été paralysée des hanches jusqu'au bas du corps subitement en 2012 en raison d'un virus.

Alors nouvellement célibataire, elle a dû conjuguer avec de nouveaux problèmes d'estime de soi. « Je croyais que personne ne voudrait sortir avec moi. J’étais nouvellement célibataire. Je me sentais perdue », relate la jeune femme.

Bean Gill, paralysée depuis 2012, espère que son témoignage sur sa vie sexuelle contribuera à faire changer les mentalités.

Bean Gill

À mesure qu'elle retrouvait de la mobilité grâce à la réadaptation physique, la femme de 35 ans s'est mise à reconnecter avec sa sexualité, bien que les sensations sont devenues différentes. Certains aspects ont changé, tels des spasmes dans ses jambes.

Elle ne voulait toutefois pas, dans les premiers temps, recommencer à sortir avec des hommes, en raison de ses insécurités. C'est sa psychologue qui l'a convaincue de s'inscrire à un site de rencontres en ligne. Elle a mis des photos d'elle avec son fauteuil roulant.

« Je voulais faire cela pour les gars pour qui cela ne comptait pas [le handicap] et plusieurs d’entre eux m’ont contactée. Ça a été vraiment bien », raconte Mme Gill.

Selon elle, les personnes avec un handicap sont souvent perçues comme asexuées.

Michelle Bissell milite depuis de nombreuses années pour sensibiliser les gens à la réalité des personnes handicapées.

Michelle Bissell, atteinte de paralysie cérébrale et militante contre la stigmatisation des personnes handicapées, abonde dans ce sens. Elle indique que les gens présument souvent qu’elle ne peut avoir de relations sexuelles.

« Les gens tiennent pour acquis que je n’ai pas de relations sexuelles et que je ne suis pas un être sexuel­. [...] C’est une partie de moi comme tout le monde », raconte Mme Bissell.

Elle croit qu’une meilleure sensibilisation et plus d’éducation sont nécessaires pour briser ces préjugés.

Nouvelle formation pour les intervenants

Depuis l’automne, un diplôme de deuxième cycle en santé sexuelle de l'Université de l'Alberta est offert. L’objectif est d’outiller les intervenants notamment sur la question de la sexualité chez les personnes en situation de handicap.

Le professeur en ergothérapie spécialisé en santé sexuelle chez les personnes avec un handicap, Shaniff Esmail, croit que les bénéfices d’une vie sexuelle active chez cette partie de la population sont nombreux, particulièrement pour les personnes nouvelles handicapées.

« Les personnes qui composent avec leur sexualité, qui ont rétabli leur intimité, cette partie de leur vie, ont tendance à avoir une bien meilleure qualité de vie, une estime de soi plus saine, une meilleure image de leur corps, tout cela », explique M. Esmail.

Brenda Kerber, propriétaire de la boutique érotique The Traveling Tickle Trunk

Boutique érotique

Le chercheur recommande d'ailleurs à ses patients de se rendre au Traveling Tickle Trunk, une boutique érotique d'Edmonton orientée sur l'approche positive de la sexualité. Le commerce sert beaucoup de personnes en situation de handicap.

Sa propriétaire, Brenda Kerber, est travailleuse sociale spécialisée en santé sexuelle de formation. Elle aide de nombreuses personnes handicapées à trouver le jouet sexuel qui leur convient.

« Les gens qui viennent de perdre de la mobilité ont l’impression que tout doit changer. Ils se disent qu’ils vont peut-être perdre leur vie sexuelle, qu’ils ne pourront pas faire certaines choses. Certains objets dans l’industrie des jouets sexuels peuvent aider à permettre de [stimuler son partenaire] comme ils le faisaient avant », donne en exemple Mme Kerber.

Selon elle, les services de santé recommandent à leurs patients de se rendre à son commerce, car ils savent qu’en plus de trouver un environnement sans jugement, ils auront aussi de l’information sur une vie sexuelle saine.

Des initiatives comme celles-ci aident à mieux comprendre la réalité des personnes handicapées, estime pour sa part Bean Gill. Elle a d’ailleurs donné une conférence sur son expérience dans le cadre du nouveau programme en santé sexuelle de l’Université de l’Alberta.

« Nous sommes des personnes normales qui ont traversé des épreuves malheureuses, mais nous voulons toujours être désirables et attirantes », conclut-elle.

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