POLITIQUE

Immigration: les tests de français pourraient rester plus chers

07/03/2017 06:25 EST | Actualisé 07/03/2017 06:25 EST
Tomwang112 via Getty Images
Stressed college student for exam in classroom

Ottawa ne s'engage pas à réduire le coût des tests de français pour immigrants au même prix que ceux en anglais, malgré de nouvelles pressions de la commissaire aux langues officielles.

Un texte de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

Le gouvernement fédéral affirme, dans un courriel, redoubler d’efforts pour rendre les évaluations de français administrées aux immigrants qui souhaitent devenir résidents permanents « plus facilement accessibles et moins coûteuses ».

On précise par contre qu’il est encore trop tôt pour fournir une estimation des coûts.

En décembre 2015, une enquête de Radio-Canada révélait que les immigrants devaient payer jusqu’à 225 $ de plus pour passer leurs tests d’évaluation linguistique en français plutôt qu’en anglais.

Ces examens en français sont plus chers en partie parce qu’ils sont conçus et corrigés en France.

Dans un rapport préliminaire signé en septembre, l’ancien commissaire aux langues officielles Graham Fraser concluait que le gouvernement fédéral avait manqué à son devoir et avait peut-être même nui à l’immigration francophone à l’extérieur du Québec en acceptant cette inégalité.

La nouvelle commissaire intérimaire, Ghislaine Saikaley, persiste et signe dans son rapport final d’enquête, dont Radio-Canada a obtenu copie.

Elle reconnaît toutefois qu’Ottawa est en train de mettre en place des mesures pour tenter de réduire la différence de prix.

Le ministère de l’Immigration envisage, entre autres, d’accepter les résultats des examens de manière électronique, ce qui réduirait les coûts postaux.

Il pourrait aussi autoriser davantage d’organismes à faire passer ces examens, « ce qui augmenterait le nombre d’endroits où passer un test et réduirait les frais connexes ».

À l’heure actuelle, le Test d'évaluation de français (TEF) n'est pas offert à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador ou dans les territoires.

Les efforts du fédéral demeurent toutefois insuffisants, conclut la commissaire Ghislaine Saikaley.

«Les mesures prises jusqu’à maintenant et celles que [le ministère] a mentionné envisager de prendre ne sont pas suffisantes pour lui permettre de s’acquitter pleinement des obligations qui lui incombent.» - Ghislaine Saikaley, commissaire aux langues officielles intérimaire

Elle donne six mois au fédéral pour élaborer un plan d'action.

Le ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen, n’était pas disponible pour nous accorder une entrevue.

Il y a des solutions à court terme, selon le NPD

Le porte-parole du NPD en matière de langues officielles, François Choquette, croit que le gouvernement devrait commencer immédiatement à offrir une compensation financière aux immigrants qui passent l’examen en français, en attendant de trouver des solutions à plus long terme.

«Il ne faut pas juste faire des efforts. Il faut absolument viser l’égalité d’accès et l’égalité de prix. [...] C’est totalement inacceptable, cette attitude.» - François Choquette, député de Drummond, porte-parole du NPD en matière de Langues officielles

La Fédération des communautés francophones et acadienne dit, elle aussi, qu'il y a urgence d'agir:

«Ce n'est pas comme si on venait de tirer la sonnette d'alarme. Ça fait au moins un an qu'on parle de ça.» - Sylviane Lanthier, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne

Pourquoi des tests si chers?

Les tests de français offerts au pays sont tous conçus et corrigés en France, soit par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris ou par le Centre international d'études pédagogiques. Pour la correction finale, les examens doivent être renvoyés outre-mer par la poste.

Autre coût : le salaire des examinateurs. Chaque candidat qui passe le test doit être évalué par deux personnes, ce qui n'est pas le cas pour l'un des tests d'anglais.

Même si les organisations désignées pour faire passer les tests sont des tierces parties, ces services sont tout de même soumis à la Loi sur les langues officielles et c’est au ministère de « mettre en place des mécanismes » pour s’assurer que la loi est respectée, insiste Ghislaine Saikaley.

Le Québec, qui a son propre processus de sélection des immigrants, n'était pas directement visé par le rapport du commissaire.

Décourager les immigrants francophones?

L’écart de prix dérange de nombreux francophones, d’autant plus que le gouvernement fédéral s’est fixé des cibles pour attirer plus d’immigrants de langue française en milieu minoritaire et que ces cibles sont loin d’être atteintes.

La conseillère consulaire Francine Watkins représente des dizaines de Français en Ontario et au Manitoba qui ont choisi à contrecoeur de passer leur examen en anglais pour économiser.

«Pour un jeune immigrant qui gagne le salaire minimum, comme j’en connais plusieurs, 100 $ ou 200 $ de plus, c’est une grosse somme. De toute façon, que ce soit beaucoup plus ou un peu plus, c’est inégalitaire.» - Francine Watkins, conseillère consulaire qui représente les Français de l'Ontario et du Manitoba

Le gouvernement libéral répond quant à lui avoir fait beaucoup d’efforts pour renforcer l’immigration francophone en milieu minoritaire depuis son arrivée au pouvoir.

L’an dernier, Ottawa a remis en place un programme qui simplifie le processus d'embauche de travailleurs étrangers francophones hors Québec. Il avait été aboli par les conservateurs en 2014.

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