POLITIQUE
06/03/2017 05:17 EST

Les élèves en difficulté au Québec, un enjeu préoccupant pour le milieu de l'éducation

Le nombre d'élèves en difficulté ne cesse d'augmenter dans les écoles québécoises si bien qu'en deux ans seulement, on en compte 15 000 de plus dans les écoles de la province. Alors que Québec soutient que ce nombre est attribuable à la hausse des dépistages, des professionnels du milieu de l'éducation avancent qu'il est plutôt le résultat des compressions dans le réseau.

C’est le cas de Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, qui déplore que les services offerts aux jeunes en difficulté aient été réduits à la suite des compressions des dernières années.

En sept ans, on a vécu 1 milliard de dollars en coupures dans le système d’éducation avec pour conséquence une réduction des services offerts dans les écoles tels que le dépistage.

-Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement

Sa position vient contredire celle du ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Sébastien Proulx.

Pour le ministre, qui dit ne pas être surpris par les chiffres, l’augmentation du nombre de jeunes en difficulté s’explique plutôt par la hausse des diagnostics précoces et par le fait que ces derniers sont plus précis.

Brigitte Dubé, porte-parole de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec, abonde dans le même sens. « Il y a une meilleure compréhension de ces problématiques-là. Il y a un meilleur dépistage des conditions neuro-développementales », confirme-t-elle.

Selon Mme Dubé, le problème réside plutôt dans le fait que le dépistage survient parfois trop tard.

Et elle rappelle que le processus, une fois entamé, peut être long et ardu, si bien que les problèmes suivent les enfants jusqu’à leur entrée au secondaire. À partir de ce moment, explique Brigitte Dubé, il devient plus difficile d’intervenir.

Josée Scalabrini est d’accord sur ce point. « On sait que la validation de la clientèle est devenue plus complexe. Un professionnel va nous dire qu’il passe plus de temps à remplir des dossiers qu’à donner un service direct à un élève. »

Mais Josée Scalabrini n’en démord pas : pour elle, ce problème est directement lié aux compressions dans le réseau de l’éducation. Le manque d’investissements occasionne une pénurie de professionnels et de personnel de soutien avec de lourdes conséquences pour le corps enseignant.

« Il a une complexification de la tâche pour l’enseignant parce qu’on n’a pas les budgets », précise-t-elle.

Souvent un enseignant qui va aller demander de l’aide, qui va dire ''moi, je pense que cet élève-là a un problème'', ce qu’on lui répond, c’est ''est-ce que tu es certain que tu as tout fait? As-tu fait assez d’observations? Est-ce tu as essayé de changer ta méthode d’enseignement?'' quand le vrai problème, on l’a décelé, on l’a vu, mais on n’a pas le professionnel pour venir nous aider.

-Brigitte Dubé, porte-parole de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec

Elle demande à Québec d’investir dans l’éducation, en rappelant qu’il y a quelques années, la province a fait le choix de miser sur l’intégration des élèves en difficulté.

« [Il faut] investir; on a coupé plus de 1 milliard de dollars en éducation. C’est pas à coups de 1 million ici, 2 millions là [qu’on règle la situation] », martèle-t-elle.

Un problème « plus large », selon Québec

O, le ministre Proulx, qui a effectué une tournée des écoles du Québec durant l’automne, croit que le problème est plus large que la simple question du financement. « Ce n’est pas tout que d’investir de l’argent pour ces enfants-là. Il faut aussi travailler pour que le service se rende. »

L’intégration [dans les classes régulières], c’est bien, mais il y a une limite à l’intégration et à l’inclusion. On l’a entendu et je l’ai vu de mes propres yeux […] Moi je veux qu’on travaille dans l’intérêt de l’élève. Je veux qu’on outille les parents et surtout qu’on leur explique quelle est la démarche qu’on va mettre en place pour leur enfant.

-Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur

Sébastien Proulx reconnaît qu’il y a beaucoup de chemin à faire. Il cite lui aussi la longueur et la complexité des services de diagnostics pour reconnaître les besoins particuliers des enfants comme un enjeu pressant, et explique que « beaucoup de choses sont actuellement en réflexion ».

Il propose de revoir les façons de faire, notamment en misant sur l’intervention en amont, en assurant la qualité des services de garde, en outillant les commissions scolaires et en décentralisant les montants et les ressources pour les envoyer vers les écoles.

Mais Sébastien Proulx soutient qu’il y a plus de ressources que jamais malgré les compressions.

« Il y a plus de professionnels auprès des enfants qu’il y en a jamais eu. Et ce qu’il y a en plus aujourd’hui : une concertation entre le milieu de la famille, le milieu de la santé, le milieu communautaire, les services de garde et l’école. Vous pouvez compter sur moi pour que cette concertation soit encore plus grande à l’avenir », conclut-il.