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Le directeur adjoint du SPVM, Bernard Lamothe, relevé de ses fonctions

03/03/2017 01:27 EST | Actualisé 03/03/2017 09:09 EST
Radio-Canada

Le directeur adjoint du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Bernard Lamothe, vient d'être relevé de ses fonctions. Cette décision survient un peu plus d'une semaine après le déclenchement de l'enquête portant sur les allégations de fabrication de preuves visant la Division des affaires internes.

Dans un courriel laconique envoyé aux policiers de Montréal et obtenu par Radio-Canada, le directeur Philippe Pichet explique avoir pris cette décision dans la foulée d'« informations transmises par la Sûreté du Québec », sans donner plus de détails.

Le commandant Pichet précise que M. Lamothe est relevé de ses fonctions « à compter de maintenant, et ce, pour une période indéterminée, jusqu'à ce que la lumière soit totalement faite » dans cette affaire.

Invité à réagir à cette décision, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, est demeuré circonspect. « C’est une décision du directeur du SPVM, et c’est une décision qui lui incombe. Ceci étant dit, c’est important de poser des gestes qui sont décisifs », a-t-il dit.

« Maintenant, ça n’implique pas que le reste des actions qu’on a mises de l’avant ne vont pas se faire, bien au contraire », a-t-il mentionné, en rappelant les enquêtes criminelle et administrative qu'il a ordonnées et le rapport qu'il a exigé de la part du commandant Pichet.

«Il y a certainement d’autres gestes qui vont être posés, à la fois au SPVM et par nous. L’important, c’est de ramener ce lien de confiance et de prendre les décisions qui vont s’imposer.» - Martin Coiteux

Tutelle et suspension, réclame l'opposition

L'opposition a sauté sur l'occasion pour réclamer une tutelle et la suspension du directeur Pichet.

« S’il y a un système au SPVM, il faut l’éradiquer, a dit le porte-parole du Parti québécois en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé. Comment y arriver? Avec les grands moyens, une tutelle. Et je vais même jusqu’à dire qu’un civil pourrait prendre la tête du SPVM pour faire le ménage. »

« M. Pichet n’a plus véritablement sa place à l’intérieur [du] SPVM, décrète pour sa part le député de la Coalition avenir Québec André Spénard, porte-parole du parti en matière de sécurité publique. Il devrait être suspendu momentanément, le temps que toute l’enquête se fasse. »

En entrevue à RDI, le criminologue et professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières Marc Alain est catégorique. « Il serait opportun pour lui [Philippe Pichet] de réfléchir, peut-être de prendre un peu le large pendant que l’enquête se déroule, dit-il. [...] Politiquement ça va devenir excessivement difficile pour lui de justifier qu’on le maintienne à cette place-là. Tout pointe un peu vers la responsabilité ou le manque de responsabilité de la haute direction du SPVM d’avoir fait quelque chose. Clairement, en étant à ce point-là visé, je pense que la solution s’impose d’elle-même. »

De son côté, Québec solidaire demande la démission immédiate de Philippe Pichet et une commission d’enquête publique pour faire la lumière sur toutes les allégations qui touchent le SPVM.

Projet Montréal dénonce le comportement du maire Coderre

La chef de l’opposition officielle de la Ville de Montréal, Valérie Plante, a dénoncé vendredi « l’inaction » du maire Denis Coderre. « Alors que de nouveaux éléments accablants pour la haute direction du SPVM s’ajoutent quotidiennement au scandale qui ne cesse de prendre de l’ampleur, force est de constater que le shérif en ville n’est pas Denis Coderre, mais Martin Coiteux », dit-elle.

Le porte-parole de Projet Montréal en matière de sécurité publique, Alex Norris, réclame « la tenue d’audiences publiques de la Commission de la sécurité publique afin qu’elle puisse interroger le chef du SPVM, Philippe Pichet, et les membres restants de la haute direction ».

Philippe Pichet n'a pas l'intention de démissionner

Questionné en fin d'après-midi sur la situation et les demandes de l'opposition, le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a répliqué : « Et même si je démissionnais, vous pensez que ça réinstallerait la confiance? Je vous le dis, il y a un travail à faire pour changer la culture qui est présente. Je le fais depuis un an et demi et je vais continuer à le faire. Mais une culture, ça ne se change pas en claquant les doigts, ça prend des années et c'est par des gestes concrets qu’on arrive à changer cette culture-là. »

Il a par ailleurs expliqué dans quelles circonstances il a été amené à prendre la décision de remercier son adjoint, évoquant des « dossiers ouverts » à la Sûreté. « Ce matin, j’ai reçu un appel de la Sûreté du Québec qui [m'a] transmis des informations et immédiatement, j’ai pris la décision de relever de ses fonctions le directeur adjoint Bernard Lamothe. »

Plus tôt cette semaine, La Presse a révélé que les deux policiers à l'origine des allégations de fabrication de preuves à la Division des affaires internes, Giovanni Di Feo et Jimmy Cacchione, s'étaient plaints du comportement de M. Lamothe dans une lettre envoyée en février 2014 à l'ex-directeur du SPVM Marc Parent.

Selon le quotidien, la lettre, également envoyée à la SQ et à la GRC, énumérait diverses allégations visant l'ex-enquêteur Philippe Paul et soutenait que M. Lamothe l'avait protégé.

L'enquête administrative dirigée par Me Michel Bouchard

Par ailleurs, l'enquête administrative portant sur les pratiques en vigueur à la Division des affaires internes du SPVM a été confiée à Michel Bouchard, a annoncé vendredi le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Me Bouchard sera investi des pouvoirs et de l’immunité d’un commissaire nommé en vertu de la Loi sur les commissions d’enquête. Il se penchera plus précisément sur les pratiques ayant cours en matière d'enquêtes internes au SPVM, notamment sur la gestion, l'encadrement, les processus et les difficultés qui y sont liés.

Il étudiera également les « enjeux plus systémiques liés à la gestion du SPVM et qui sont susceptibles d'affecter la confiance de la population », précise le communiqué annonçant sa nomination.

«Me Bouchard doit en outre formuler des recommandations visant à améliorer les pratiques relatives à ces enquêtes internes. Son rapport, qui doit être déposé au ministre Coiteux au plus tard le 15 septembre, est destiné à être rendu public.» - Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique

«Me Bouchard possède une vaste expérience et une réputation sans faille, et je suis convaincu qu'il saura poser un regard impartial sur la situation et nous proposer les meilleures solutions possibles.» - Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique

Son travail s'effectuera parallèlement à l'enquête policière sur des allégations de fabrication de preuves au sein de la Division des affaires internes, qui a été confiée à la Sûreté du Québec, à la Gendarmerie royale du Canada et aux corps de police de Québec, de Longueuil et de Gatineau.

Me Bouchard a une longue feuille de route au sein des ministères québécois et canadien de la Justice. Il a récemment mené les enquêtes administratives portant sur les évasions par hélicoptère dans les prisons d'Orsainville et de Saint-Jérôme et sur la gestion des mégaprocès.

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