POLITIQUE

Avortement: le Canada et Bruxelles ramassent des fonds pour contrer Trump

02/03/2017 01:40 EST | Actualisé 02/03/2017 03:48 EST

Les représentants de près de 50 pays ont promis jeudi à Bruxelles de débloquer quelque 181 millions d'euros (255 millions de dollars) en faveur des droits des femmes dans le monde, afin de compenser la politique anti-avortement du président américain Donald Trump.

Des femmes originaires du Pakistan, de Colombie et du Mali ont expliqué les conséquences d'être privées d'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, alors que Donald Trump a décrété une interdiction d'allouer des fonds fédéraux aux ONG étrangères soutenant l'avortement.

"Je pense que la décision de l'administration Trump est une mauvaise décision. Et je n'ai vu aucune preuve qui soutienne cette décision", a déclaré le vice-Premier ministre belge et ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo, en ouvrant la conférence des donateurs "She Decides" ("Elle décide").

Annoncée sous la présidence du président républicain Ronald Reagan en 1984, la politique anti-avortement remise en vigueur par Donald Trump prévoit que les fonds fédéraux d'aide internationale ne peuvent être alloués à des ONG étrangères qui pratiquent l'avortement ou militent pour rendre l'avortement légal. Le manque à gagner pour ces ONG est estimé à 600 millions d'euros (844 millions de dollars), selon les Pays-Bas.

"Les représentants de plus de 45 gouvernements de tous les continents et plus de 400 participants issus de parlements et de la société civile ont exprimé leur soutien aux droits des femmes. Ils ont levé 181 millions d'euros (255 millions de dollars) pour l'Initiative globale de levée de fonds " She Decides", a indiqué le ministère belge des Affaires étrangères à l'issue de la réunion.

Des pays ont annoncé des apports de plusieurs millions d'euros (21 pour la Suède, 10 pour la Belgique, le Danemark ou encore les Pays-Bas), tandis que d'autres, dont la France et le Royaume Uni, ont demandé un délai supplémentaire, tout en réitérant leur engagement en faveur des droits des femmes.

Organisée conjointement par la Belgique, la Suède, les Pays-Bas et le Danemark, cette conférence est un "formidable événement" mais il ne doit pas être "isolé", a estimé la ministre néerlandaise à la Coopération, Lilianne Ploumen.

"Nous continuerons (à soutenir) She Decides dans les années à venir", a-t-elle promis.

"Nous sommes sur une voie positive dans le monde mais, malgré cela, toutes les deux minutes, une femme ou une fille meurt en raison d'une grossesse", a souligné son homologue suédoise, Isabella Lövin.

"Deux millions de filles accouchent avant l'âge de 15 ans. 62 millions de filles ne vont pas à l'école, beaucoup d'entre elles parce qu'elles sont déjà mères ou mariées (...). Ces femmes et ces filles n'ont pas besoin de moins de soutien. Elles ont besoin de plus de soutien", a-t-elle ajouté.

Au lendemain de l'investiture de Donald Trump, des millions de femmes aux Etats-Unis et dans le monde avaient défilé pour dénoncer le programme sur lequel le milliardaire avait été élu et défendre notamment le droit à l'avortement ou les droits civiques.

Le Canada intervient aussi

Constatant que Donald Trump n'a pas "les mêmes priorités" en matière de droit à l'avortement, le Canada se joint à d'autres pays pour combler le vide financier laissé par la décision du président des États-Unis d'interdire tout financement américain à des organismes associés à l'avortement.

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a confirmé jeudi que le gouvernement canadien adhérait à l'initiative lancée par son homologue des Pays-Bas quelques heures à peine après la signature du décret présidentiel.

Le Canada s'est engagé à verser jusqu'à 20 millions $ à cinq organisations non gouvernementales (ONG) soutenant la santé et les droits sexuels et reproductifs, a-t-elle annoncé lors de sa participation à la conférence internationale "She Decides" à Bruxelles, en Belgique.

On doit cette initiative à la ministre néerlandaise du Commerce international et du Développement, Lilianne Ploumen, qui a déclaré en entrevue au New York Times avoir été "très déçue" et "un peu étonnée" du geste posé par Donald Trump le 23 janvier dernier, "parce qu'on est en 2017".

De son côté, la ministre Bibeau s'est montrée plus prudente lorsqu'on lui a demandé, lors d'une conférence téléphonique organisée pour les journalistes, ce que la signature du décret lui avait inspiré comme réaction.

"J'arrive au constat qu'on n'a pas les mêmes priorités", s'est-elle contentée d'offrir en riant.

"Pour nous, c'est clair. Pour le Canada, la question du renforcement socio-économique des femmes et de la santé sexuelle et reproductive, ça va être un élément central de la nouvelle politique", a enchaîné Mme Bibeau depuis la capitale belge.

La ministre compte avoir "des discussions" au sujet des "différentes priorités" canado-américaines en matière de développement avec son homologue à l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui n'a pas encore été nommé.

"Il y aura des sujets sur lesquels on va certainement s'entendre et collaborer et d'autres sur lesquels on aura des discussions et on travaillera de façon complémentaire", a-t-elle indiqué à l'autre bout du fil.

Au total, nations et philanthropes se sont engagés jeudi à fournir au total près de 200 millions $ US pour financer la planification familiale.

Une cinquantaine de pays étaient représentés à cette conférence d'un jour, et des donateurs privés comme la Fondation Bill & Melinda Gates ont fourni des dizaines de millions de dollars supplémentaires.

Malgré tout, en retirant ses billes, le gouvernement américain vient en quelque sorte freiner considérablement l'avancement de la cause de la santé sexuelle et reproductive, ont dénoncé jeudi des ONG.

"Bien que ce nouveau financement aide, les conséquences politiques et financières découlant de la réédiction de cette règle du bâillon mondial américain s'aggraveront", a déclaré par voie de communiqué Sandeep Prasad, de l'ONG Action Canada pour la santé et les droits sexuels.

En sabrant ainsi les fonds destinés à la planification familiale, l'administration Trump "met en danger la vie de centaines de milliers de femmes dans le monde", a reproché dans la même déclaration Julie Delahanty, directrice administrative chez Oxfam Canada.

Au téléphone, jeudi, la ministre Bibeau a affirmé d'une part qu'on ne connaissait pas encore "le détail de l'impact de la décision de la nouvelle administration des États-Unis". Elle estime d'autre part que la communauté internationale saura se montrer à la hauteur du défi.

"Nous avons amassé environ 190 millions $ US avec seulement trois semaines d'avis. Alors je pense que c'est très encourageant", a-t-elle fait valoir, arguant au passage que "peu de gouvernements" peuvent débloquer des fonds dans des délais aussi serrés.

Le succès de la conférence bruxelloise "nous incitera à nous rassembler et à défendre haut et fort les droits des femmes, les droits des enfants", a insisté Mme Bibeau, mentionnant que l'enveloppe canadienne de 20 millions $ sur un an n'est qu'une "première étape".

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