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Exposition «Mundos» de Teresa Margolles: quand la mort crie justice

19/02/2017 09:33 EST | Actualisé 19/02/2017 09:36 EST
Musée d'art contemporain

De passage au Musée d'art contemporain (MAC), Teresa Margolles dissimule son regard derrière de grosses lunettes dont les verres sombres reflètent un noir abyssal. Les cheveux opaques et raides, le visage grave, la photographe et vidéaste accompagne la mise en place de ses œuvres que l'institution montréalaise présente au public depuis le 16 février.

 

Mundos est l’une des plus grandes expositions en Amérique du Nord consacrées à l’artiste d’origine mexicaine qui a représenté son pays à la 53e Biennale de Venise en 2009. Une quinzaine d’œuvres d’une beauté singulière d’où se dégage un parfum de mort. Il faut dire que Teresa Margolles creuse sa matière première dans les fluides corporels, dans les décombres des maisons détruites ou bien dans les restes des cadavres anonymes, victimes de violences physiques et sociales.

 

Précisons que l’artiste de 54 ans, longtemps médecin légiste, s’inspire de son travail à l’intérieur même des morgues de Ciudad Juárez, cité frontalière maudite considérée comme l’une des zones les plus dangereuses au monde. «Les Américains vendent les armes, aux Mexicains d’apporter les morts», dit-elle.

 

Féminicide

 

La mort fait depuis longtemps partie du quotidien de Ciudad Juárez, ville gangrénée par la pauvreté et la guerre entre cartels. Surtout pour les filles qui succombent sous les sévices par centaines. De 1993 à 2013, 1441 femmes ont été assassinées. Installée en ville depuis dix ans, Teresa Margolles ne cache pas ses craintes d’être à son tour tuée. «Oui, j’ai peur de mourir, mais pas assez pour arrêter de travailler. Je me considère chanceuse de pouvoir sortir du pays. Je pense à toutes celles qui restent là-bas.»

 

Les portraits des disparues que les familles endeuillées collent dans les rues poussiéreuses de la métropole frontalière tombent bien souvent dans l’oubli. Pour combattre l’amnésie statistique et machiste, l’artiste en a rassemblé un échantillon dans Pesquisas (Enquêtes), grille de visages sans passé ni avenir, miroir de l’incapacité humaine à rendre justice. Salle après salle, Mundos est un alignement sinistre de messages implacables. Par exemple, le long cordon intitulé 36 Cuerpos (36 corps) est constitué de fils de suture noués, utilisés pour l’autopsie des victimes de violence.

 

Exposition «Mundos» de Teresa Margolles

Dans ce même processus de mémoire létale, Sonidos de la muerte (Sons de la mort) reconstitue les sons macabres enregistrés sur de véritables scènes de crimes. Et d'où proviennent toutes ces bulles de savon de l’œuvre En el Aire (Dans l’air)? On apprend qu’elles sont produites à l’aide d’un mélange d’eau récupérée des morgues après le nettoyage des cadavres. «Chaque bulle qui éclate en touchant le sol est un corps», métaphorise l’artiste.

 

Les vestiges de boîtes de nuit

 

Plus récemment, Teresa Margolles a quitté la morgue pour réaliser en extérieur la série photographique Pistas de Baile (Pistes de danse). Au centre des paysages dévastés de Ciudad Juárez, des travailleuses du sexe transgenres font la pose. Sous leurs talons hauts, des espaces déterrés dévoilent tour à tour les restes de pistes de danse d’anciennes discothèques.

 

L’artiste ajoute qu’elle connaît toutes ses femmes. L’une d’entre elles vient d’ailleurs d’être assassinée. «Elle s’appelait Carla, elle avait 67 ans et elle était mon amie», lâche-t-elle émue. Les clichés sur les murs entourent une enseigne d’un bar de la ville qui n’existe plus. Ne subsiste aujourd’hui que ce reliquat lumineux de lettres géantes donnant son nom à cette expo d’une charge émotionnelle inoubliable.

 

Enfin, l’œuvre La Promesa (La Promesse) est en soi une mise en lumière des espoirs éteints. Après avoir acheté et démoli une maison abandonnée, l’artiste a collecté les débris afin de réaliser un bloc sculptural posé à même le sol du MAC. Pendant que les décombres seront lentement dispersés par des bénévoles au cours de plusieurs performances, certains verront dans cet amas de pierres de 22 tonnes, le mur que le nouveau président des États-Unis Donald Trump promet d’ériger entre les États-Unis et le Mexique.

 

Mundos – Musée d’art contemporain – du 16 février au 14 mai 2017 – www.macm.org

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