POLITIQUE

Bombardier: Ottawa sert la cause souverainiste, selon Jean-François Lisée

08/02/2017 10:16 EST | Actualisé 08/02/2017 10:16 EST

Le montant consenti par Ottawa à Bombardier et le long délai de réponse de la part du gouvernement Trudeau aux demandes de l'entreprise ont créé un malaise certain à Québec, où la classe politique s'attendait à bien davantage.

Le premier ministre Philippe Couillard était très peu bavard, mercredi, pour commenter la contribution fédérale, venue "tardivement", a-t-il reconnu à l'Assemblée nationale. Il a surtout insisté pour dire que c'était son gouvernement à lui qui était intervenu à temps, l'an dernier, et massivement, afin de sauver le fleuron québécois de l'aéronautique du naufrage.

"Grâce à nous, Bombardier existe encore!", avait lancé un peu plus tôt le premier ministre aux journalistes, sans vouloir s'arrêter, alors qu'il allait rejoindre les membres de son caucus. Il n'a pas voulu élaborer davantage.

Le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, était beaucoup plus enclin à critiquer la position du gouvernement fédéral dans ce dossier et à en faire une lecture politique.

Le trop faible soutien financier apporté par Ottawa à Bombardier milite en faveur de la souveraineté du Québec, selon lui.

Aux yeux du gouvernement fédéral, qui n'a pas hésité dans le passé à aider généreusement l'industrie automobile en difficulté en Ontario, ce n'est jamais le tour du Québec de recevoir sa part du gâteau, a-t-il commenté en conférence de presse, mercredi matin, au lendemain de l'annonce, très attendue, faite par le gouvernement Trudeau dans le dossier de Bombardier.

Mardi soir, après plus d'un an d'attente, Ottawa s'est finalement engagé à consentir un prêt pouvant aller jusqu'à 372,5 millions $ sans intérêt à la multinationale québécoise, qui demandait au départ trois fois plus pour soutenir sa CSeries en difficulté.

Québec, de son côté, avait injecté l'an passé 1,3 milliard $ dans la CSeries contre une participation directe de 49,5 pour cent dans le programme, et demandait à Ottawa de faire sa part en apportant une contribution substantielle.

Le chef péquiste en conclut que le Québec est toujours le grand négligé du système fédéral et qu'il aurait intérêt à en sortir.

"À quoi ça sert exactement d'être dans ce pays-là?", s'est interrogé M. Lisée, en conférence de presse, au parlement.

C'est le rôle du gouvernement fédéral de venir en aide aux fleurons économiques en difficulté à travers le pays, mais "quand notre tour vient, ben, c'est jamais notre tour", a-t-il ajouté, convaincu que cette déconvenue constitue une preuve additionnelle "qu'on serait mieux de faire l'indépendance du Québec".

"On n'est pas dans le bon pays", selon lui.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, juge pour sa part que Québec a mal négocié son soutien à la multinationale, en prenant une trop grande part des risques financiers encourus.

À l'Assemblée nationale, il a demandé au premier ministre Couillard de renégocier l'entente conclue l'an dernier avec Bombardier, un scénario aussitôt exclu par M. Couillard.

"Comme négociateur, Philippe Couillard a fait la démonstration qu'il était un pee-wee, un amateur", selon M. Legault. Il estime que la contribution bien modeste, si on la compare à celle de Québec, consentie par Ottawa mardi est la preuve de la justesse de son argumentaire.

À ses yeux, les négociateurs fédéraux "ont été des négociateurs plus habiles et plus rusés" que ceux du Québec.

M. Legault se demande aussi quelles sont les garanties d'emplois pour le Québec dans ce dossier.

Le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, a déploré pour sa part que malgré une participation directe du gouvernement du Québec dans l'entreprise, le gouvernement Couillard ne pourra exercer aucun contrôle sur la gestion et l'administration de Bombardier.

"Ce que ça veut dire, c'est que cette entreprise-là ne nous respecte pas, considère les contribuables québécois comme une vache

à lait à siphonner quand ça lui plaît sans aucune responsabilité morale", a-t-il conclu en point de presse.

"Ça veut dire que nos politiciens au fédéral comme ici à Québec, Mme Anglade (ministre de l'Économie) et M. Couillard, méprisent les travailleurs et les travailleuses et ne sont qu'au service, malheureusement, des intérêts d'une entreprise comme Bombardier", selon lui.


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