POLITIQUE

Attentat dans une mosquée: Québec devra revoir sa campagne publicitaire sur le vivre ensemble, selon des leaders musulmans

06/02/2017 05:37 EST | Actualisé 06/02/2017 05:42 EST

QUÉBEC – Après l’attentat contre une mosquée la semaine dernière, le prochain volet de la campagne publicitaire sur le vivre ensemble lancée par Québec devra «nommer le bobo» en parlant franchement de racisme et d’islamophobie, croient des leaders musulmans.

«Les premiers [messages publicitaires] ont totalement occulté la question du racisme», dit le président de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, Haroun Bouazzi, au sujet des publicités du ministère de l’Immigration (MIDI) qui mettaient en vedette l’animatrice Alexandra Diaz et le joueur de soccer de l’Impact Patrice Bernier.

Samira Laouni abonde dans le même sens. «Maintenant, on ne peut plus attendre, lance la présidente du C.O.R (Communication, ouverture et rapprochement interculturel). La question de l’islamophobie doit être adressée immédiatement.»

Le premier volet de cette campagne publicitaire, qui doit se déployer sur une période de cinq ans, avait soulevé l’ire d’une centaine de personnes qui ont cosigné une lettre ouverte dans le quotidien Le Devoir. «Le fait que les Québécois-es de confession musulmane ne soient pas inclus dans cette campagne, est complètement incompréhensible et dénote un fossé entre les politiques et les réalités de notre société», écrivaient-ils en décembre dernier.

«Particulièrement à l’heure où ces Québécois-es sont la cible de stigmatisations dans les médias et dans les sphères politiques, ajoutaient les signataires. Alors que des mosquées se font vandaliser, que l’on agresse publiquement des femmes portant un foulard, que les personnes avec un nom à consonance arabe ou sub-saharienne sont parmi les plus discriminées à l’embauche, la négligence de valoriser leur présence et leur apport citoyen ne fait que les invisibiliser et renforcer les préjugés puisqu’ils ne font pas partie de ce ‘‘nous’’ québécois.»

Haroun Bouazzi a également suspendu sa participation à la Table de travail intersectorielle sur la prévention de la radicalisation menant à la violence, qui conseille le MIDI, le temps que des correctifs soient apportés à la campagne publicitaire.

Changer les mentalités

Pour Haroun Bouazzi, cette campagne publicitaire, si elle est bien menée, pourrait avoir le même impact sur les mentalités québécoises que celle sur la ceinture au volant à une autre époque. «On sait que ce sont des choses qui peuvent avoir des impacts positifs», souligne-t-il.

Mais celle-ci doit être accompagnée de mesures d’intégration à l’emploi, d’un cours sur «les questions de racisme, d’homophobie et de sexisme» au secondaire, ainsi que d’une réelle lutte contre les crimes haineux par les corps de police, ajoute-t-il.

Pour sa part, Samira Laouni aimerait que les prochains messages publicitaires dépeignent les musulmans «dans leur citoyenneté, au-delà de leur religion».

Un peu comme l’attentat de Québec a permis qu’on «humanise les victimes», souligne-t-elle. «Ils ne sont plus que des musulmans, mais des professeurs universitaires, des chercheurs de renommée internationale, des informaticiens, des docteurs en géologie, des travailleurs de Revenu Québec…», énumère-t-elle.

Au cabinet de la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, on affirme que les événements de Québec ont «entraîné une réflexion quant aux prochaines étapes de la campagne vivre-ensemble».

«Mais aucune décision n'a été prise pour l'instant», écrit son attachée de presse, Gabrielle Tellier.

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