«Rôles de composition» de Jimmy Beaulieu: amour lesbien sur fond de Printemps érable (ENTREVUE)

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JIMMY BEAULIEU
Ismaël Houdassine
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Début 2012, alors que les manifestations étudiantes grondent au Québec, Colette et Noémie explorent l’amour sous les mélodies mélancoliques et pop des Britannique The The et Trembling Blue Stars. Bienvenue dans Rôles de composition, la nouvelle bande dessinée de Jimmy Beaulieu. Entrevue.

«Le bonheur à deux, ça dure le temps de compter jusqu'à trois», a écrit dans ses mémoires Sacha Guitry. Cette terrible observation, Jimmy Beaulieu la décortique en neuf couleurs illustrant chacune à leur façon les chapitres de sa dernière proposition. Et «carré rouge» oblige, les premières pages s’ouvrent sur une teinte bourgogne où les deux militantes font l’amour en même temps que la province vit un soulèvement populaire exceptionnel.

«La ferveur politique rejoint la ferveur amoureuse, déclare Jimmy Beaulieu, assis dans un café situé sur la rue Beaubien. La grève étudiante m’a beaucoup marqué. Je me suis retrouvé dans les rues à gueuler avec les autres manifestants. J’avais un peu l’impression d'entrer dans une sorte de secte où ta pensée individuelle est fondue pour le bien de l’effort collectif.»

Résulte de cette expérience un léger goût amer, qui découle d’une forte remise en question existentielle vécuepar le bédéiste. Une «crise de la quarantaine» où l’artiste prend son crayon pour exprimer ses doutes, prenant ici la forme de deux héroïnes ivres de jeunesse et de passion. «Je voulais montrer qu’on peut lutter sur plusieurs plans. L’art peut-être plus utile dans certaines circonstances, même si aujourd’hui beaucoup de gens préfèrent s’exprimer sur les réseaux sociaux.»

Les femmes à l’avant-plan

De toute façon, Jimmy Beaulieu aime raconter des histoires d’amour. La preuve avec ses albums précédents Comédie sentimentale pornographique et Le potager de Vic + Flo. Mais Rôles de composition a permis à son auteur de débloquer un côté naïf, sans pour autant tomber dans le quétaine tant redouté. «Faire preuve de sincérité peut être risqué surtout lorsqu’on est un peu guimauve. On peut facilement tomber dans une certaine sentimentalité lorsqu’on aborde des thèmes comme l’amour ou la fidélité.»

Noémie et Collette vivent donc une romance parfaite jusqu’au jour où Noémie tombe amoureuse d’une ravissante Allemande. Coup de foudre transatlantique qui viendra sceller la fin d’une relation presque quasi obsessionnelle. «C’est un album très différent des autres dans lesquels j’avais plutôt tendance à être beaucoup dans le bavardage, la rêverie et l’errance. Cette fois, j’ai fait preuve d’épuration afin d’obtenir l’émotion la plus forte possible.»

Le bédéiste avoue dans la foulée préférer dessiner les femmes que les hommes. «Plus jeune, j’ai lu beaucoup de bandes dessinées mettant toujours en scène des figures masculines. Je voulais faire le contraire et mettre des femmes à l’avant-plan et qu’elles ne soient pas seulement un décor.»

Pour le bédéiste, le désir lesbien a peu d’importance. «La différence m’intéresse plus ou moins. Je suis davantage interpellé par ce qui nous rassemble. J’ai d’ailleurs enlevé une séquence d’homophobie parce que ça venait parasiter le côté utopiste de l’œuvre. Les personnages principaux évoluent dans une société sans préjugé. Au fond, j’ai imaginé un monde où ces questions-là sont déjà réglées.»

Rôle de composition – Jimmy Beaulieu– Les Éditions Mécanique Général – 112 pages – Parution le 8 novembre 2016.

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