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Frileux les artistes quand il s'agit de politique?

14/01/2017 03:43 EST | Actualisé 14/01/2017 03:43 EST
Radio-Canada

Le fait que les Beyoncé et Bruce Springsteen ne se bousculent pas cette année à l'investiture du controversé Donald Trump montre à quel point les artistes peuvent se montrer frileux lorsqu'il s'agit de l'impact que pourrait avoir sur leur image l'association avec une personnalité politique.

Difficile par exemple d’obtenir des entrevues sur le sujet auprès des gérants ou des agents d’artistes du Québec ou d’ailleurs au Canada. Les refus sont toujours polis, mais restent fermes, témoins d’un certain malaise.

« Je pense que c’est sûr que la politique c’est toujours un sujet délicat », glisse le fondateur du Rockfest de Montebello, Alex Martel. « Je peux comprendre de façon générale, par rapport à la politique au Québec que des gérants ou des agents ne veulent pas se prononcer. »

À l’entendre, un artiste qui décide d’afficher son soutien à une organisation politique prend le risque de se mettre une partie du public à dos, ce qui n’est jamais bon pour les affaires. Cela n’empêche pas le promoteur du Rockfest - un festival à l’ADN punk et donc plutôt de gauche - de s’intéresser à des groupes aux opinions tranchées… tant qu’ils sont populaires.

« L’exemple qui me vient en tête, c’est Five Finger Death Punch qui est un band américain de droite, pro-armes, etc. Ça reste que ça attire beaucoup de monde au Québec, puis ailleurs dans le monde », fait-il valoir. « Évidemment, jamais on n’irait s’associer ou booker des bands d’extrême droite. Ça, je pense que c’est la ligne qu’il ne faut pas franchir. »

Des principes à géométrie variable?

Les artistes ne sont pas que des êtres froids et calculateurs quand il s'agit de leur image et de politique.

En 2015, plusieurs artistes de l’Outaouais ont menacé publiquement de boycotter un festival à Kemptville parce que le commanditaire était Transcanada.

L'Acadien Joseph Edgar aurait probablement employé une méthode similaire il y a quelques années. Il raconte qu’il n’est plus le bienvenu dans un festival en Europe après avoir critiqué l’un des commanditaires sur scène, une pétrolière justement.

« C’était BP, la compagnie pétrolière qui était derrière la catastrophe en Louisiane. Là sur scène, j’ai fait un immense discours contre BP. Je ne me suis pas fait réinviter par ce festival-là », raconte-t-il hilare.

Fort de cette expérience, il indique s’être « adouci » avec le temps. Il a appris à mieux choisir ses combats, question de pragmatisme.

« En fait, tu constates à un moment donné que c’est pour ça que tu vas jouer ou que tu ne vas pas jouer, quand cela en vient à des festivals », admet-il. « C’est assez difficile pour les festivals de fonctionner, ce qui fait qu’ils ont besoin de ces commanditaires-là. C’est toujours un peu weird. »

Ô Canada

Beaucoup d'artistes québécois ouvertement souverainistes ne prendront pas part à un spectacle du 1er juillet sur la colline du Parlement canadien.

Joseph Edgar, lui, n’a jamais refusé un contrat parce que cela ne collait pas avec ses orientations politiques. Mais il se montre plus subtil quand il a un message à faire passer.

Par exemple, il a été appelé à jouer pour les célébrations de lancement du 150e anniversaire de la Confédération canadienne.

Sur scène, il a néanmoins refusé que son groupe porte les articles à l’effigie du Canada fournis par les organisateurs, parce qu’il se sentait mal à l'aise compte tenu de ses opinions sur la problématique autochtone.

« Je fais un peu partie de ce public-là qui des fois questionne les choix de certains artistes que je sais être d’une certaine position, et qui pour le cash ou l’attention vont aller… Je ne sais pas où je me positionne, mais je trouve ça un peu drôle », lâche-t-il.

L’artiste acadien souligne par ailleurs qu'il a déjà refusé qu'un parti utilise l’une de ses chansons lors d’un événement politique. C’est un type d’exposition qu’il ne souhaitait pas, bien qu’il était favorable aux idées de cette organisation. Frileux, les artistes? Disons complexes…


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