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Ces questions (sérieuses) auxquelles Donald Trump n'a pas encore répondu sur Twitter avant sa conférence de presse

11/01/2017 11:02 EST | Actualisé 11/01/2017 11:02 EST

Les choses sérieuses commencent. A moins de dix jours de son investiture comme 45e président des Etats-Unis, Donald Trump tient à New York, ce mercredi 11 janvier, sa première conférence de presse depuis son élection. Cela fait plus de cinq mois qu'il ne s'était pas livré à un tel exercice de communication, souligne la radio publique NPR.

Un événement qui sera d'autant plus scruté que le président élu n'a accordé jusqu'ici que de rares interviews, notamment au New York Times. Pour le reste, il s'est essentiellement exprimé par le biais de communiqués et surtout sur Twitter, où il n'a pas forcément abordé les sujets les plus sérieux.

Si Donald Trump s'exprime beaucoup sur le réseau social, y compris pour se moquer d'Arnold Schwarzenegger ou insulter Meryl Streep, il est resté peu prolixe ou peu précis sur le piratage de l'élection américaine et les conflits d'intérêt auxquels il risque d'être confronté pendant sa présidence. Ou, mercredi 11 décembre, sur les révélations de la presse américaine selon lesquelles la Russie détiendrait des éléments compromettants sur le président élu.

C'est précisément sur ces questions qu'il sera attendu lors de sa conférence, soulignent les médias américains.

  • Les conflits d'intérêt

Depuis son élection, les mises en garde se sont multipliées au sujet de conflits d'intérêt potentiels entre la fonction de président de Donald Trump et ses sociétés, qui forment un conglomérat opaque et non coté. Passé maître, avec la collaboration d'experts en fiscalité et d'avocats, dans l'art du cloisonnement, de la gestion de la dette et de l'optimisation fiscale, le milliardaire s'appuie sur un maillage de sociétés dont l'actionnariat n'est pas connu.

Immobilier, hôtellerie, clubs de golf, télévision... son groupe a des activités dans vingt pays, de l'Ecosse à Dubaï. En 2014, il employait au total 22.000 personnes. Le Washington Post a comptabilisé dans cet empire au moins 111 sociétés présentes dans des pays avec lesquels les Etats-Unis entretiennent des relations sensibles. C'est le cas de l'Indonésie, de Panama, de l'Arabie saoudite, de la Turquie ou encore de l'Inde.

D'où les craintes de conflits d'intérêts qui pourraient interférer dans la diplomatie américaine. Ces craintes sont renforcées par certaines nominations comme celle de Rex Tillerson, PDG du géant pétrolier ExxonMobil et proche de Vladimir Poutine, au poste crucial de secrétaire d'État.

Face aux critiques, Donald Trump s'est emporté sur Twitter dès la fin du mois de novembre. "Avant l'élection, il était de notoriété publique que j'avais des intérêts dans des propriétés dans le monde entier. Seulement les médias escrocs en font toute une histoire!" écrivait-il alors.


Quelques jours après ce coup de gueule, Trump annonçait une conférence de presse pour s'expliquer. "Je tiendrai une importante conférence de presse à New York avec mes enfants le 15 décembre pour discuter du fait que je vais totalement quitter mon business pour me consacrer pleinement à mon pays", déclarait-il dans une série de tweets. Il y soulignait aussi que la loi ne l'y "obligeait" pas mais qu'il allait se retirer car la présidence était "une tâche bien plus importante".

Annoncée pour la mi-décembre, la conférence n'a jamais eu lieu. Le magnat aura donc l'occasion de revenir sur ce dossier épineux ce mercredi. Mais plusieurs experts ont déjà souligné que la solution envisagée par Donald Trump - à savoir abandonner à ses fils et à des tiers la gestion de son empire immobilier - ne réglerait en rien les problèmes: ses enfants sont de proches conseillers et ont joué un rôle actif dans les nominations de sa future administration.

En nommant lundi 9 janvier son propre gendre comme haut conseiller à la Maison Blanche, Donald Trump a encore donné du grain à moudre à ceux qui s'inquiètent de conflits d'intérêts, voire de népotisme, dans son administration.

  • Le piratage de la présidentielle

C'est l'autre sujet brûlant sur lequel le président élu devrait être interrogé. La Russie a-t-elle interféré à son profit dans l'élection présidentielle américaine? A l'issue d'une rencontre avec les chefs du renseignement américain la semaine dernière, Donald Trump a admis que des cyberattaques avaient visé le parti démocrate. Mais il refuse d'endosser la thèse de l'ingérence. Il a encore nié mercredi quand la presse américaine a évoqué une sextape détenue par les services russes.

Selon un rapport élaboré sur la base d'informations recueillies par le FBI, la CIA et la NSA, dont une version expurgée a été rendue publique vendredi 6 janvier, le président russe Vladimir Poutine en personne a "ordonné une campagne d'influence" afin de discréditer Hillary Clinton et d'aider Donald Trump.

Le président élu assure "savoir des choses que d'autres personnes ne savent pas", sans en dire plus. "Les renseignements indiquent très fortement qu'il n'y a absolument aucune preuve que le piratage ait affecté les résultats de l'élection. Les urnes électroniques pas touchées!" a-t-il aussi écrit sur Twitter alors que le rapport n'est pas aussi formel: on y lit que les cyberpirates n'ont pas hacké des machines à voter, pas que les attaques n'ont eu aucun effet sur les résultats de l'élection.

Alors que Barack Obama a réagi fortement en sanctionnant la Russie avec l'expulsion de 35 diplomates considérés comme des espions, Donald Trump a de son côté dénoncé une "chasse aux sorcières politique" dans une interview au New York Times.

Sur Twitter, le milliardaire a redit sa volonté de rapprochement avec Moscou, malgré cette affaire devenue éminemment politique. "Avoir une bonne relation avec la Russie est une bonne chose, pas une mauvaise chose. Seuls les gens 'stupides', ou les imbéciles penseraient que c'est mal!", a-t-il écrit dans une série de tweets.

"Nous avons assez de problèmes à travers le monde sans en rajouter un autre. Quand je serai président, la Russie nous respectera beaucoup plus que maintenant et nos deux pays vont, peut-être, travailler ensemble pour résoudre certains des grands problèmes pressants de ce monde", a-t-il aussi affirmé sans plus de précisions.

Par ailleurs, la volonté de Donald Trump de se rapprocher de Moscou va à rebours de nombreux responsables républicains hostiles à la Russie. Il pourrait être interrogé sur ce paradoxe par les journalistes, d'autant que sa ligne reste difficile à décrypter: en même temps qu'il redisait son envie de travailler avec Moscou, il a choisi comme directeur du renseignement Dan Coats... un sénateur visé par des sanctions russes.

Donald Trump pourrait enfin être questionné sur les toutes dernières révélations des médias américains faisant état d'informations compromettantes accumulées par la Russie contre lui. Des informations qu'il a dénoncées comme "fausses" sur Twitter.