POLITIQUE

Ottawa interdira l'octroi de licences pour le pétrole dans l'Arctique

20/12/2016 05:57 EST | Actualisé 20/12/2016 08:35 EST

OTTAWA _ La décision d'Ottawa et de Washington d'interdire l'octroi de concessions pétrolières et gazières extracôtières dans l'Arctique a suscité un haussement d'épaules des observateurs de l'industrie de l'énergie, qui relèvent qu'il n'y a pas de plans de forage, de toute façon, dans cette région en raison de coûts exorbitants.

Dans cette annonce commune effectuée mardi par les États-Unis et le Canada, le président Barack Obama désigne aussi la majeure partie des eaux américaines de l'océan Arctique et certaines portions de l'Atlantique comme étant inaccessibles jusqu'à nouvel ordre aux futures demandes de concessions d'hydrocarbures.

La mesure sera revue tous les cinq ans.

C'est d'ailleurs cette seule clause de révision de la politique qui étonne le professeur de sciences politiques Michael Byers, de l'Université de Colombie-Britannique.

Ce dernier croit qu'Ottawa est allé de l'avant pour montrer que le premier ministre Justin Trudeau a à coeur la protection de l'environnement malgré qu'il ait récemment donné le feu vert à deux projets d'oléoducs _ l'expansion de Trans Mountain et le remplacement de ligne 3 d'Enbridge.

Du côté des États-Unis, cette mesure apporte la touche finale à l'héritage environnemental du président Obama tout en testant la promesse du président désigné Donald Trump d'ouvrir les vannes des réserves énergétiques inutilisées des États-Unis.

"Fermer la porte au pétrole et au gaz dans l'Arctique aide (Justin Trudeau) à se positionner dans le dossier des changements climatiques en disant qu'il y a des limites au développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers et en traçant une ligne dans le sable", a soutenu M. Byers.

"Il n'y a pas d'activité qui a lieu dans l'Arctique canadien en ce moment, alors de dire "Non" fait en sorte que personne ne doit s'arrêter", a-t-il ajouté.

L'an dernier, la Pétrolière impériale a fait la demande pour que la date d'échéance de son permis de forage au large de la mer de Beaufort, dans les Territoires du Nord-Ouest, soit repoussée _ renouvelant ainsi son autorisation de forer pour la période de 2020 à 2028. La société a évoqué un manque de temps pour mener à terme le travail technique nécessaire et compléter les processus.

Selon le professeur Byers, la mesure annoncée mardi signifie que le fédéral laissera vraisemblablement expirer le permis de la Pétrolière impériale.

Une porte-parole de la société, Killeen Kelly, n'a pas voulu s'aventurer à indiquer si l'entreprise entend réclamer des compensations financières pour le refus de prolonger la période couverte par son permis.

Les derniers forages menés au large des Territoires du Nord-Ouest remontent à 2006, par Devon Canada.

Celui qui était le président de la société à l'époque, Chris Seasons, estime que les entreprises pétrolières qui ont des intérêts dans l'Arctique ne seront pas affectées dans l'immédiat, mais possiblement à long terme.

"Il y a définitivement des hydrocarbures, a-t-il ajouté. Nous avons trouvé un gisement équivalent à environ 200 millions de barils de pétrole, mais ce réservoir ne constituait pas une échelle suffisante pour la commercialisation."

D'autres compagnies on fait des découvertes dans l'Arctique dans les années 1970 et 1980, a par ailleurs noté M. Seasons, mais d'autres ressources situées plus proches des marchés et moins risquées sur le plan environnemental ont été privilégiées.

M. Byers juge que l'exploitation dans cette région aride ne fait aucun sens sur les plans économique et environnemental, estimant que les prix du baril de pétrole devraient être triplés pour s'élever au-dessus de 150 $ US pour assurer une rentabilité.

La période de l'année où il serait permis de mener des activités dans l'Arctique étant très limitée, les compagnies se heurteraient à des risques coûteux, a-t-il relevé. Le transport de matières serait en outre "un cauchemar", selon lui.

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