POLITIQUE

Santé : les provinces rejettent la proposition d'Ottawa (VIDÉO)

19/12/2016 04:37 EST | Actualisé 20/12/2016 07:07 EST

Le gouvernement fédéral, qui propose désormais une hausse de 3,5 % de ses transferts en soins de santé, n'a pas réussi à convaincre les provinces et les territoires.

Le constat d’échec a été fait, lors d’un point de presse, par les ministres fédéraux de la Santé et des Finances, Jane Philpott et Bill Morneau.

Dans sa dernière offre bonifiée, Ottawa proposait de porter ses transferts en soins de santé à 3,5 % pour 5 ans, tout en investissant 11,5 milliards de dollars : 6 milliards de dollars sur 10 ans pour les soins de santé à domicile (incluant 1 milliard pour les infrastructures) et 5 milliards pour les soins en santé mentale. Une enveloppe de 500 millions de dollars est également prévue pour informatiser les dossiers et faire baisser le coût des médicaments.

Un peu plus tôt, les ministres provinciaux de la Santé avaient rejeté unanimement la proposition fédérale, qu'ils assimilent à un « ultimatum », et avaient réclamé une véritable négociation.

Prenant la parole tout juste avant d'aller assister à la rencontre fédérale-provinciale dans une salle de conférence du Château Laurier, à Ottawa, les ministres manitobain et québécois de la Santé, Kelvin Goertzen et Gaétan Barrette, ont pourfendu l'approche préconisée par le gouvernement fédéral.

L'entente fédérale-provinciale conclue sous le gouvernement Harper accordait une hausse annuelle de 6 % des transferts en santé aux provinces, mais prévoyait qu'elle soit limitée à 3 % dès l’an prochain, au grand dam des provinces, qui doivent faire face au vieillissement de leur population.

En l'absence d'une entente, le ministre Bill Morneau a fait savoir la hausse des transferts sera donc de 3 % à compter du 1er avril.

Les propos de la ministre Philpott décriés

« Une approche unilatérale n'est pas raisonnable », a plaidé le ministre Goertzen, d'autant plus que la proposition déjà sur la table entraînera « un déclin de la contribution du fédéral aux provinces au cours des 10 prochaines années ». Un tel enjeu, a-t-il dit, « ne devrait pas être imposé aux provinces et aux territoires à la dernière minute ».

Entouré de tous ses collègues, M. Goertzen a déclaré que les provinces ne quitteront pas la rencontre, mais qu'il n'en est pas moins illusoire de croire que l'enjeu du financement de la santé se réglera lundi, après deux heures de discussion.

«Ce n'est pas un ultimatum et une date de tombée de deux heures qui va permettre de régler les choses.»

- Kelvin Goertzen

« Ce qui manque ici, c’est un véritable engagement et un véritable partenariat avec le gouvernement fédéral. La présente proposition ne correspond pas aux besoins de santé des Canadiens et des Canadiennes, des territoires et des provinces », a-t-il ajouté.

M. Goertzen a qualifié de « ridicules » les propos de la ministre fédérale de la Santé, qui avait défendu l'offre du fédéral quelques minutes plus tôt. Jane Philpott a soutenu qu'il s'agissait d'une offre « transformatrice » pour les soins offerts aux Canadiens. « Ce qui est le plus important, ce ne sont pas les pourcentages. Ce qui est important, ce sont les gens », a-t-elle fait valoir.

« Elle a raison : on part de plus pour aller vers moins, a raillé le ministre Barrette. C’est ça, sa transformation. Ce qu’elle nous offre, c’est une diminution du financement en santé. »

«C’est une transformation de notre système avec moins d’accès, moins de services à la population la plus vulnérable du Canada. C’est ça, la transformation du gouvernement Trudeau? Tous, ici, on n'est pas d’accord avec ça. Tous, sans exception.»

- Gaétan Barrette

Barrette prêt à claquer la porte

Plus tôt dans la journée, le ministre Barrette avait publiquement déclaré qu'il pourrait bien partir de la rencontre en claquant la porte.

«Il n'y a aucun doute que le Québec, si la proposition reste telle quelle, va quitter la table. Aucun doute.»

- Gaétan Barrette

Il n'a toutefois pas répété cette menace quand il s'est exprimé aux côtés de ses collègues.

Le ministre Morneau était pour sa part demeuré circonspect à son arrivée à la rencontre. Il avait dit s'attendre à une « bonne discussion », vantant « l'offre fédérale très significative pour améliorer les soins en santé mentale et les soins à domicile ».

Lorsque les journalistes lui avaient demandé s'il pensait pouvoir parvenir à une entente, il s'était contenté de répondre : « On verra, je vais parler avec mes homologues. »

Québec outré sur le fond et la forme

En entrevue au Réseau de l’information, le ministre Barrette avait aussi vertement critiqué l'approche du ministre Morneau. « Vendredi dernier, il nous envoie une proposition à la dernière minute, sans avoir négocié pendant un an de temps, et il nous dit : ''C’est un ultimatum, c’est à prendre ou à laisser'' », a-t-il raconté.

«On a pris une année pour négocier les changements climatiques et on prend une journée pour la santé, c’est ridicule! En plus, on a un ultimatum.»

- Gaétan Barrette

Selon le ministre québécois de la Santé, la proposition fédérale aura pour effet de « diminuer la part du financement du fédéral de 23 % au Canada à moins de 20 % sur 10 ans ».

M. Barrette propose plutôt de maintenir la hausse des transferts en santé à 6 % pour l’année 2017 et d’entreprendre des négociations pour parvenir, dès l’an prochain, à une entente pour les années subséquentes. À défaut d'une entente bonifiée, dit-il, les provinces ne pourront pas développer les services espérés pour le maintien à domicile et la santé mentale. « On ne peut tout simplement pas le faire », a-t-il déclaré.

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, a transmis exactement le même message en arrivant au Château Laurier. Selon lui, l’objectif suprême est de convaincre le gouvernement fédéral de hausser sa contribution à 25 % des coûts des soins de santé. La proposition actuelle fait plutôt en sorte « qu'on va s’éloigner du 25 % » souhaité, dit-il.

« L’offre fédérale n’est pas particulièrement généreuse, même avec les fonds additionnels » pour les soins à domicile et les soins en santé mentale, a souligné le ministre Leitao. En outre, « les fonds spéciaux, on ne sait jamais quand ils vont prendre fin », a-t-il ajouté, en soulignant que les transferts en santé offrent une base de financement « beaucoup plus solide ».

M. Leitao soutient que les négociations s’annoncent « très difficiles » et se montre peu optimiste quant à l'éventualité d’une entente conclue aujourd’hui. « Je ne suis pas plus optimiste que je l’étais hier », a-t-il laissé tomber.

«Tout le monde est mécontent du processus, et il est clair que l’offre qui est sur la table ne nous plaît pas du tout.»

- Carlos Leitao

Un pessimisme répandu

Plus tôt en matinée, le ministre britanno-colombien Michael de Jong a aussi admis qu'il doutait de la possibilité de parvenir à une entente satisfaisante dès aujourd'hui. « Je suis très pessimiste, a-t-il dit à son arrivée au Château Laurier. Nous allons voir à quel point cette approche de collaboration du gouvernement fédéral est réelle. »

M. de Jong avait également fait part de son désaccord en se présentant à un souper de travail avec le ministre Morneau dimanche soir. « Le gouvernement fédéral dit : "Voici l’accord, take it or leave it." Ce n’est pas agréable, ce n’est pas acceptable. »

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Victor Boudreau, ne dit pas autre chose. « Les discussions sont mal parties dimanche soir. Il ne semble pas y avoir beaucoup de volonté du fédéral de modifier sa position, a-t-il déclaré en entrevue à l’émission Le réveil / Nouveau-Brunswick. Ça va être une longue journée, j'ai l'impression. »

«Il y a eu une époque où le fédéral payait 50 % de la facture. Actuellement, au Nouveau-Brunswick, il paie environ 19 % de la facture. Alors, il y a vraiment un gros écart.»

- Victor Boudreau, ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick

Selon lui, les premiers ministres des 10 provinces et des 3 territoires présentent un front uni sur la question. « On demande 5,2 %. C’est ce qui est nécessaire pour maintenir notre système », a-t-il mentionné. Un chiffre repris lundi matin au Château Laurier par le ministre de la Santé de la Nouvelle-Écosse, Leo Glavine.