POLITIQUE

Gatineau, ville bilingue? Des conseillers municipaux surpris par les propos de Justin Trudeau

16/12/2016 07:14 EST | Actualisé 16/12/2016 07:25 EST

OTTAWA – Des conseillers municipaux de Gatineau ont haussé les sourcils en entendant le premier ministre Justin Trudeau évoquer l’idée de rendre leur ville bilingue.

En entrevue à RDI, jeudi soir, l’animateur Patrice Roy a demandé au premier ministre si la Ville d’Ottawa devait avoir le statut de ville bilingue.

« C'est un dossier municipal, a répondu Trudeau. Est-ce que la Ville de Gatineau serait ouverte à devenir une Ville bilingue? »

« Gatineau, ce n’est pas la capitale », a répliqué l’animateur Patrice Roy.

« On parle de la région de la capitale nationale, a poursuivi le premier ministre. Je préfère écouter les élus locaux par rapport à ça. »

« En ce qui me concerne, Gatineau n’a pas à être pris dans ce débat-là »
— Richard Bégin, conseiller du district de Deschênes à Gatineau

Denise Laferrière, qui est conseillère du district de Hull-Wright, s’est dite surprise d’entendre ces propos de la part d’un élu qui représente une circonscription montréalaise.

« Au Québec, on sait très bien avec la loi 101, ça se passe en français, indique-t-elle. Gatineau n’est pas la capitale du Canada, alors qu’Ottawa l’est. Il y a des choses qu’elle doit réaliser, soit le fait d’être une capitale bilingue. »

« En ce qui me concerne, Gatineau n’a pas à être pris dans ce débat-là », a réagi Richard Bégin, conseiller du district de Deschênes.

Au Québec, une ville peut être déclarée bilingue si au moins 50% de sa population est anglophone. À Gatineau, ce pourcentage oscille autour de 11%, selon les données du recensement de 2011.

La situation est tout autre en Ontario, où une municipalité peut être administrée dans les deux langues officielles, ou en anglais seulement.

« Il faut quand même être réaliste. Il y a 300 millions d’anglophones en Amérique du Nord et une dizaine de millions de francophones. La seule langue qui a besoin d’être protégée, c’est le français », renchérit Richard Bégin.

Manque de leadership?

Mike Duggan, du district de Lucerne, est le seul conseiller municipal anglophone de la Ville de Gatineau. Il souhaite ardemment qu’Ottawa obtienne le statut de ville bilingue, pour que Gatineau le devienne à son tour.

À son avis, le premier ministre aurait dû profiter de la plateforme qui lui était donnée, jeudi soir, pour demander à Ottawa de montrer l’exemple au reste du pays.

« C’est un sujet très chargé et très sensible des deux côtés de la rivière et c’est au fédéral de prendre le leadership là-dessus », estime le conseiller, qui pense qu’il est « lâche » de pointer le doigt vers Gatineau.

« Son père serait fier de lui, d’encourager le bilinguisme et de prendre le leadership là-dessus »
— Mike Duggan, seul conseiller municipal anglophone de Gatineau

« De prendre [le dossier] un peu plus au sérieux, je pense que ce serait bon, poursuit Mike Duggan, dans la langue de Molière. Son père serait fier de lui, d’encourager le bilinguisme et de prendre le leadership là-dessus. »

Richard Bégin pense qu’il est « irritant » que « chaque niveau de gouvernement se renvoie la balle » dans le dossier du bilinguisme de la Ville d’Ottawa. Il aurait aimé voir des actions concrètes là-dessus de la part du fédéral avant la fin de l’année.

« Si j’avais été moi-même premier ministre du Canada, je pense que j’aurais saisi l’occasion pour mettre un peu plus de pression pour qu’en 2017 – le 150e de la Confédération du Canada – la capitale devienne bilingue », explique-t-il.

À chacun ses combats

Mais selon Sylvie Goneau, conseillère municipale du district de Bellevue, il revient aux citoyens et au maire de la Ville d’Ottawa d’avoir cette conversation. Le fédéral pourrait alors assister la municipalité dans son cheminement, dit-elle.

Le maire Jim Watson, répète depuis des mois que sa ville est suffisamment bilingue et refuse de changer son statut officiel.

« Moi, je ne me sens pas à l’aise de dire à Ottawa comment elle devrait faire ses choses, surtout qu’en opposition, on est unilingues francophones », fait valoir Sylvie Goneau.

Le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin n’a pas voulu provoquer de vagues dans ce dossier, lorsqu’il a été interrogé à ce sujet vendredi matin. Il se dit d’accord avec le premier ministre qu’il revient à la Ville d’Ottawa de régler ce dossier.


VOIR AUSSI :