DIVERTISSEMENT

«OVO» du Cirque du Soleil : des insectes charmants, sans plus (PHOTOS)

30/11/2016 06:17 EST | Actualisé 30/11/2016 06:54 EST
Paméla Lajeunesse

On les repousse violemment de la main quand ils s’infiltrent dans les recoins de nos maisons, nous empêchent de dormir en nous virevoltant autour la nuit ou s’invitent sans permission dans nos assiettes. Mais dans OVO, la production du Cirque du Soleil présentement à l’affiche au Centre Bell, on voudrait que les insectes soient nos amis, tant ils sont dynamiques, enjoués et pleins de vie.

Ce n’est pas un spectacle tellement enlevant ou effréné, éblouissant ou impressionnant, que cet OVO d’abord né sous chapiteau, à Montréal, en 2009, puis présenté à travers le monde depuis. On est loin de la fresque visuelle à immense déploiement qu’était Toruk à pareille date l’an dernier, ou encore de la magie rassembleuse du Luzia qui se déployait sous la tente au printemps. Réadapté en avril pour les besoins de la tournée nord-américaine en arénas, OVO a déjà été applaudi par environ 4,5 millions de personnes sur la planète.

OVO au Centre Bell


Mais, s’il n’est pas l’un des plus mémorables joyaux de la collection du Cirque du Soleil, OVO fourmille de moments intéressants, joyeux, colorés. Ils sont 50 acrobates, acteurs et musiciens à enfiler les costumes flamboyants de ces insectes attachants, qu’on découvre alors qu’eux-mêmes voient apparaître un œuf (ovo en portugais, d’où le titre) au milieu de leur monde. Une romance entre une coccinelle et un semblable, sorte de mouche-libellule-fourmi toute en bleu (ce n’est pas clair), est également au cœur d’OVO. Comme dans tous les récits fignolés par le Cirque du Soleil, il faut être très attentif pour suivre l’évolution de cette petite saga de deux heures, mais l’enrobage est suffisamment joli et fourni pour qu’on ne s’en formalise pas trop.

Ceci dit, le résultat global s’avère plutôt stérile et manque de profondeur. On y cabotine plus qu’on ne s’émeut. Si le but ultime d’OVO est d’amuser la galerie, c’est probablement réussi, mais on regrette néanmoins cette touche d’émerveillement, de passion, qui élèverait l’ensemble une coche plus haut et nous envoûterait pleinement. Bon sans être extraordinaire, OVO sera sans doute vite oublié de ceux qui l’auront vu. Sans compter qu’on n’a pas souvent le souffle coupé ou la gorge nouée de peur de voir un artiste rater son tour, les minutes de réelle extase étant peu nombreuses.

Chorégraphies et pitreries

Entre les acrobaties et les chorégraphies sont insérés des tableaux comiques qui, bien que s’étirant parfois inutilement, créent beaucoup de ravissement dans les gradins ; les enfants adoreront. Ainsi, nos bestioles se tirent la pipe (ou la pince? Ou les ailes? Ou les griffes?), jouent d’instruments de musique, dansent à qui mieux mieux et nous donnent véritablement envie de festoyer avec elles. Ils sont sympathiques, ces insectes taquins, qui grouillent d’agilité et d’élégance dans leurs splendides habits.

Les prouesses physiques ne sont pas systématiques dans OVO. Même qu’on pourrait dire qu’elles sont parfois longues à venir entre les pitreries de nos personnages à écailles et à ressorts mais, lorsqu’elles y sont, l’effet est réussi. La danse occupe également une grande place dans cette excentrique fiesta souterraine.

D’entrée de jeu, une jonglerie de fourmis rouges avec kiwis et maïs se multiplie, s’agrandit et laisse présager de belles promesses pas tout à fait tenues dans le reste de la prestation. On s’attendait bien sûr à voir une chenille se muer en papillon, mais la beauté de la saynète du cocon, un théâtral solo de contorsion sur soie, est ravissante. L’espèce de «monstre» Creatura, tout en tortillements, en met ensuite plein la vue. Un des plaisirs d’OVO, c’est d’observer à quelle petite bête on a accolé quelle discipline, pour vérifier si notre imaginaire concorde avec celui des créateurs du Cirque.

OVO: le tapis rouge


En fin de première partie, une rythmée et stupéfiante joute de scarabées aux cadres russes, avec des élancées sur une distance de six mètres, vaut amplement le coup d’œil et pave la voie à une suite un peu plus costaude. Car la deuxième portion de l’enchaînement, après l’entracte, est nettement plus étoffée que la première et génère beaucoup plus de réactions enthousiastes, jusqu’à un hypnotisant et fabuleux segment de trampoline, où des araignées bondissent avec ferveur pour se coller au mur, juste avant le rassemblement final. Plus tôt, une araignée contorsionniste, une luciole aux diabolos et une démonstration de funambulisme sur fil mou, par une autre araignée, nous conduisent jusqu’à cet ultime clou du spectacle.

Tous les jeux de mains et de pieds de nos drôles de «bibittes» sont accompagnés d’efficaces musiques d’influence latine et ensoleillée. Le Cirque du Soleil n’a à peu près jamais faibli du côté musical, c’est l’une de ses forces, et OVO constitue un autre maillon fort de cette chaîne irréprochable.

OVO tient l’affiche du Centre Bell pour 10 représentations, jusqu’au 4 décembre.

Déjà publié sur Le HuffPost: