«Cinq chantiers pour changer le Québec» ou points de départ pour un Québec de rêve (ENTREVUE)

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Inspirant. C'est le mot qui nous vient en tête lorsqu'on tourne les pages du livre Cinq chantiers pour changer le Québec lancé tout récemment et imaginé par un collectif de chercheurs de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Le but de l'exercice? «Brasser la cage en décrivant le vaste échec qu'est notre histoire politique et économique» et en imaginant des solutions de rechange à l'austérité. «Sortons de la seule critique, de la simple opposition», peut-on lire dans ce petit bouquin de moins de 130 pages donnant envie de rêver d'un Québec meilleur. Une lecture facile, empreinte d'espoir, formant un joli point de départ aux discussions et aux gestes concrets à poser afin de créer ce Québec dont nous rêvons tous.

Partager et changer

«Il n'y a de véritable richesse sociale que dans le partage. C'est le partage lui-même qui permet de créer de la richesse.» Ce partage, Eve-Lyne Couturier et sa douzaine de comparses de chercheurs-auteurs ont eu envie de le décliner en 5 grands thèmes de solutions, 5 chantiers pour changer le Québec, 5 nouvelles manières d'améliorer la vie en société: le temps, la démocratie, le bien-être, le territoire et la transition. Les 5 mesures les plus importantes pour l'équipe, et selon elle, les plus rapidement réalisables.

«Les 5 chantiers sont reliés entre eux, précise Eve-Lyne Couturier. C'est dans sa globalité que le livre est intéressant. Nous avons remarqué que dans notre travail respectif, nous passons beaucoup de temps à critiquer, mais moins à proposer des choses. Alors, nous avons eu envie d'aller plus loin, de répondre à l'éternelle question «Et puis après, on fait quoi?», de voir si cela intéressait la population et de nous donner une date de tombée très serrée de façon à essayer de travailler autrement. Ainsi est venue l'idée de ce livre.»

«Plutôt que de regarder le chemin parcouru, nous avons souhaité réfléchir aujourd'hui à ce que nous avions envie de léguer à nos enfants et nos petits-enfants, poursuit la chercheure à l'IRIS. Quelles sont les politiques publiques que l'on peut mettre en place pour arriver à un Québec qui serait idéal dans 20 ou 30 ans? Nous ne sommes pas un parti politique, donc notre projet n'est pas un projet en 8 étapes bien précises expliquant comment faire pour s'y rendre, mais plutôt nous offrons des propositions et des idées permettant de changer le Québec. Cela donne un livre composé de germes d'idées qui donneront envie aux gens de réfléchir et de lancer des débats. Nous avons envie de changer le discours et de participer à la création d'un lieu où on est capable de parler de politiques publiques et du Québec autrement.»

cinq chantiers pour changer le québec

Ce temps qui nous file entre les doigts

Eve-Lyne Couturier, Minh Nguyen et Julia Posca se sont penchés sur le chantier du temps, plus précisément de la mauvaise organisation du temps de travail au Québec.

«Nous avons tous de la difficulté à ne pas trop travailler, même si nous savons pertinemment que nous devrions travailler moins. Je vois cela dans plusieurs milieux; les gens ont une pression au travail parce qu'on manque de ressources et que chacun considère que le travail qu'il fait doit être fait par lui et personne d'autre. Cette pression de travailler beaucoup a comme effet pervers qu'on travaille moins bien. Ce drôle de mécanisme m'a toujours intéressé, moi qui revendique une réduction du temps de travail pour tous alors que je suis personnellement incapable de faire autre chose que des heures supplémentaires», ajoute la chercheure en riant.

Les idées du trio pour en arriver à une réduction du temps de travail font beaucoup de sens: 1) diminuer progressivement la semaine de travail à 32 heures, 2) passer de deux à trois puis éventuellement à quatre semaines de vacances obligatoires par année et 3) créer un congé universel pour projet personnel.

«Réduire la semaine de travail veut dire libérer du temps pour d'autres activités, rémunérées ou non, ce qui contribue à dynamiser notre économie, explique Eve-Lyne Couturier. Réduire le temps de travail chaque semaine offre un rythme de vie plus soutenable. Il suffit de changer les normes au travail afin de réduire le nombre d'heures maximales par semaine.»

«Plusieurs études démontrent qu'on est beaucoup plus efficace lorsqu'on revient de vacances, pour peu qu'on ait vraiment réussi à décrocher, ajoute-t-elle. En ce moment, deux semaines de vacances dans une année complète, c'est vraiment très peu. Augmenter les vacances à trois semaines, puis à quatre permettrait aux travailleurs de décrocher et de libérer leur stress et leur tête avant de retourner au travail.»

Quant à la proposition la plus originale, elle revient à prendre un peu de cette idée du congé sabbatique et à essayer de voir comment il serait possible de l'adapter à l'ensemble de la population. «Comment avoir la possibilité de prendre ces congés personnels sans avoir à se mettre en congé? Cela donnerait la possibilité aux citoyens et citoyennes d'être autre chose que simplement des travailleurs, de s'investir dans des projets qui ont du sens pour eux, de s'occuper de leur famille et d'essayer de reconfigurer la vie autour d'autre chose que le travail.»

Quatre autres chantiers pour changer le Québec

La suite de cette liste de chantiers pour changer le Québec est tout aussi rafraîchissante: démocratie, bien-être, territoire et transition sont abordés de manière nouvelle et bourrée de sens.

La démocratisation du milieu de travail propose de transformer nos moments passés au travail en une expérience démocratique à part entière favorisant l'expansion rapide du mouvement coopératif. On rêve ici d'amorcer un renversement dans le secteur public en ce qui concerne la concentration du pouvoir aujourd'hui entre les mains de hauts fonctionnaires et des ministres ou encore de convertir les milieux de travail qui sont au bord du gouffre en coopératives.

«Multiplier les lieux de travail démocratiques ferait aussi en sorte que les heures passées au boulot s'effectuent dans un cadre favorisant à la fois l'épanouissement des gens et un travail mieux fait», peut-on lire entre les pages de Cinq chantiers pour changer le Québec.

Le bien-être devient cet engagement, en tant que société, à assurer à tous la capacité de couvrir leurs besoins de base. «Le fait de travailler devrait aussi permettre, non seulement d'améliorer la situation par rapport à quelqu'un qui ne travaille pas, mais aussi de sortir les gens de la pauvreté et d'avoir la possibilité de choisir quelle sorte de vie ils ont envie d'avoir et de travailler à y arriver.»

Se réapproprier collectivement le territoire en faisant en sorte que les différents villages, villes et régions puissent déterminer des espaces dédiés au bien commun selon leur réalité propre résume le chantier du territoire. Il s'agit ici de redonner tout simplement le territoire aux gens qui l'habitent.

Puis le thème de la transition se penche sur l'économie durable, la nature et l'environnement. Sur notre consommation, notre façon de vivre collective à l'échelle de la planète et notre utilisation d'énergie fossile qu'il est essentiel de modifier afin de réduire notre empreinte écologique. L'urgence d'agir maintenant pour sauver la planète en définissant un budget carbone et faisant de la lutte au réchauffement climatique une priorité, réinvestissant dans le transport collectif urbain et interurbain, reprenant le contrôle du transport interurbain, introduisant un tarif environnemental sur les importations et en misant sur les circuits économiques courts. Bref, en prônant l'achat et les valeurs locales, québécoises.

Les chercheurs de l'IRIS rattachés à ce projet offriront sous peu des conférences à travers le Québec. Car le livre Cinq chantiers pour changer le Québec se veut un point de départ à une horde de discussions essentielles qui touchent et font vibrer de nombreux Québécois. Des Québécois rêveurs et fonceurs qui aiment discuter certes, mais qui ont aussi envie d'agir.

Le livre Cinq chantiers pour changer le Québec se trouve en librairie dès maintenant.