DIVERTISSEMENT

«Nos eldorados» (amoureux) d'Alex Nevsky

17/11/2016 04:01 EST | Actualisé 17/11/2016 04:05 EST
John Londono

Trois ans après Himalaya mon amour, le chanteur Alex Nevsky propose un album intitulé Nos eldorados. De nouveau, la galette est tapissée du thème de l’amour. Sur la pochette du disque, une allumette et trois cœurs, aux dégradés rouge-orangé, sont imbriqués les uns dans les autres. Le feu, l’amour… C’est ça. Côté musique, quelques surprises. Du moins, on sent une brise de changement. On sent que Nevsky a envie d’autre chose… Quoique.

Sujet épuisé et pourtant inépuisable, l'amour toujours l'amour. Voici la première ligne d’un article publié dans le Huffington Post Québec, en novembre 2013. Nous avions rencontré Alex Nevsky au National, à la veille de son spectacle-lancement de l’album Himalaya mon amour, cette galette pop suave qui a, de manière impressionnante, fait du chanteur une vedette de notre milieu culturel québécois.

Depuis, le feu a carrément pris dans la carrière d’Alex Nevsky, pour employer un mauvais jeu de mots. Grande quantité de concerts, multiples apparitions télévisées, tubes radio qui ont contaminé la province, juge d’une émission ultra regardée, l’auteur-compositeur-interprète est devenu une figure populaire, pour le meilleur et pour le pire. À vrai dire, il fait généralement bien les choses. Même sa musique n’est pas mauvaise. En effet, Nos eldorados, musicalement, tient la route. On imagine bien que les comparses Alex McMahon et Gabriel Gratton ont livré la marchandise… commandée.

Le morceau Le cœur assez gros, par exemple, est finement joué. Un autre ver d’oreille quasiment assuré. On reconnaît cette mélodie aguicheuse qui revient dans plusieurs chansons de Nevsky. Réveille l’enfant qui dort, chanté en collaboration avec le populaire rappeur Koriass, est aussi bien foutu. Même les voix juvéniles sont efficaces. En plus, cette chanson apporte un peu «de chien» sur un disque qu’on pourrait qualifier de sympa. Un disque qui ressemble en fait à un liquide sucré bien brassé.

Or, on reste avec l’impression que le dandyste artiste pourrait faire mieux.

Mais mieux pour qui? Mélomane adulte? Jeune public? Radios commerciales? Adeptes de concours télé? Tout ça ensemble?

La qualité de Nos eldorados est fort relative [comme tous les autres albums]. Certains vont, comme pour Himalaya mon amour, s’y abandonner corps et âme. D’autres le trouveront un brin différent, sans toutefois bouder ses nouvelles chansons. Plusieurs, cela dit, jugeront certainement ce disque comme étant un biscuit trop chocolaté. Car, le ton bon enfant est un véritable bémol sur cet album édulcoré (cela dit, on ne peut pas dire mièvre ou gnangnan) et racoleur à l’excès. Il suffit d’entendre Polaroid en ouverture d’album pour s’en convaincre.

«On pourrait faire la, la, la, la, l'amour

Sur le bord de la mer,

Regarde au loin, regarde en l'air

C'est beau, oh, oh, oh

On ferait des po, la, la, la, la, roids

Toi qui cours nu dans la nuit

Moi la, la, l'accroc et toi la drogue

C'est chaud, oh, oh, oh»

»»» extrait de la chanson Polaroid

Une ambiance pour le moins candide et mielleuse qui donne le ton à Nos eldorados. En tout cas, c’est jovial à souhait. L’harmonie est passionnelle et on ne peut plus heureuse. Ça frise l’amour enfantin. Le cœur n’a pas d’âge dira-t-on, mais quand même...

Pourtant, Polaroid a déjà envahi les ondes radiophoniques.

Katharina et les autres

Ailleurs aussi, Nevsky raconte des histoires d’amour, comme cette liaison difficile qu’il susurre pour la pièce Katharina. Même constant pour Jeter un sort, livrée en duo avec Cœur de pirate.

On peut penser que cet artiste, au sommet de sa «jeune» carrière, a manqué d’audace avec Nos eldorados. Certes, les synthés ont changé la donne. Certes, les arrangements cachent de petits bijoux. Certes, quelques morceaux, comme l’éthérée L’enfer c’est les autres, ouvrent la voie à une offrande générale plus engagée, au sujet du propos, mais également de l’esthétique. On réfère ici à l’authenticité et/ou à l’idée que le sentiment à de nombreux visages, pas juste l’amour.

Certes, Alex Nevsky chante aussi l’amitié, le désir, la liberté (en référence à celle de Pierre Falardeau, «qui n’est pas une marque de yogourt»), la mort. Mais ces thématiques sont complètement submergées par l’amour (Le jeu des sentiments, La beauté, Le monde fou des animaux), qui coule à flots, de l’Himalaya à Nos eldorados.

Gardons espoir.

Nos eldorados est déjà disponible en version physique et numérique.

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Alex Nevsky

Nos eldorados

Audiogram

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