POLITIQUE

Ottawa étudiera les effets de la pornographie violente sur la santé

14/11/2016 07:05 EST | Actualisé 14/11/2016 07:54 EST

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau appuiera une motion pour que le Comité permanent de la santé étudie les effets du contenu violent et sexuellement explicite sur le comportement des mineurs, des femmes et des hommes.

Arnold Viersen, un député conservateur en Alberta, a dit avoir reçu le soutien des députés de tous les partis à Ottawa pour aller de l’avant avec sa motion M-47. Par la suite, le secrétaire parlementaire de la leader du gouvernement a confirmé que tous les ministres vont voter en faveur de cette initiative.

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Le site Pornhub à lui seul a eu 21,2 milliards de visites en 2015.

« Les Canadiens, en général, peuvent vraiment comprendre la gravité de ce problème qui est devant nous aujourd’hui », a déclaré Kevin Lamoureux, lors d’un débat sur le sujet lundi matin.

« [Arnold Viersen] fait référence à des individus et des groupes qui ont appuyé la motion. J’aimerais ajouter que le gouvernement va, en fait, soutenir la motion, puisqu’il en reconnait le mérite et comprend que c’est un enjeu qui tient à plusieurs Canadiens et ce, peu importe la région dans ce pays. »

Voici le libellé de la motion :

« Que le Comité permanent de la santé reçoive instruction d’étudier les effets de santé publique liés à la facilité de trouver et de visionner en ligne du contenu violent et sexuellement explicite avilissant sur les enfants, les femmes et les hommes, en reconnaissant et en respectant la compétence des provinces et des territoires à cet égard et que ledit Comité fasse rapport de ses conclusions à la Chambre au plus tard en juillet 2017. »

Lors des débats à ce sujet, l’élu conservateur a cité les cas de Rehtaeh Parsons ou encore d’Amanda Todd – qui se sont suicidées après avoir été violées et humiliées en ligne – mais aussi de l’ancien animateur Jian Ghomeshi, qui a été accusé d’avoir violenté plusieurs partenaires sexuelles. Ce dernier a finalement été reconnu non coupable au terme d’un procès médiatisé.

Soupir de soulagement

Viersen pense qu’il est « déplorable de constater que la dernière étude du Canada sur les effets du matériel sexuellement explicite à caractère violent remonte à il y a 30 ans, soit avant l’invention de l’Internet ».

Jusqu’à lundi matin, le père de deux jeunes enfants retenait son souffle, puisque les libéraux à qui il a parlé dans les derniers mois ne lui ont pas fait part de leurs intentions. Mais il dit pouvoir respirer à nouveau après la déclaration de Kevin Lamoureux.

« J’ai des gens de chaque parti qui secondent ma motion. Alors c’est tellement récompensant de travailler sur quelque chose qui a l’appui de tous les partis et c’est merveilleux », a-t-il réagi peu après les faits.

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Les jeunes hommes peuvent souffrir de dysfonction érectile. (Photo : Getty Images)

La députée du NPD d’Abitibi-Témiscamingue, Christine Moore, qui est une ancienne infirmière, a reconnu que l’avènement de la pornographie en ligne a causé des soucis de santé publique, comme des problèmes de dépendance.

« Malheureusement, ces gens vont souvent être à la recherche de contenu de plus en plus explicites. Cela amène à faire des changements quant aux connexions au niveau des neurones, dit-elle. Quelque chose qui, normalement, ne devrait pas exciter quelqu’un sexuellement, réussit, avec le temps, à l’exciter sexuellement, comme l’association à de la violence, par exemple.

Moore a aussi parlé des difficultés érectiles de certains hommes, parfois dès 20 ans, qui les empêchent à développer de « vraies relations ». « Ils vont donc s’isoler et, justement, à avoir tendance à consommer davantage de pornographie », résume-t-elle.

Comparer l’Internet à la sécurité routière

Le député Arnold Viersen est réputé pour être un social conservateur. Au mois de mai, il avait accusé le gouvernement Trudeau de vouloir « exporter la mort autour du monde » en finançant l’avortement dans les pays en voie de développement.

« Quand vous combinez cela à la récente initiative sur le suicide assisté et l’euthanasie [la loi sur l’aide médicale à mourir], il n’est pas difficile de voir que ce gouvernement libéral devient rapidement le gouvernement de la mort. »

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Arnold Viersen lors d'un rassemblement anti-avortement. (Capture d'écran)

Lundi, il a laissé entendre que certains libéraux, comme le député de Mont-Royal Anthony Housefather, avaient certaines réticences à appuyer sa motion. Il l’a toutefois remercié pour ses observations sur le sujet.

« Il est préoccupé par les attentes aux droits civils. Selon lui, je ferais l’analogie entre l’Internet et notre système routier. Au Canada, nous avons la liberté de mouvement. Nous avons un système routier extensif qui est à la portée de tous les Canadiens. Nous pouvons marcher ou prendre notre vélo partout au Canada sans restriction. »

« Toutefois, si nous utilisons les routes pour des choses en particulier, comme conduire ou le transport en grande quantité, les licences et permis sont requis. D’autres choses sont aussi interdites dans le partage de la route. La vitesse et les courses ne sont que des exemples. »

Il reste toutefois vague sur les propositions qu’il voudrait mettre de l’avant devant le comité, comme davantage d’éducation sexuelle, une fois l’étude réalisée par le comité sur la santé. Du bout des lèvres, il a admis que les cours obligatoires en Ontario, mis en place par la première ministre libérale Kathleen Wynne, étaient peut-être indispensables dans une ère où les jeunes ont accès au web dès un jeune âge.

« Je fais preuve de prudence pour dire que c’était une bonne idée. Je dirais que les choses comme cela sont possiblement nécessaires », explique Viersen.

Oui pour la motion, mais…

En entrevue, le député libéral Anthony Housefather a répété qu’il n’a jamais dit qu’il n’allait pas voter pour la motion, mais qu’il ne pouvait pas la seconder au moment de leur discussion, puisqu’elle pouvait se retrouver au Comité permanent de la Justice et des droits de la personne, dont il est le président.

« Il n’y a pas de controverse ici avec moi sur la question. J’appuie la motion. Je n’ai pas de problème avec la motion. J’ai simplement dit à M. Viersen que je ne voulais pas le seconder, s’est-il défendu. La motion même, c’est une motion "tarte de pommes". C’est une motion que tout le monde peut appuyer. »

Le député de Mont-Royal dit toutefois qu’il a exprimé sa « crainte » de voir certains groupes qui ont appuyé la motion tenter de miner les droits civils des Canadiens en ligne.

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Anthony Housefather avait des craintes pour la suite des choses. (Photo : PC)

« Je suis certainement contre la violence contre les femmes et la dégradation dans la pornographie. Je suis aussi quelqu’un qui appuie la liberté d’expression. Certains groupes qui appuient cette motion, je crois, vont vouloir limiter la liberté d’expression à la fin de la journée. »

Des quelque 50 organisations qui l’appuient, on retrouve des refuges pour femmes, des organisations qui luttent contre le trafic humain, la fondation en l'honneur de Rehtaeh Parsons, mais aussi un groupe évangélique.

« Ma réponse à cela, c’est que je suis aussi préoccupé par l’érosion des droits civils dans notre société que lui. Je me tiendrais épaule contre épaule [avec Housefather] en défendant nos droits civils », a répliqué Viersen.

S’il le député conservateur admet ne jamais avoir lu le livre 50 nuances de Grey, il dit ne pas pouvoir fermer les jeux sur la « sexualité qui semble rabaisser ou faire mal aux individus » dans des initiations à l’université ou ailleurs. Il se félicite toutefois d’avoir pu engager une conversation sur le sujet.

La motion sera débattue une autre fois au début du mois de décembre et pourrait être votée avant le temps des Fêtes.

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