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Denis Bernard, l'énigmatique «preacher» de la télésérie FEUX

30/10/2016 10:01 EDT | Actualisé 30/10/2016 10:01 EDT
Samuel Larochelle

Denis Bernard ne regarde pas tous les projets auxquels il participe, mais il est incapable de manquer un épisode de Feux, une série qui prend au ventre et qui témoigne du brio avec lequel l’auteur Serge Boucher laisse planer l’inconfort entre les dialogues. Le genre d’émotion viscérale que le comédien souhaite également générer quand il porte le chapeau de metteur en scène, lui qui dirige Micheline Bernard dans un solo coup-de-poing à La Licorne.

Dès la première lecture du scénario de Feux, l’acteur a été dérouté par le personnage de Jacques Lemaire, pédiatre, pédologue et preacher d’une église Évangéliste. «C’est un personnage tout sauf unidimensionnel, qui nous laisse toujours en déséquilibre et qui ne va pas là où on croit qu’il ira…»

Parfaitement conscient de l’ambiguïté planant autour de M. Lemaire quand il est question de sa relation trouble avec le jeune Forget et le feu qui a coûté la vie à sa femme, l’acteur a vite compris qu’il ne soignerait pas son image en acceptant un tel mandat.

«Mais il n’était pas question que je ne le fasse pas! C’est un personnage multicouche, un homme résilient qui se définit d’abord et avant tout par sa foi en Dieu. Il l’assume sans fausse humilité, mais avec une belle modestie. On réalise en l’observant à quel point, de nos jours, la bonté est suspecte.»

Si suspecte que certains téléspectateurs l’ont classé parmi les « méchants » de l’automne à la télé québécoise, alors que son entourage le voit comme un homme bon. Son fils, Marc, le considère carrément comme un modèle à suivre. Une dualité qui complexifie le travail de Denis Bernard.

«Le défi est d’évacuer tout commentaire sur mon personnage dans mon jeu. C’est peut-être moins spectaculaire ainsi, mais plus troublant. J’aurais pu jouer la peine et le côté retord en disant “regardez comme je suis ambigu”, sauf que ça devient du spectacle. Certains aiment beaucoup faire ça. Moi, je préfère être vrai et en faire le moins possible.»

Les interprètes de Feux, comme ceux qui ont porté les mots de Serge Boucher au théâtre, dans Aveux et Apparences, savent à quel point le non-dit est puissant dans l’écriture de l’auteur.

«Dans Feux, c’est ça qui est fatigant. Quand on faisait du travail de lecture, Serge nous suggérait de changer des mots si certains ne faisaient pas notre affaire, parce que tout passe par les scènes. À l’inverse, quand je tournais dans Fatal-Station de Stéphane Bourguignon récemment, il fallait absolument passer par sa langue.»

Des promesses, des promesses

des promesses

Très demandé comme acteur, Denis Bernard n’est pas moins occupé par ses fonctions de directeur artistique de La Licorne et par ses projets de mises en scène.

Ayant offert au théâtre de l’avenue Papineau quelques-unes des pièces les plus marquantes des dernières années (Le Pillowman, Coma Unplugged, Les Événements), il récidive en programmant un texte de Douglas Maxwell, dont il a découvert le travail lors d’un échange culturel entre les auteurs québécois et écossais.

Une soirée durant laquelle Micheline Bernard a lu la traduction d’une courte pièce de Maxwell, en sa présence. Subjugué par la comédienne, ce dernier est allé lui parler pour lui dire qu’il avait un rôle parfait pour elle dans une autre pièce qui venait d’être montée à Glasgow et Londres.

Il s’agissait de Promises, Promises, l’histoire de Miss Brodie, une enseignante retraitée qui fait de la suppléance dans une école primaire de Londres. Là où elle rencontre Rosie, une jeune Somalienne qui souffre de mutisme sélectif. Instantanément, une connexion s’établit entre les deux.

«Il y a un alignement des planètes qui permet leur rencontre. Mais surtout, Miss Brodie et la petite Rosie reconnaissent chez l’une et l’autre l’étoffe dans laquelle elles ont été taillées. Les deux ont été bafouées. Miss Brodie vieillit avec les cicatrices des coups qu’elle a reçus durant son enfance.»

Une douleur que la femme a retournée contre le reste du monde. «C’est une femme impitoyable, alcoolique, amère, qui n’a rien pour elle, mais qui est tout de même attachante dans sa dureté. Les gens ne l’aiment pas à priori, mais elle possède une sincérité et un discernement à son sujet qui la rendent extrêmement sympathique et très drôle.»

Une partition relevée interprétée par Micheline Bernard, qui joue pour la première fois un solo sur scène. «C’est un hostie de gros solo! La somme de travail qu’elle a accompli depuis le printemps dernier est énorme. Ce sont 46 pages de textes bien tassées. Micheline livre toute une performance!»

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