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Cette petite ville albertaine où Internet est parmi les plus rapides au pays (VIDÉO)

24/10/2016 07:29 EDT | Actualisé 25/10/2016 06:14 EDT

Olds, ça vous dit quelque chose? La municipalité de 8500 habitants, située au beau milieu de la campagne albertaine, a décidé d'investir il y a quelques années dans un réseau Internet à haute vitesse. À très très haute vitesse même : 1000 Mbit par seconde. Une rareté en milieu rural. Mais pourquoi un Internet si rapide? Et surtout, qu'est-ce que ça donne?

Un reportage de Laurence Martin

Si vous conduisez dans les rues de Olds, peu importe la direction que vous prenez, il ne vous faudra pas plus de cinq minutes pour apercevoir un champ de canola ou un silo à grains.

La petite ville, située à environ une heure au nord de Calgary, ressemble à première vue à bien d'autres municipalités des Prairies : des chaînes de restauration rapide qui s'enlignent les unes après les autres sur une avenue à quatre voies, des dizaines de petits magasins indépendants où tout est produit « localement » et quelques vieux bâtiments carrés à deux étages qui rappellent les films western.

Et pourtant, Olds cherche à tout prix à se démarquer ces temps-ci. Mais son avantage comparatif est, disons, difficile à détecter.

«On est la première communauté canadienne à avoir offert un réseau d'un gigabit pour nos résidents et nos entreprises.» - Joe Gustafson, président du conseil d'administration du réseau Internet O-NET à Olds

Un gigabit ou 1000 Mbit/s, pour ceux qui ne sont pas férus d'informatique, c'est très rapide. À cette vitesse-là, vous pouvez télécharger un film de deux heures...en moins d'une minute.

Les résidents ou les entreprises de Olds ne paient pas tous pour une connexion d'un gigabit (parce que c'est beaucoup trop pour leurs besoins). Malgré tout, la vitesse de téléchargement moyenne à Olds reste très rapide si on la compare au reste du Canada.

Elle était même la plus rapide au pays en 2014, selon le Ookla Net Index.

Pourquoi vouloir un Internet si rapide?

Quand on pose la question à Joe Gustafson, un pharmacien à la retraite qui a été impliqué dans le projet dès le départ, sa réponse est simple : « Pourquoi à Olds? Pourquoi pas. »

Peu importe où vous êtes, explique M. Gustafson, « vous ne pouvez pas faire du développement économique sans avoir un réseau Internet décent ».

L'avantage de Olds, c'est qu'ils se sont posé cette question-là, bien avant que tout le monde ne se mette à regarder Mad Men ou Making a Murderer sur Netflix.

Il faut croire qu'ils ont eu une prémonition.

Au milieu des années 2000, des résidents se sont réunis pour penser à l'avenir de leur communauté. Comment faire venir des familles et leur vanter la qualité de vie à Olds? Comment attirer des entreprises? L'idée d'un réseau à fibre optique a émergé.

À l'époque, raconte Joe Gustafson, des dizaines de foyers étaient encore connectés au réseau téléphonique : « Internet était tellement lent qu'on ne pensait même pas qu'on pouvait s'en servir pour faire des affaires. »

Le problème, c'est qu'aucun grand fournisseur n'était prêt à investir. Il a donc fallu créer un réseau de toutes pièces.

L'Institut de Olds, un organisme communautaire à but non lucratif, a décidé d'emprunter 14 millions de dollars à la ville pour créer O-NET. Sept ans plus tard, en 2012, les premiers résidents étaient branchés.

Aucune taxe municipale n'a servi à financer O-NET. Ce sont les abonnements qui financent le réseau. Un résident paie 100 $ par mois pour une connexion de 100 Mbit/s ou 125 $ pour un gigabit.

En finir avec la roue qui tourne

Aucun doute, Olds a de quoi faire des jaloux ailleurs au pays.

Selon la Fédération québécoise des municipalités, 30 % de la population québécoise, surtout en région, n'a pas une connexion Internet qui lui permet de facilement visionner des vidéos, faire du commerce en ligne ou transférer rapidement des documents.

Dans les dernières années, d'autres municipalités canadiennes ont investi dans des réseaux de fibre optique à très haute vitesse, mais leur nombre reste limité parce que les coûts sont extrêmement élevés.

Les grands fournisseurs comme Bell et Rogers commencent à offrir une connexion d'un gigabit dans certaines provinces, mais l'accès est pour l'instant surtout concentré en milieu urbain.

Un Internet ultra-rapide... et après?

Après, il y a des compagnies qui décident de s'installer à Olds, en partie parce qu'elles ont accès à O-NET et que le réseau contribue au dynamisme de la communauté. C'est le cas de Vicky Barzey qui vient d'y ouvrir une agence de voyages.

Il y a aussi des résidents qui se découvrent une fibre entrepreneuriale. Shawna Cevraini et son fils Shawn créent maintenant des pages web pour des entreprises locales.

Une tâche qui aurait été impossible auparavant.

L'accès à Internet à très haute vitesse semble aussi stimuler l'esprit créatif de certains résidents. Nish Nadoo, un jeune professionnel, a réalisé un projet de journalisme visuel sur Facebook ces derniers mois : Humans of Olds inspiré de Humans of New York.

Au total, le nombre d'entreprises enregistrées à la ville de Olds a augmenté de 10 % entre 2013 et 2015.

Pas une mini-Silicon Valley

Mais ne vous y trompez pas. Olds a beau avoir une vitesse de téléchargement parmi les plus rapides au pays, des centaines de geeks ne se sont pas précipités dans la petite communauté rurale.

Joe Gustafson s'attendait d'ailleurs à voir plus d'entreprises déménager près de chez lui. « Est-ce qu'on est devenu un centre de haute technologie? » demande M. Gustafson. « Non, mais je ne sais pas ce qu'il faut faire pour attirer ça. »

Nish Naidoo, qui travaille maintenant pour l'Institut de Olds, croit qu'il y a un défi de communication. « Bien des gens n'ont jamais entendu parler de Olds et de O-Net. »

Et puis, Internet ne règle pas tout, selon lui. Si une compagnie de technologies de pointe venait s'installer à Olds, demande Nish Nadoo, est-ce qu'elle aurait facilement accès à la main-d'oeuvre qualifiée dont elle a besoin? Il n'en est pas certain.

Malgré tout, Joe Gustafson croit que la demande pour des connexions rapides ne va que s'accélérer dans les prochaines années.

Il vante son projet comme un trésor à l'épreuve du temps.

« Nous, on ne manquera jamais de bande passante. Bientôt, des communautés vont se réveiller et se rendre compte qu'elles ont manqué le bateau. »

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