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«You Want It Darker» de Leonard Cohen: «un geste complet de grâce» - son fils Adam, le réalisateur

22/10/2016 08:55 EDT | Actualisé 23/10/2016 02:32 EDT

Le mot chef-d’œuvre est certainement justifié pour qualifier le 14e album de la légende vivante Leonard Cohen, You Want It Darker. Les nouvelles chansons, réalisées par son fils Adam dans la maison du paternel, sont empreintes d’une sublime élégance. Discussion intercontinentale avec Adam Cohen, qui parle à la fois de son père comme un génie et un tendre ami.

Aux premières notes de la chanson-titre du disque, la voix de Leonard Cohen est pénétrante, éraillée et grave. On imagine la peau de toutes les femmes du monde frémir à l’écoute du chant de cet artiste absolu. Audacieuse exploration de l'esprit religieux, la pièce You Want It Darker est solennelle et dramatique, avec une pointe de dérision dans la parole et le ton.

La musique, qui ne fait en vérité que danser avec lui, est discrète, mais savoureuse. Et ces voix chorales captées dans une synagogue montréalaise - ce temple juif qui a marqué l’enfance de Leonard Cohen, viennent mettre un peu de lumière dans la caverne spirituelle du chanteur.

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Home

Signe du destin, peut-être, le dernier disque offert par Adam Cohen (dans sa carrière solo) s’intitule We Go Home (2014).

«Oui, c’est vrai, lance Adam Cohen, qui a travaillé environ 12 mois sur l’album. C’est drôle. En plus, j’habite à environ 1000 mètres de chez lui, sur la même rue, à Los Angeles [...] Toute ma vie, je me suis préparé à être en dialogue avec mon père. Je me suis finalement retrouvé dans la même aventure que le grand maître. C’est pour moi un honneur et un privilège. D’autant plus que c’était inattendu [le comparse réalisateur de Leonard Cohen, Patrick Leonard, avait dû se retirer de ce projet d’album en raison de problèmes personnels]. Bien que j’avais moi-même présenté Patrick à mon père, je me suis retrouvé à prendre la relève. Puisque ma propre carrière allait mieux, je me sentais digne, prêt à démontrer mes capacités…»

L’éternel

Le Montréalais Leonard Cohen, qui habite en Californie depuis quelque temps, a dit récemment «qu’il était prêt à mourir». C'est connu, le drame, il aime bien. «J'ai récemment dit que j'étais prêt à mourir... je crois que j'ai exagéré. En fait, j'ai l'intention de vivre éternellement!», a lancé Leonard Cohen lors d’un point de presse livré à Los Angeles, le 19 octobre.

À l’écoute du son album, on pourrait dire que You Want It Darker est le vibrant testament d’une œuvre artistique magistrale, qui se construit depuis cinquante ans. «Cette idée qu’il était prêt à mourir a été partagée au sens philosophique, je crois, indique Adam. Mon père va vivre encore un siècle! (il rit doucement) Et quand il sera parti, on écoutera sa musique éternellement.»

Certes, l'état de santé de l'homme de 82 ans a inquiété plusieurs de ses proches. Leonard Cohen a souffert de terribles maux de dos, notamment. Depuis un an, il se sentirait toutefois mieux même si son corps est toujours fragile. D’ailleurs, aucune tournée de concerts n’est envisagée pour le moment. «Quand j’ai pris la relève comme réalisateur, j’ai suggéré à mon père de travailler dans son salon. Il devait rester dans une chaise adaptée [à sa condition physique], qui permettait de limiter ses douleurs. Mais, il souffrait quand même beaucoup.»

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La gravité

Le tragique dans la voix rauque de Cohen aurait d’ailleurs été accentué par son état physique. «Il avait une concentration inébranlable, raconte Adam. Je pense que son état l’a forcé à plonger au plus profond de lui. Je ressentais qu’il y avait une fragilité nouvelle aussi dans le timbre de sa voix puisqu’il était en douleur quasi permanente. De toute évidence, cette sensation d’autorité et d’intimité qui se dégagent des chansons est plus forte que jamais. Il avait cette voix de géant qui se dévouait à la gravité.»

Ainsi, l’instrumentation fut enregistrée (dans le salon, certes, mais aussi dans le studio musical de Michael Chaves, un ami d’Adam) dans un but précis : accompagner le geste du poète-chanteur. Elle servait de liant aux couches sentimentales de l’homme qui doute, songe à la mort et évoque certaines de ses illusions perdues.

«Je trouve que c’est un disque éblouissant, affirme le réalisateur. C’est le meilleur qu’il ait fait depuis au moins 20 ans. Ça va à l’essentiel. C’est la culmination d’une vie et d’une carrière. C’est comme si on avait pu ramasser l’ensemble de ses pouvoirs. On a été emporté dans le mystique durant le processus créatif. […]

Un fait remarquable, chaque chanson a été faite dans l’ordre tel qu’il est présenté sur le disque. Rien n’a changé. C’est comme si une main divine en avait décidé ainsi. J’aime croire que c’est un symbole, car You Want It Darker est un geste complet de grâce.»

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Leonard Cohen

You Want It Darker

Sony Music

Disponible dès le 21 octobre

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Leonard Cohen en quelques chansons