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Moby & The Void Pacific Choir: l'activiste optimiste (ou) la rage au corps (ENTREVUE/VIDÉO)

18/10/2016 05:52 EDT | Actualisé 19/10/2016 10:50 EDT

Le photographe, DJ et producteur de musique électronique Moby tente de se réinventer une nouvelle fois avec un treizième album intitulé These Systems Are Failing. L’Américain propose un disque à la fois énergique et très engagé, qui emprunte à ses amours de la techno, et même de la culture punk.

Dans un communiqué de presse accompagnant l’album, on peut y lire un message politique on ne peut plus clair :

Ces systèmes sont défaillants.

Nos meilleurs choix nous tuent.

Tout brisement provient de la séparation.

Nous détruisons le monde, et nous sommes toujours misérables.

Gras, malade, stupide et anxieux ne sont pas des façons de vivre.

Ces systèmes sont défaillants.

Qu’ils échouent.

Changer ou mourir.

Ces systèmes sont défaillants.

Qu’est-ce qui ne va pas sur notre pauvre planète?

Moby : Presque tout. Ce n’est pas une question simple, mais elle très importante. Je dirais que tout dépend de votre regard sur le monde. Pour certains, l’exploitation du pétrole dans le nord du Canada est une bonne chose. Pour d’autres, une personne intoxiquée au crack qui prend une pause d’une journée est une excellente nouvelle… Je crois qu’il est grand temps que l’humain fasse un pas en arrière et observe à quel point notre civilisation est en train de détruire se qu’elle a de plus beau. Pour ma part, je ne me contente plus seulement d’observer. Tous les jours je dénonce ou j’agis.

À travers la musique notamment?

Oui. En partie. Mais ça ne suffit pas. La musique permet d’aborder des thèmes dans des perspectives variées, qu’elles soient politiques, spirituelles, anthropologiques, personnelles…

Avez-vous toujours été un activiste?

Pratiquement, oui. J’ai été élevé par des parents progressistes qui m’ont sensibilisé dès le très jeune âge à l’égalité, à l’équité, au respect de l’environnement et des gens… Tout s’est installé en moi sans que j’en aie très conscience. Aujourd’hui, je réalise à quel point leur vision du monde m’a influencé. Je suis devenu un homme politisé, qui milite pour un monde différent, moins cupide et autodestructeur.

Le végétarisme fait-il partie de cette éducation?

Je suis naturellement devenu végétarien. Et c’est toujours un mode de vie qui me convient parfaitement. Je me sens bien. Et puis, franchement, on n’a pas besoin de tout ce bœuf sur Terre, qui non seulement pollue terriblement, mais consomme une quantité d’eau potable incroyable, sans oublier tous les malheurs causés aux populations locales (au Brésil par exemple) pour l’espace nécessaire à l’élevage… Notre manière de vivre au niveau planétaire ne fonctionne pas. Je ne vais pas sauver le monde en étant végétarien. On consomme de manière honteuse en ce moment. En plus, tout nous encourage à jeter vite pour acheter de nouveau. Et nos politiciens ne sont souvent que le reflet, l’extension de notre avidité sans fin. On ne pourra pas exploiter la Terre à ce rythme encore longtemps. Peut-être pourrons-nous y survivre, mais dans quelle condition ? Pourquoi attendre d’être obèse, malade, cancéreux pour choisir un mode de vie plus équilibré ?

Êtes-vous très impliqué dans la politique de votre pays?

Bien entendu. Même si je suis souvent outré, désespéré et colérique. Je parle constamment d’enjeux sociopolitiques, que ce soit avec les médias, en public ou entre amis. Je discute souvent politique de manière obsessive. Il est possible que John McCain soit un bon gars en privé, tout comme Dick Cheney. Mais, pour ce qui est de leur vision du monde, je suis totalement en désaccord. Et je n’ai aucune gêne à le dire. J’ai irrité et dérangé beaucoup de gens.

Vous avez perdu des fans en raison de certaines de vos prises de position?

Je crois que oui. Mais à mon âge (51 ans), je n’en ai rien à foutre. Vendre des disques n’est pas ma priorité. J’adore faire de la musique, de la photo, mais la planète passe en premier dans l’ordre de mes priorités. Je suis obnubilé par les changements climatiques et les grands enjeux qui touchent à la pollution. Je suis aussi passionné des nouvelles formes d’énergie, les découvertes technologiques…

Que pensez-vous de Donald Trump?

C’est un homme de la pire espèce. C’est un sociopathe diabolique. Il incarne à peu près le pire de l’humain. Il est menteur, avare, cupide, misogyne et obsédé par l’influence. En plus, il est un piètre financier, malgré ses années d’expérience dans le milieu.

Est-ce qu’on peut dire que votre engagement politique a trouvé, au plan artistique, son point culminant dans These Systems Are Failing?

Je crois que oui. Vieillir, prendre de la maturité, à quelque chose de très bénéfique : on est de plus en plus conscient des choses qu’on ne veut plus faire. Et je n’avais surtout pas envie de faire de la musique seulement pour vendre des albums. De toute façon, qui vend des disques aujourd’hui ?

Est-ce que c’est votre réussite commerciale antérieure qui vous permet cette liberté artistique?

Oui, en partie. Je suis célibataire et je n’ai pas d’enfant. Si je devais envoyer mes mômes à l’école privée et payer l’hypothèque d’une luxueuse maison de Los Angeles, j’inviterais Katy Perry pour qu’il participe à tous les morceaux de mon album…

Comment expliquez-vous ces influences techno et punk sur votre récent album?

La techno à longtemps fait partie de mon ancienne vie de DJ. Par ailleurs, je me suis rendu compte - avant de commencer à composer la musique de l’album – que j’avais beaucoup écouté de musique rapide et énergique. Je suis aussi revenu grandement à la musique punk et post-punk à la Joy Division, The Damned, Buzzcocks…

Le punk est-il un vieil amour?

Absolument. Quand j’étais à l’école secondaire (high school), j’avais un band punk. En 1982, j’ai livré mon premier concert sur un patio de maison devant environ 50 personnes (rires). Depuis, j’ai toujours aimé ce genre musical, même si ça ne se ressent pas tout le temps dans mon travail.

Pourquoi avoir utilisé le nom d’artiste Moby & The Void Pacific Choir?

C’est le titre d’un projet que j’ai commencé il y a deux ans et que je n’ai jamais terminé. C’est un peu ésotérique, mais jamais ce nom que j’ai simplement conservé. Les gens ont horreur du vide (void) et pour le remplir, ils consomment… On devrait tenter de combattre nos peurs autrement.

Sur votre premier titre Hey Hey¸ vous chantez les paroles «our dreams will never die» (nos rêves ne s’éteindront jamais). Êtes-vous un activiste optimiste?

Ouf. Pas facile de trouver une réponse juste ! Oui et non. Je sais qu’il existe toujours des gens qui croient en la tolérance, le partage et la raison. Je crois que des personnes peuvent en partie changer leurs croyances et leurs habitudes. Mais il y a en même temps tellement de personnes désespérantes, qui sont en plus noyées par l’absurdité de nos systèmes politique et économique défaillants. Je sais, je peux vraiment être défaitiste et rabat-joie (rires)…

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Moby & The Void Pacific Choir

These Systems Are Failing

Musique électronique avec influences techno et punk

Disponible depuis le 14 octobre

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