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Les voyages du maire Coderre, éloges et critiques

18/10/2016 09:11 EDT | Actualisé 18/10/2016 09:13 EDT
Radio-Canada.ca

Dakar, Shanghai, Mexico, Stockholm, Beyrouth, Téhéran... Le maire de Montréal, Denis Coderre, de retour d'une semaine en Colombie et en Équateur, a posé le pied sur presque tous les continents dans le cadre de différentes missions depuis octobre 2015.

Un texte de Benoît Chapdelaine

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) y voit l'indice d'un maire actif qui cherche à positionner la Ville dans le monde. L'opposition officielle à l'Hôtel de Ville reproche de son côté au maire de mal planifier et expliquer ces voyages aux retombées souvent incertaines.

«À mon avis, le maire ne voyage pas trop, tranche le président de la CCMM, Michel Leblanc. Le maire voyage ce qu'il faut. Il a de grandes missions, celle en Israël va être une très grande mission, comme celle en Chine. Ce sont ses deux grandes missions commerciales, on a collaboré aux deux. Ce sont des missions très costaudes avec beaucoup d'effet de synergie.»

Michel Leblanc signale que le maire avait joué un rôle majeur lors de la mission commerciale en Chine l'an dernier, en réclamant une liaison aérienne directe entre Shanghai et Montréal. La Chambre en était encore à célébrer l'inauguration de la liaison Montréal-Pékin alors que le maire Coderre insistait pour qu'il y ait une deuxième liaison quotidienne avec la Chine. Air Canada prévoit offrir cette liaison à compter de février 2017.

« Je ne dis pas qu'on aurait dormi au gaz, mais ça a fait en sorte qu'on ne s'assoit pas sur nos lauriers, précise Michel Leblanc. Cette liaison aérienne va avoir un impact majeur sur le tourisme et possiblement le nombre d'étudiants chinois et le nombre d'investisseurs chinois intéressés par Montréal. À travers un dossier, le maire a contribué à quelque chose qui, d'après moi, va avoir un effet structurant sur notre économie. »

Plus ambitieux que l'ex-maire Tremblay

Le maire Coderre est depuis décembre 2015 président de Metropolis, une association d'une centaine de grandes villes à travers le monde, dont Mexico, Téhéran et Dakar, trois villes qu'il a visitées depuis un an.

« Le maire développe une nouvelle approche de diplomatie urbaine qui l'amène à rencontrer ses pairs à travers le monde, explique son attaché de presse, Marc-André Gosselin. Cela nous permet de jouer un rôle de rapprochement et nous positionne dans la résolution d'enjeux urbains, sociaux et environnementaux. Cette perspective nous assure que les villes puissent jouer un rôle décisif à tout point de vue. »

Le maire Gérald Tremblay avait bien réalisé quelques missions économiques à l'étranger, particulièrement dans son dernier mandat, entre 2010 et 2012, mais Denis Coderre se démarque, selon Michel Leblanc, qui a voyagé avec les deux maires.

Ce qui caractérise plus le maire Coderre, dit-il, c'est l'ambition pour la ville. Le maire Tremblay était moins un promoteur ambitieux de Montréal, il ne cherchait pas nécessairement à positionner Montréal comme le maire Coderre, qui fait la promotion de sa ville, de sa métropole. Il le fait sans aucune retenue, sans aucune gêne.

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Une forme de tourisme officiel?

Les nombreux déplacements à l'étranger du maire Coderre ne sont cependant pas toujours pertinents, selon le parti de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, qui mentionne les derniers voyages à Dakar et à Bogota.

« Les cyniques pourraient dire que c'est une forme de tourisme officiel et ce ne serait pas loin de la vérité, affirme le chef de Projet Montréal, Luc Ferrandez. Dans tout voyage d'affaires, il y a un agenda très serré, tu te déplaces avec des investisseurs potentiels ou des gens qui recherchent des investissements, des banquiers, des analystes. Là, c'est zéro, c'est lui tout seul qui s'en va en avion puis on ne sait pas ce qu'il fait. »

Le maire s'est rendu la semaine dernière à Bogota comme vice-président du cinquième congrès mondial de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU) et président de Metropolis. Il s'est ensuite rendu à la troisième conférence des Nations unies sur le logement et le développement urbain durable (Habitat III), à Quito, en Équateur.

« S'il va au Sénégal rencontrer le maire de Dakar et que ça prend deux heures, il se passe quoi durant le reste du voyage? » Luc Ferrandez demande au maire d'être plus transparent sur ses voyages, avec un plan précis.

Ça commence à ressembler à une activité de ministre, dit-il, donc ça prendrait un rapport de ministre, avec une stratégie puis des résultats. Mais ce que j'ai vu, c'est des déclarations dans les journaux, je n'ai rien vu en amont des voyages puis je n'ai pas vu non plus de rapport officiel en aval.

Luc Ferrandez, chef de l'opposition officielle

Anne-France Goldwater dénonce la visite à Téhéran

L'avocate Anne-France Goldwater a de son côté critiqué la visite du maire Coderre à Téhéran au début du mois. Elle exige sa démission pour mettre fin à sa « campagne d'autoglorification ».

Le maire avait fait un détour par Téhéran après une mission à Beyrouth, sur l'invitation du maire de la capitale iranienne. Cette visite est survenue quelques jours à peine après la libération de la professeure canado-iranienne Homa Hoodfar, même si le Canada n'entretient pas de relations diplomatiques avec ce pays.

« C'est une chose d'être anti-chien, écrit l'avocate sur sa page Facebook, mais c'est une tout autre chose d'être proterroriste, ou, pire encore, [qu']il ne se rende pas compte qu'il prête une légitimité à ce régime terroriste en se présentant en personne, pour serrer la main du maire. »

Interrogé le 6 octobre au sujet de sa visite à Téhéran, le maire Coderre avait mentionné qu'il « n'était pas là au nom du gouvernement du Canada, mais au nom de Metropolis » et qu'il s'était permis de « jouer un rôle à son niveau ».

« Vous avez maintenant Montréal qui joue un rôle déterminant dans le rapprochement des peuples, ajoutait-il, et qui nous permet de façon très concrète de jouer un rôle en amont sur certains dossiers... Le fait qu'on dise : on est contre la politique de la chaise vide, qu'on peut ramener des liens diplomatiques, les villes pourront jouer un rôle à ce moment-là. »

La mission du maire Coderre en Israël et en Cisjordanie est prévue du 13 au 18 novembre. Cette mission économique avec le maire de Toronto, John Tory, risque aussi de soulever certains enjeux diplomatiques.

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