DIVERTISSEMENT

L'album «Sciences nouvelles» de Duchess Says : rencontre du troisième type

14/10/2016 06:25 EDT | Actualisé 15/10/2016 10:44 EDT

Sciences Nouvelles ouvre sur ce bruit qui semble provenir d’un écran radar. On imagine flotter un objet dans un espace-temps plus ou moins identifié. Quelque chose approche notre système solaire. Soudain, une sorte de vacuum aspire l'auditeur dans des rythmes de batterie, des riffs de guitares répétitifs et d’étranges sonorités synthétiques, qui pavent la voie au chant ensorcelant d’Annie-Claude Deschênes.

Bienvenue dans la pesanteur de Duchess Says.

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De gauche à droite: trois des membres de Duchess Says, Simon Besré, Philippe Clément et Annie-Claude Deschênes

Après les décapants Anthologie des 3 perchoirs (2008) et In a Fung Day T! (2011), qui avaient reçu de très bonnes critiques en général, le groupe est de retour avec un autre long jeu qui se démarque passablement de ses précédentes productions.

Bien qu’il soit encore abrasif et rapide, ce nouveau disque (on qualifie sa musique de moog rock et de synth punk) est plus nuancé et fluide que ses prédécesseurs. Ça grince (Inertia, Pt. II) et ça rage toujours (Negative Thoughts, Pink Coffin), mais l’offrande est plus cohérente et «accueillante» (dont l’accrocheuse I Repeat Myself) que les deux autres albums. Bien entendu, certaines pièces, comme l’instrumentale Poubelle, demeurent relativement «inhospitalières». Il faut bien que ce soit un brin malsain!

Depuis 2011, les membres de Duchess Says n’ont pas chômé. Ils ont offert de nombreux concerts, ici et à l’étranger; ils se sont aussi investis dans certains projets parallèles comme PyPy (et les spectacles entourant l’album Pagan Day sorti en 2013). En plus, ils ont construit un studio baptisé Mechanical Jammings leur permettant «d’être plus autonomes au niveau de la création et de l’enregistrement». On ne peut pas non plus passer sous silence le projet satellitaire The Church of Budgerigars (L’Église des perruches), qui est une sorte de communauté artistique liée à Duchess Says, dont la mission paraît un peu difficile à saisir.

Malgré tous ces projets, Duchess Says, est demeuré le vaisseau amiral de l’aventure musicale d’Annie-Claude Deschênes et de ses comparses musiciens (Simon Besré, Philippe Clément et Ismaël Tremblay-Desgagnés) depuis la création du groupe en 2003. «Duchess Says ne me quitte jamais, affirme la chanteuse, assise devant la table d’un café de la rue Laurier, à Montréal. Il ne passe pas une journée sans que je pense au groupe. C’est un travail constant. Pour le récent album, on a collectionné les idées au cours des trois dernières années. On avait d’ailleurs la thématique de l’album en tête depuis longtemps. On est allé à notre rythme. On a expérimenté.»

«Il faut ajouter qu’on a mis de l’ordre dans nos affaires pour le groupe, renchérit Simon (qui est responsable des beats lo-fi, de la batterie et des bruits en tous genres). On a signé avec le label Bonsound (Canada) et Slovenly Recordings (pour le marché international). On a aussi changé de gérance.»

La science

L’idée principale derrière le processus créatif du disque, c’est la science, tout simplement. L’album n’est pas un concept. Il a seulement été guidé par une thématique principale. Au dire de Deschênes, les membres de la formation montréalaise ont tenté de créer de nouvelles sonorités et de la fraîcheur dans leur travail.

«On a essayé d’aller plus loin avec ce qu’on avait de disponible. Phil a expérimenté dans son jeu de guitare et de basse. Il a acheté des nouvelles pédales. Il a produit des sons que je n’avais jamais entendus de ma vie. Il a une pédale qui émule les synthétiseurs...»

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Pochette de l'album «Sciences nouvelles»

«Ce sont des sons nouvellement créés, qui proviennent d’une autre galaxie», ironise Philippe dans un rire généreux, question de pondérer les observations de sa collègue.

«Je ne pense pas qu’on réinvente la musique, souligne à son tour Simon. C’est subjectif. On parle de notre univers musical. Notre nouveau studio nous a permis de travailler comme (des scientifiques) dans un laboratoire. J’aime beaucoup jouer avec les machines et faire des montages sonores particuliers. En plus, ça n’a rien de très technologique. On utilise de vieux outils et de vieux séquenceurs. On n’a pas tant de synthétiseurs non plus, mais on les a appondis. Par contre, le clavier à Annie-Claude a une infinie de possibilités.»

Quant aux sujets d’écriture, Annie-Claude (outre son implication dans le chant et la musique, elle assume la rédaction des paroles) explique qu’elle tenait à créer un liant entre les chansons, même si celles-ci ne traitent pas toutes de science. À cet égard, le groupe touche à la théorie de l’inertie dans la première chanson de l’album. I’m an Idea (au plan philosophique), Talk in Shapes feraient également partie d’une relative réflexion scientifique.

«Normalement, j’essaie d’écrire des textes qui reflètent ma pensée et mes émotions, raconte Deschênes. Cette fois, on a essayé de traiter l’esthétique de la science pour une partie de l’album. Pour Talk in Shapes, on a dessiné un graphique et on a tenté de le transposer dans une chanson. Il y avait dans ce dessin quatre parties incluant quatre hypothèses... Pour The Family Physicians, j’’ai pris un livre et j’ai lu un passage d’un trait, en une prise seulement. J’étais assise dans un divan, un SM58 (microphone vocal) à la main. Ensuite, on a intégré ça à la musique.»

«Cette affaire de science, même si on en parle, ce n’est pas tant un concept majeur dans notre travail, poursuit-elle. À la limite, on s’en fout. On ne voulait pas que tout colle avec la science… Mais c’était l’fun de s’amuser avec une idée.»

La bande offrira un spectacle-lancement au Cabaret La Tulipe, le 20 octobre. Duchess Says partira ensuite en tournée au Québec, en Ontario, puis en Europe. Tout comme à l’habitude, nous supposons que la charismatique et tempétueuse Annie-Claude Deschênes sera de nouveau à voir sur scène.