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Chasser au harpon dans le fleuve Saint-Laurent (VIDÉO)

11/10/2016 06:50 EDT | Actualisé 11/10/2016 06:50 EDT

Environ 250 000 chasseurs sont à l'affût ces temps-ci dans les forêts québécoises dans l'espoir de revenir avec un chevreuil ou un orignal. Beaucoup plus rares sont ceux qui s'aventurent sous l'eau pour traquer leur proie. La chasse sous-marine est une activité encore marginale au Québec, mais les eaux claires du fleuve Saint-Laurent en amont de Montréal offrent des conditions idéales pour les adeptes du harpon.

Un texte d'Alexandre Touchette

René Potvin, l'un des pionniers du sport au Québec, chasse depuis une vingtaine d'années dans l'Atlantique et les Caraïbes. Il a remporté plusieurs compétitions internationales, mais il ne se lasse pas du lac Saint-François, l'un de ses sites de prédilection.

«L'eau qui arrive directement des Grands Lacs est turquoise. Dans le monde, c'est l'un des meilleurs endroits pour faire de la chasse sous-marine en eau douce. Il y a énormément de poissons, il y a beaucoup de variété de fonds, il y a du courant. Toutes les variables sont là pour en faire un endroit unique.» - René Potvin

La première chose qui frappe celui qui plonge pour la première fois sous la surface du lac Saint-François, près de Valleyfield, est la couleur vert émeraude de l'eau. Lorsque les conditions sont bonnes, la visibilité atteint plusieurs mètres et le spectacle qui s'offre à nous a plus à voir avec les tropiques qu'avec les lacs du nord de la province.

Le Québec est l'un des rares endroits où l'on permet la chasse sous-marine avec des bouteilles d'air comprimé, ce qui est toutefois considéré comme une hérésie chez les puristes, qui considèrent que seule la chasse en apnée est digne d'être considérée comme un sport. Il faut dire qu'avec l'air de ses poumons comme seule réserve, la traque des poissons devient beaucoup plus ardue, ce qui réduit naturellement le nombre de chasseurs et leur impact sur la faune aquatique.

Les chasseurs les plus expérimentés peuvent s'aventurer en mer à plus de 30 mètres de profondeur et passer plus de 3 minutes sous l'eau. Mais dans le fleuve, la profondeur dépasse rarement les 25 mètres et on peut espérer trouver de beaux spécimens à moins de 10 mètres.

La chasse se fait à l'aide d'une arbalète, qui propulse un harpon d'acier avec des bandes élastiques. Le harpon est rattaché au fût par un fil de quelques mètres de longueur qui permet de récupérer le poisson, qui est tué sur le coup si le tir est bien placé.

Les achigans sont la principale cible des chasseurs d'eau douce, bien que certains s'intéressent aussi au brochet, à la perchaude, à l'alose et à la truite. La réglementation québécoise interdit par ailleurs l'utilisation d'un harpon pour capturer les dorés, les maskinongés, l'esturgeon, le saumon et le touladi.

L'éthique du sport exige que seuls les poissons destinés à être mangés soient harponnés. C'est pourquoi René Potvin plonge la plupart du temps sans son arbalète.

«Je n'ai pas toujours le goût de manger du poisson et j'aime l'aspect contemplatif de l'apnée. Avec les caméras, on commence à prendre des photos et à regarder toutes les bestioles. Comme des écrevisses, qu'on trouve dans le fleuve. Et il y en a tellement. Il y a vraiment plein de choses à faire sous l'eau à part tirer des poissons.» - René Potvin

Les dernières données permettent de rassurer ceux qui s'inquiètent du taux de contamination des poissons dans le fleuve. De grands progrès ont été faits au cours des dernières décennies avec la mise en place de programmes d'épuration des eaux usées et grâce au renforcement de la réglementation.

Par exemple, la contamination au mercure a diminué de moitié dans les dorés jaunes du lac Saint-François depuis 1976. Et, dans l'ensemble, la chair des poissons de cette section du fleuve respecte la norme fédérale en matière de contamination. Selon le gouvernement, un poisson ne dépassant pas 0,5 mg de mercure par kilogramme est propre à la consommation.