POLITIQUE

Des conservateurs votent contre une motion du NPD pour condamner l'islamophobie

06/10/2016 05:19 EDT | Actualisé 07/10/2016 12:59 EDT

OTTAWA – Une motion pour condamner l’islamophobie a été rejetée à la Chambre des communes mercredi, après l’opposition de quelques députés conservateurs.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, qui a présenté la motion, s’est dit « déçu » de voir que des membres de l’opposition avaient dit non « à une motion qui pourtant nous semblait tellement facile à appuyer ».

thomas mulcair

Il proposait que tous les députés joignent leur voix aux milliers de Canadiens qui ont signé la pétition électronique E-411 qui reconnaît que les extrémistes ne représentent pas l’islam et qui condamne toutes les formes d’islamophobie.

Mulcair pensait pourtant pouvoir avoir le consentement unanime, après en avoir discuté avec tous les partis. Mais le président de la Chambre, Geoff Regan, a constaté que ce n’était pas le cas après avoir entendu quelques « non » provenant de l’opposition officielle.

« Plusieurs membres conservateurs du Parlement ont exprimé leur refus de fournir un consentement unanime, et franchement, je ne peux pas voir comment quelqu’un peut s’opposer à une motion qui cherche à condamner une forme de haine », a dénoncé le chef du NPD, après les faits.

« Nous sommes ici pour condamner toutes les formes de haine dans notre société, que ce soit la haine contre l’identité de genre, la haine contre l’origine ethnique ou culturelle et, dans ce cas, contre les religions. »

« C’est scandaleux »

Samer Majzoub, le président du Forum musulman canadien, est l’instigateur de la pétition électronique qui a récolté plus de 70 000 signatures depuis les quatre derniers mois.

Lors d’une conférence de presse, mercredi, il s’est dit triste de voir que quelques députés avaient – par leur refus d’appuyer la motion – encouragé la discrimination et les préjugés à l’endroit de la communauté musulmane.

« Je dois aller parler à mes enfants qui sont nés au Québec, au Canada, pour leur dire que leurs représentants, quelques-uns de nos représentants, acceptent qu’ils se font cibler, qu’ils se sont discriminés, qu’ils sont attaqués dans les rues physiquement et verbalement. Ils se font dénigrer. Vous savez pourquoi? À cause de leur bagage religieux et de leur culture. C’est triste. C’est scandaleux, mais nous ne perdons pas espoir. »

Sa pétition était parrainée par le député libéral de Pierrefonds-Dollard, Frank Baylis. S’il se dit déçu de la tournure des évènements, il refuse toutefois que l’opposition de quelques députés conservateurs vole la vedette.

Dans les derniers mois, il a reçu le soutien des leaders religieux de sa circonscription, toutes religions confondues, et des autres partis afin de mettre fin à la discrimination. Il constate que sa pétition a fait l’effet d’une boule de neige et que des milliers de Canadiens se sont ralliés à la cause.

« Sans aucun doute, c’est une déception. C’est quelque chose sur lequel nous avons travaillé avec acharnement sur plusieurs mois. Mais s’il y a une intolérance d’un, deux ou trois conservateurs, je ne veux pas que ça devienne le message après tout le travail qui a été fait », a indiqué Frank Baylis.

« Les gens devraient savoir, de l’autre côté, que je suis très, très, très heureux. Pourquoi? Parce que cette pétition a eu plus du double de signatures de toutes les autres pétitions électroniques. »

D’autres actions à prévoir

Le député de Pierrefonds-Dollard n’exclut pas d’aller solliciter l’aide du ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, afin de trouver d’autres mesures pour lutter contre l’islamophobie et la discrimination en général.

Samer Majzoub, de son côté, compte entreprendre d’autres actions pour conscientiser les Canadiens à l’islamophobie dont sa communauté est victime.

En septembre 2015, l’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité une motion de Québec solidaire qui visait à « condamner l’islamophobie, les appels à la haine et à la violence envers les Québécois de confession musulmane ».

Le Parti conservateur du Canada n'a pas souhaité faire de commentaires à la suite du rejet de cette motion.

- Avec des informations d'Althia Raj.

INOLTRE SU HUFFPOST

Ces députés sont d'anciens ministres provinciaux