DIVERTISSEMENT

Nouvel album de Mauves: deux couleurs de «Coco» (ENTREVUE)

04/10/2016 03:46 EDT | Actualisé 04/10/2016 06:35 EDT
Laurence Poirier

Parfois, poser une question sur l’origine du titre d’une œuvre peut tomber à plat ou mener carrément à l’ennui, pour les deux parties impliquées dans une entrevue musicale. Dans le cas de Coco, ce mot plutôt intrigant révèle beaucoup de choses sur l’environnement créatif de l’album proposé par les quatre membres de la formation pop-rock Mauves. Rencontre.

Ce groupe de Québec est composé de Julien Déry, Alexandre Martel, Cédric Martel (son frère) et Charles Blondeau. Formé en 2008, il a produit un mini-album et trois longs jeux. On pourrait dire que Coco, en terme de sonorités et d’ambiances, se situe quelque part entre le premier et le second album. Ni aussi pop, ni aussi expérimental que les deux disques précédents, l'album correspond mieux à l’identité de Mauves, du moins d’après Julien (guitare, chant) et Alexandre (guitare, clavier, chant).

Les voix et les paroles (en français) sont plus soignées que la moyenne des créations québécoises. Du côté musical, il y a de jolies constructions (Longtemps, Parc du Portugal). L’album fait parfois penser à Chinatown, parfois à Jimmy Hunt. Mauves provoque à la fois une impression de fausse candeur et de minutie décontractée. Les harmonies vocales, nombreuses et soignées, accompagnent des ambiances musicales assez épurées, mais méticuleusement travaillées.

De temps en temps, un peu de muscle (J’ai tout essayé, Eh fille) vient brasser la matière généralement soyeuse (Les mots de gare, La carte des feux, Le petit jour). C’est une musique de soleil, quasi exotique, mais urbaine, à l’instar de la couverture de la pochette du disque qui met en images, des couleurs vives, des édifices urbains et des palmiers.

«Le mot Coco est arrivé assez tôt dans le processus créatif de l’album, raconte Alexandre, à la table d’un café montréalais. À la première ou deuxième journée d’enregistrement, on a commencé à mettre de la guitare électrique douze cordes sur une toune. Le réalisateur Emmanuel Éthier (Jimmy Hunt, Lisa Leblanc, Coeur de pirate) a dit que le résultat ressemblait vraiment à un son West Coast, genre Californie des années 1970. On trouvait ça drôle de dire que ça faisait coco, dans le sens de cocaïne. Coco est devenu une sorte de mot d’ordre. Il fallait que la musique soit coco.»

En fait, le musicien-chanteur fait référence à l’image un peu surfaite (mais non moins vraie!) des artistes qui consommaient de la substance illicite de manière un brin excessive dans les studios de musique de Los Angeles, notamment. Elle est restée collée au travail de certains groupes populaires de l’époque; même à un courant musical. «Ça nous faisait penser à des bands connus comme Fleetwood Mac, The Birds et les autres qui sont passés par Laurel Canyon, renchérit Julien.»

On peut ajouter l’influence des Beach Boys dans le lot, surtout l’album mythique Pet Sounds, qui fut l’œuvre fédérative pour les membres de Mauves, à la création du groupe il y a un peu moins de dix ans.

De l’autre côté, le titre Coco fait référence de manière familière aux mots d’affection. C’est mignon, c’est doux, c’est tendre. «Cette dualité est intéressante, souligne Alexandre. On voulait faire un truc à l’opposée du dernier disque, Le faux du soir, qui était un album cérébral et sombre. Dès le départ, on voulait proposer un disque coloré, pop et plus punché. Coco, c’est assez accrocheur.»

«Je pense qu’il est décomplexé par rapport aux autres albums», d’ajouter Julien.

Formule rock

Enregistré dans trois lieux distincts durant l'hiver – dont les studios Mixart et Breakglass de Montréal, Coco a été créé dans la spontanéité, durant 13 jours. «On voulait se mettre dans une situation qui ne nous permettrait pas de trop douter, indique Julien. On enregistrait tout en même temps. On avait juste à trouver la bonne prise. On a quand même rajouté des trucs, mais les guitares, la basse et la batterie ont été faits live. On avait de bonnes maquettes. Au Mixart, on a fait les chansons plus jazz. Au Breakglass, on a misé sur les morceaux plus rock (Nouvelle-Calédonie, Eh fille, Parc du Portugal).»

Pour la démarche, les quatre musiciens se sont entourés de plusieurs créateurs respectés, dont Emmanuel Éthier à la réalisation et Christophe Lamarche-Ledoux au mixage. Tout comme les autres albums, Coco est produit par la maison montréalaise Coyote Records.

Le 5 octobre, Mauves offrira un spectacle-lancement complet au Matahari Loft, à Montréal. Le lendemain, le groupe fera de même à Québec, à Le Lieu. Le groupe proposera plusieurs chansons de Coco et quelques morceaux des opus précédents. Selon Julien Déry et Alexandre Martel, la formule sera passablement rock.

À noter que la formation participera aussi au festival Coup de cœur francophone. Par ailleurs, les gars joueront quatre fois en première partie du groupe rock Plants and Animals, en novembre. D’autres dates sont au menu.

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