POLITIQUE

La question de la maîtrise du français du prochain chef conservateur divise les députés

14/09/2016 07:04 EDT | Actualisé 29/09/2016 06:11 EDT

HALIFAX — Les députés conservateurs jugent impératif que leur nouveau dirigeant parle le français, mais le degré de bilinguisme de cette personne et le moment à partir duquel elle devra parler la langue avec aisance demeurent source de désaccord parmi les membres du caucus.

Michelle Rempel, députée de Calgary, a affirmé mardi à des reporters qu’il était important que le dirigeant soit parfaitement bilingue et en mesure de saisir les nuances de la langue. «Je crois que quelqu’un qui entre maintenant dans la course doit parler couramment la langue», a-t-elle dit.

Le député québécois Gérard Deltell, personnalité respectée et influente à l’échelle régionale, a estimé que parler le français était une exigence absolue, mais que cela était également très subjectif. Le prochain chef devra «être capable de mener un débat avec [le premier ministre] Justin Trudeau; ce débat aura lieu dans trois ans, alors il faut que la personne, dans trois ans, soit capable de débattre», a-t-il indiqué.

«Maintenant, ça ne s’apprend pas en trois ans le français, ça prend une base, et aujourd’hui, ce qu’on demande, c’est que les candidats puissent s’exprimer en français dans une conférence de presse, de répondre à quelques questions en français.»

kellie leitch

Kellie Leitch arrive à la retraite estivale du caucus national du Parti conservateur, à Halifax, le 13 septembre 2016. (Photo: Andrew Vaughan/La Presse canadienne)

Kellie Leitch, candidate à la direction du Parti conservateur, a passé six semaines au Québec, cet été, afin d’apprendre le français. «Je sais qu’elle s’améliore beaucoup. Elle fait de très grands efforts», a indiqué M. Deltell.

Mme Leitch a reconnu qu’il n’était pas facile d’apprendre la langue. «J’espère que mon français va s’améliorer jour après jour, de semaine en semaine, et de mois en mois», a-t-elle déclaré, s’exprimant avec difficulté dans la langue de Molière.

Toutefois, elle n’est pas la seule, parmi les candidats, à avoir besoin d’aide à ce chapitre.

«Ma grammaire n’est peut-être pas bonne, mais je n’écris pas un livre.»

– Le député conservateur Deepak Obhrai

Deepak Obhrai, député de Calgary et candidat à la direction du parti, a affirmé: «Je parle le français un peu.»

Mais est-ce suffisant pour prendre part à un débat? M. Obhrai n’a pas eu la prétention de faire croire qu’il pouvait poursuivre l’entrevue en français, indiquant en anglais qu’il entendait continuer d’apprendre.

«Ma grammaire n’est peut-être pas bonne, mais je n’écris pas un livre», a-t-il dit.

Plusieurs soi-disant candidats – Brad Trost, député de la Saskatchewan, Erin O’Toole, député de l’Ontario, et Lisa Raitt, députée de l’Ontario – cherchent également à améliorer leur maîtrise de la langue.

M. Trost a affirmé en français qu’il parlait «un petit peu» cette langue. «Mais c’est dangereux pour moi de passer beaucoup de temps à parler la langue française», a-t-il ajouté avec un accent étonnamment bon. «J’espère que mon niveau de français va continuer d’augmenter pendant la prochaine année.»

Cependant, c’est Mme Raitt, candidate plus en vue à laquelle on accorde un grand pouvoir de séduction, qui fait sourciller au sein du caucus en raison de ses difficultés à s’exprimer en français.

Le député québécois Pierre Paul-Hus a éclaté de rire lorsqu’il a été question de la qualité du français de Mme Raitt. «Je ne crois pas que son français soit très bon.»

«Si quelqu’un songe à la direction et travaille son français, il a des années pour le faire.»

– Le député Dean Allison

Mais le député ontarien Dean Allison, qui apprécie Mme Raitt, croit qu’elle dispose de beaucoup de temps pour accroître sa maîtrise du français.

«Parce que je ne parle pas très bien le français, quiconque le parle un peu est bon à mes yeux, a-t-il affirmé au HuffPost. Si quelqu’un songe à la direction et travaille son français, il a des années pour le faire.»

Mme Raitt a reconnu mardi qu’il lui fallait maîtriser davantage le français pour qu’elle puisse aspirer à devenir première ministre.

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Lisa Raitt arrive à la retraite estivale du caucus national du Parti conservateur, à Halifax, le 13 septembre 2016. (Photo: Andrew Vaughan/La Presse canadienne)

«Je vais continuer de travailler à ce niveau, a-t-elle dit. Mon objectif est de parler parfaitement [mais] je ne peux pas devenir bilingue demain en claquant des doigts.»

Toutefois, le débuté albertain Chris Warkentin, qui appuie le candidat probable Andrew Scheer, député de la Saskatchewan, a dit croire qu’il n’était pas suffisant de s’engager à apprendre le français, ajoutant qu’un candidat à la direction devait être bilingue «dès le début de la course».

Être député est exigeant; un ministre doit consacrer davantage d’heures à son travail; et un dirigeant de parti doit travailler encore plus, a-t-il dit. Après 10 ans à Ottawa et malgré des cours de langue, M. Warkentin a reconnu ne toujours pas parler le français.

«Peut-être que je suis lent à apprendre, mais avec les rigueurs de l’emploi, rien ne garantit qu’il y ait suffisamment de temps pour une immersion totale en français, a-t-il affirmé. Ce qui est nécessaire, c’est de parler couramment les deux langues.»

D’autres députés unilingues, comme Blaine Calkins, de l’Alberta, et James Bezan, du Manitoba, partagent ce point de vue.

«Il est important que le leader de tout parti politique puisse parler à chaque Canadien dans sa langue officielle.»


– Le député James Bezan

«Le prochain leader devra posséder toutes les qualités nécessaires pour être premier ministre du Canada, et comme nous sommes un pays officiellement bilingue», a indiqué M. Calkins.

«Il est important que le leader de tout parti politique puisse parler à chaque Canadien dans sa langue officielle», a quant à lui affirmé M. Bezan.

«Je veux m’assurer que le leader que nous avons à la fin, s’il se retrouve dans un débat national télévisé, puisse préciser très clairement les politiques du Parti conservateur à chaque Canadien dans les deux langues officielles.»

Les députés ontariens et candidats à la direction Tony Clement et Michael Chong semblent tous les deux avoir le profil de l’emploi. Le français de M. Chong s’est grandement amélioré depuis qu’il a annoncé qu’il prendrait part à la course, au printemps. Au sein du caucus, plusieurs estiment que le député ontarien Erin O’Toole, qui songe à être candidat, est suffisamment bilingue.

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Maxime Bernier écoute tandis que la dirigeante par intérim Rona Ambrose prend la parole lors de la retraite estivale du caucus national du Parti conservateur, à Halifax, le 13 septembre 2016. (Photo: Andrew Vaughan/La Presse canadienne)

Seul candidat de langue française jusqu’à présent, le député québécois Maxime Bernier a indiqué que les membres conservateurs réaliseraient sous peu qui peut s’exprimer en français et qui en est incapable.

Le parti projette de tenir cinq débats lors de la course à la direction. Un en anglais, un en français et trois dans les deux langues – bien que le format n’ait pas encore été établi.

«Certains [candidats] apprennent le français. L’apprendront-ils assez rapidement pour débattre en français? Je ne sais pas», a-t-il dit. Ce qui lui plaît, a-t-il ajouté, est que tous les candidats sont d’accord sur la nécessité de parler le français et de communiquer avec les Québécois. «Je pense que c’est très positif.»

Comme tout autre député québécois, Denis Lebel, leader adjoint du parti, a affirmé au HuffPost que le prochain dirigeant devrait absolument être bilingue. Les militants du parti décideront du niveau de bilinguisme nécessaire, a-t-il dit, mais «la personne devra être bilingue».

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