Exposition Robert Mapplethorpe: le sexe érigé en objet d'art

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Mapplethorpe honni, Mapplethorpe réhabilité. Depuis sa mort précoce en 1989 en pleine controverse, le photographe issu de la contre-culture new-yorkaise des années 1970 est devenu l’un des artistes contemporains les plus acclamés. Celui que les réacs américains avaient pris pour cible a depuis pris sa revanche posthume.

Aujourd’hui, il ne fait plus aucun doute du phénoménal talent de Robert Mapplethorpe emporté par le virus du sida à l’âge de 42 ans. L’exceptionnelle rétrospective – une première au Canada – que lui consacre le Musée des beaux-arts de Montréal s’inscrit dans cette reconnaissance doublée d’un voyage sidérant dans un univers sulfureux fait d’érotisme froid et d’esthétisme minimaliste.

Le corpus réunissant 250 œuvres en noir et blanc et en couleur dont certaines pièces iconiques provient en partie du J. Paul Getty Museum et du Los Angeles County Museum of Art (LACMA). Les deux institutions californiennes ont récemment bénéficié d’un don exceptionnel de 2000 tirages offert par la Robert Mapplethorpe Foundation avec lequel elles ont pu organisé deux expositions. Celle de Montréal intitulée Focus: Perfection couvre l’ensemble de la carrière de l’artiste de ses premières productions de la fin des années 1960 jusqu’à sa disparition.

Ainsi les nus féminins et masculins du ténébreux photographe côtoient natures mortes, compositions florales, autoportraits, portraits de célébrités, collages, installations et autres essais expérimentaux en polaroïds. Une salle, interdite au moins de 18 ans, est réservée aux clichés controversés à caractère pornographique et fétichiste.

La muse Patti Smith

Très tôt, Mapplethorpe, dandy un brin provocant, est obsédé par la représentation presque clinique des pratiques sexuelles «hors-normes», notamment dans l’exploration au début de la décennie 70 de l’univers sadomasochiste des clubs privés de Manhattan.

Tout le talent de l’artiste, natif du Queens dans une famille catholique, s’est épanoui dans les milieux underground de la bouillonnante Big Apple des années 1970 et 1980, alors imprégnée par l’affirmation de la communauté gay et la libération sexuelle. Ses œuvres explicites affichant la puissance de la beauté noire à travers des sexes d’hommes en érection feront néanmoins scandale au cœur d’une Amérique blanche emplie de racisme, d’homophobie et de puritanisme religieux.

Plusieurs députés et sénateurs conservateurs qualifieront le travail cru de Mapplethorpe d’«art dégénéré». L’artiste s’est fait un nom sur la censure, il accomplira sa carrière dans le souci constant d’une perfection académique assumée dirigeant son objectif sur les corps de ses modèles (amants, amis ou anonymes) issus de la marginalité.

Évidemment, Mapplethorpe n’était pas qu’un provocateur, même si ses tirages de fleurs conservent quelque chose d’ambigu. Sa muse, la chanteuse Patti Smith, d’abord son amoureuse et ensuite son âme-sœur, a raconté dans les pages du livre Just Kids l’ascension aux côtés de William Burroughs et Andy Warhol de ce jeune inconnu dont la folle ambition sera de devenir l’un des plus grands créateurs américains.

Elle y décrit également la naissance douloureuse d’un artiste confronté très tôt à ses attirances homosexuelles. «Je cherche l’inattendu. Je recherche les choses que je n’ai jamais vues auparavant», aimait-il répéter.

Focus: Perfection - Robert Mapplethorpe – Musée des beaux-arts de Montréal – du 10 septembre 2016 au 22 janvier 2017.

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