BIEN-ÊTRE

Des nanorobots pour administrer des médicaments anticancéreux

24/08/2016 08:59 EDT | Actualisé 24/08/2016 09:01 EDT
RADIO-CANADA/JÉRÔME LABBÉ

Des chercheurs montréalais viennent de réaliser une percée scientifique qui pourrait rendre la chimiothérapie plus efficace, en plus d'en réduire les effets secondaires. Pour ce faire, ils ont eu recours à la nanotechnologie.

Un texte de Jérôme Labbé

Combattre une tumeur sans endommager les organes et les tissus environnants, les oncologues en rêvent depuis longtemps. Or, une équipe multidisciplinaire basée à Montréal a mis au point une nanotechnologie qui permet de faire circuler dans le système sanguin des bactéries transportant un médicament qui détruit les cellules actives des tumeurs cancéreuses.

Cette percée a été réalisée grâce au travail conjoint de plusieurs spécialistes, dont Anne-Sophie Carret, hémato-oncologue à l'Hôpital Sainte-Justine. « En fait, les nanotechnologies, ici, utilisent des bactéries. [...] Et la technologie se sert de la résonnance magnétique et des champs magnétiques pour guider ces robots – qui sont naturels en fait – et les amener à l'endroit de la tumeur. Donc, on combine la science, la médecine, des microorganismes et les nouvelles technologies que les polytechniciens ont été capables de nous offrir pour développer cette plateforme », résume-t-elle.

Cette plateforme, c'est un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM), qui permet de guider les bactéries chargées d'agents thérapeutiques vers l'intérieur des tumeurs.

sylvain martel

C'est le professeur Sylvain Martel, directeur du Laboratoire de nanorobotique de Polytechnique Montréal, qui a dirigé les travaux. Ce projet lui est cher; il y a consacré 15 ans de sa vie.

« Ce qu'il faut comprendre, c'est que 85 % des cancers sont localisés. Il y a beaucoup de molécules ou d'agents thérapeutiques qui sont développés, qui sont très efficaces, mais qui vont au mauvais endroit », déplore-t-il.

Le professeur Martel a lui-même perdu son père, emporté par le cancer. Il espère que cette nouvelle approche permettra de réduire la dose de médicaments requis dans les traitements de chimiothérapie, une invasion hautement toxique pour le corps humain.

« Nous, on croit fermement [qu'on] pourrait diminuer la dose, l'injecter du point A et aller directement au point B, et l'amener exactement dans des endroits critiques où l'efficacité va être maximum pour un agent thérapeutique donné, tout en minimisant ou en éliminant toute la toxicité pour le patient. Autrement dit, il y aurait moins d'effets secondaires, moins de jours passés à l'hôpital, plus de qualité de vie avec leur famille », souhaite-t-il.

Les recherches se sont pour l'instant limitées à des tests sur des souris, chez lesquelles on a administré des agents nanorobotiques dans des tumeurs colorectales. Le succès de cette expérience a d'ailleurs été souligné par la prestigieuse revue scientifique Nature, il y a deux semaines.

La prochaine étape sera de réaliser les mêmes tests chez des primates, voire de véritables humains – de quoi redonner un peu espoir aux 200 000 Canadiens qui recevront un diagnostic de cancer cette année.

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