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Le Forum social mondial en mode déchétarien

09/08/2016 09:07 EDT | Actualisé 10/08/2016 10:37 EDT

Il est presque 18h. Alors que certains reviennent du supermarché les bras remplis de nouvelles victuailles, d’autres arpentent les poubelles à la recherche de restes invendus. Auparavant vu comme un moyen idéal de faire une épicerie pour un grain de sel, le déchétarisme est désormais un moyen plus grand que nature pour combattre le gaspillage alimentaire. Un objectif louable, mais qui n’est qu’un grain de sable dans la mer des aliments qui terminent leur vie au fin fond d’un conteneur à déchets.

«Est-ce qu’on peut vraiment être souverain [dans l’alimentation] ? Je ne pense pas» lance d’entrée de jeu Annie Tessier, coordonnatrice à la Coalition pour la souveraineté alimentaire. C’est pourtant le pari qu’a relevé le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) Terre-Solidaire, une ONG française.

Dans le cadre du Forum social mondial, un grand regroupement citoyen, plus de 150 participants du CCFD ont plié bagage pour Montréal. Durant quinze jours, la centaine de membres est divisée en trois sous-délégations qui abordent différents thèmes du Forum. «C’est très bien d’être dans la théorie, mais on voulait aussi se poser des défis plus concrets sur notre mode de vie sur place», ajoute Marguerite Chadi.

C'est la quarantaine de membres de la délégation sur la souveraineté alimentaire qui a fait le pari de se nourrir des restes invendus dans les épiceries et les poubelles. La pratique a même un nom : le déchétarisme, ou le dumpster diving en anglais. Le terme est apparu aux États-Unis dans les années 70.

Chaque soir, ces irréductibles recycleurs arpentent le marché Jean-Talon à la recherche de nourriture invendue. «On s’est posé ce défi pour réduire notre empreinte écologique et aussi pour être en accord avec nos convictions politiques et sociales », explique la chargée de développement associatif, Marguerite Chadi.

L’eldorado dans les restants

Après une journée de débats et de discussions, il est grand temps de partir à la collecte. Dès 17h, un petit comité se lance à la conquête des invendus. Le collectif est maintenant bien rodé. Alors qu’un groupe est à la chasse aux aliments, un autre cuisine les restes de la veille tandis qu’un dernier s’occupe du ménage.

En l’espace d’une demi-heure, les huit volontaires partis ce soir-là ont récolté assez de nourriture pour au moins deux, trois et même quatre repas par personne.

«On est agréablement surpris sur la façon dont on est reçu. En France, pour l’avoir déjà pratiqué, c’est quelque chose qui est un peu tabou. Jusqu’à pas longtemps, on mettait de l’eau de javel sur la nourriture pour qu’elle ne soit pas récupérée»

- Cléa Dilé, participante au Forum social mondial

La pratique a tout de même un coût… modique, dans ce cas-ci. «On a demandé à chacun de donner 10$ pour pouvoir acheter les aliments de base. Après on estime un repas à trois dollars par personne, mais ce sera moitié moins je pense» estime Cléa Dilé, aussi étudiante à la maîtrise en sociologie à Lyon.

Un problème global

À plus grande échelle, le Canada n’a aucune loi ou même de politique spécifique pour lutter contre le gaspillage alimentaire, révèle Annie Tessier.

Même le CCFD ne se voile pas la face devant son effort de récupération dans la jungle du gaspillage. «On est tous venus ici en avion pour aller au Forum, nuance Marguerite Chadi. Est-ce que le fait de boire dans des verres recyclables pendant le FSM limite notre empreinte? Ce sont des petits gestes, mais je ne suis pas certaine que ça changera le monde.»

La solution au gaspillage alimentaire est malheureusement loin de se trouver dans un livre de cuisine. Pour Annie Tessier, le geste est louable, mais peut-être pas exportable ailleurs dans le monde. «Il ne faut pas oublier la question des règles de salubrité et d’hygiène. Je ne sais pas à quel point on pourrait organiser un évènement et dire qu’il est à 100% déchétarisme», analyse-t-elle.

Pour la coordonnatrice, il faut s’attaquer au mal à la base. Le gaspillage à la maison est tout aussi important. « Environ 25% du gaspillage se fait à la maison. Il y a de l’éducation populaire à faire de ce côté-là, révèle-t-elle. Il n’y a pas juste une surproduction dans les marchés, on a perdu cette capacité à savoir quoi faire avec les aliments de notre frigo.» Une belle aventure qui demande encore à mijoter quelques années, le temps de trouver la recette gagnante.

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