POLITIQUE

Lutte contre la discrimination : le député libéral Frank Baylis veut donner au suivant

20/07/2016 04:33 EDT | Actualisé 20/07/2016 05:16 EDT

OTTAWA – Pour le député libéral Frank Baylis, la pétition électronique qu’il parraine qui vise à condamner l’islamophobie revêt une signification bien personnelle.

Sa mère, Gloria Baylis, a été la première femme noire à faire reconnaître la discrimination fondée sur la race au Canada en 1965, au terme d’un combat juridique médiatisé.

Maintenant, le député de Pierrefonds-Dollard veut redonner au suivant et aider la communauté musulmane à combattre les préjugés.

« Je suis contre la discrimination sous toutes ses formes. C’est pour cette raison que je suis très fier de soutenir cette pétition. Ce n’est pas une pétition pour les musulmans, mais c’est une pétition contre la discrimination », dit-il en entrevue.

frank baylis

Frank Baylis veut déposer une motion contre l'islamophobie à Ottawa.

La pétition e-411, lancée par le citoyen Samer Majzoub de Pierrefonds, demande à la Chambre des communes de reconnaître que les extrémistes ne représentent pas l’Islam et de condamner « toutes les formes d’islamophobie ».

Au moment de la publication de cet article, la pétition avait récolté près de 4500 signatures.

« Nous voulons reprendre le contrôle du message, explique Frank Baylis. Parce que, pour le moment, un petit nombre de personnes pensent qu’elles peuvent parler au nom de la religion. Mais [les extrémistes] n’ont pas ce droit-là. »

Il rappelle que les « vrais musulmans ne veulent rien avoir à faire avec ces gens-là » et qu’avec une montée de populisme tant chez nos voisins du sud qu’ailleurs, il est temps que le Canada montre l’exemple.

« Partout à travers le monde, il y a des gens qui veulent faire avancer leur cause en divisant la population l’un contre l’autre. On est contre cette approche. Nous acceptons les gens de toutes les cultures, de toutes les races, de toutes les religions. »

Le député rappelle qu’il y a 30 ans, les Sikhs étaient perçus comme des terroristes. Maintenant, dit-il, ce sont les musulmans qui sont les cibles de propos et de crimes haineux.

« Il faut toujours combattre la haine. Peut-être que dans 30 ans, ce sera un autre groupe qui sera visé », fait valoir Frank Baylis.

L’histoire d’une pionnière

Gloria Baylis, originaire de la Barbade, a immigré au Canada en 1952. Selon le site web Black in Canada, elle a complété ses études pour devenir infirmière en Grande-Bretagne et avait été accréditée afin de pratiquer dans son pays d’accueil.

En 1964, elle a fait les manchettes après avoir appliqué pour un poste d’infirmière à l’hôtel Reine Elizabeth à Montréal, dirigé par Hilton à l’époque. On lui avait indiqué que tous les postes étaient comblés, ce qui s’est avéré être faux.

L’hôtel a finalement été reconnu coupable de discrimination raciale en 1965, une première au Canada, et avait dû lui verser 25$, soit l’amende minimale à l’époque.

La bataille juridique s’est poursuivie pendant les 11 années suivantes, mais la Cour d’appel a finalement tranché en 1977 pour maintenir la condamnation initiale.

« Ma mère a mené cette lutte, raconte son fils Frank Baylis. Maintenant, on comprend qu’on ne peut pas empêcher les gens d’avoir un emploi strictement à cause de leur race. Mais il y a 50 ans, ce n’était pas le cas. »

L’homme d’affaires devenu député espère pouvoir déposer une motion et tenir un vote à Ottawa afin de reconnaître que les terroristes ne représentent pas l’Islam et de condamner l’islamophobie.

« Lorsque ma mère était une jeune femme, il y a des gens qui l’ont aidée à se battre, qui l’ont soutenue. Ça lui a donné le courage de se battre et moi, je cherche à faire la même chose. »