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Festival Fantasia 2016: Takashi Miike, le «cinéaste bizarre» (ENTREVUE)

17/07/2016 10:04 EDT | Actualisé 17/07/2016 10:05 EDT
Yves Herman / Reuters
Director Takashi Miike poses during a photocall for the film "Wara No Tate" (Shield of Straw) at the 66th Cannes Film Festival in Cannes May 20, 2013. REUTERS/Yves Herman (FRANCE - Tags: ENTERTAINMENT HEADSHOT)

Ses films nous ont choqués ou terrorisés. Certains nous ont fait rire, pas souvent pour les bonnes raisons, tandis que d’autres nous ont carrément mis au tapis. Takashi Miike fait du cinéma comme un boxeur met ses adversaires K.O. sans pitié ou presque. Des centaines de longs métrages à son actif, le prolifique et célèbre réalisateur japonais est de passage à Montréal pour présenter ses deux dernières propositions au festival Fantasia. Entrevue.

Difficile de la classer quelque part ce Takashi Miike. Du western loufoque à la comédie musicale déjantée, c’est avec les films de samouraïs, dans lesquels il injecte scènes ultra-violentes et thèmes scatologiques, qu’il brouille les pistes et marque les esprits jusqu’au chef-d’œuvre intitulé Audition, sortie en 1999. Rencontrer le réalisateur dans le cadre du festival Fantasia est en soit une évidence. Pourtant c’est la première fois qu’il fait le voyage à Montréal.


«J’ai toujours voulu venir à Montréal, jure Takashi Miike en entrevue. Fantasia est probablement l’un des seuls festivals au monde à avoir autant passé mes films, alors vous pouvez imaginer ma joie d’être ici. Et puis, j’aime aussi accompagner mes œuvres dans des événements internationaux comme celui-ci. Je sais que c’est l’occasion de croiser un public de cinéphiles qui apprécie ce que je fais, même si on me considère encore comme un réalisateur bizarre.»

Inspiré par les mangas

Les amateurs d’horreur et de cinéma asiatique l’adorent. Ils sont des millions à travers le monde à lui vouer un véritable culte. Toutefois, Miike insiste pour expliquer que dans toute cette histoire, il n’est que le réalisateur. «Il y a surtout une équipe et des acteurs. Ce sont tous ces gens réunis ensemble qui font l’œuvre. Mon rôle est ambigu, ce qui me permet de prendre les critiques avec sagesse. Si un de mes films ne marche pas, je peux toujours me dire que je ne suis pas le seul responsable.»


Sans pression donc, le réalisateur nippon explore à travers une filmographie hétéroclite des sujets qui lui tiennent à cœur comme la marginalité, les familles dysfonctionnelles ou l’adolescence. Qu’elles soient mineures ou bien remarquables, ses productions ont le mérite d’être libérées de tout tabou, à l’image de ses deux derniers films programmés à Fantasia: le futuriste Terraformas et le sanguinolent As the Gods Will.


«Ces films sont tous les deux des adaptations de mangas, écrits par de jeunes auteurs quasiment inconnus. Avant ce que les gens faisaient au cinéma, je le retrouve maintenant dans les pages des mangas qui sont beaucoup plus libres. C’est une des raisons principales qui fait que le manga est devenu pour moi une source d’inspiration énorme», explique-t-il

Plus rien de vraiment bon dans le cinéma japonais, lance un Takashi Miike débité. «Notre industrie est devenue stérile. Elle souffre aujourd’hui d’un manque d’originalité criante. Le public ne veut plus être étonné. Il se tourne vers des histoires rabâchées mille fois avec toujours les mêmes vedettes à l’affiche. De leur côté, les créateurs ne sont pas plus audacieux. Eux aussi pensent seulement au succès. Personne ne veut plus prendre de risque dans mon pays. Dans dix ou vingt ans, cela va s’avérer un sérieux problème pour notre créativité. Je suis très triste de cette situation.»

Le cinquantenaire se souvient de sa jeunesse bercée par un septième art en pleine ébullition. «Dans les années 1970, le cinéma était encore synonyme de nouveauté. Tous les samedis, j’allais voir un film et je n’oublierais jamais l’excitation quand les lumières de la salle commençaient à s’éteindre avant que le film commence. Rien d’autre n’avait la puissance du cinéma.»

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