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«All Lives Matter», l'expression qui suscite la controverse

14/07/2016 06:40 EDT | Actualisé 14/07/2016 06:41 EDT
AP
The Tenors, shown on the scoreboard, perform during the Canadian National Anthem prior to the MLB baseball All-Star Game, Tuesday, July 12, 2016, in San Diego. (AP Photo/Gregory Bull)

Il aura suffi d'une phrase glissée dans une interprétation de l'hymne national canadien pour remettre sous les projecteurs le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») et ceux qui s'opposent à ce phénomène en utilisant plutôt l'expression All Lives Matter (« Toutes les vies comptent »). Retour sur la controverse.

Un texte de Laurence Niosi

Mardi, lors d'une partie de baseball, un membre du groupe canadien The Tenors qui y interprétait l'hymne national a changé une ligne de l'Ô Canada. Remigio Pereira a chanté : « We're all brothers and sisters, all lives matter. » (« Nous sommes tous frères et soeurs, toutes les vies comptent »), une allusion aux tensions raciales qui font rage aux États-Unis, plutôt que le traditionnel « With glowing hearts we see thee rise. The True North strong and free » (« Car ton bras sait porter l'épée. Il sait porter la croix »).

La réaction dans les médias sociaux a été immédiate, certains internautes jugeant la décision du chanteur irrespectueuse. D'autres ont préféré l'ironie : « Vous souvenez-vous quand nous étions jeunes et que nous avions la vie devant nous, pleine d'espoir, et nous ne savions pas qui étaient The Tenors? », demande un internaute.

Le chanteur n'est pas le premier ni le dernier à s'insurger contre le mouvement Black Lives Matter qui dénonce notamment le racisme et le profilage racial exercé par les forces policières à l'égard des communautés afro-américaines.

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Aux États-Unis, de nombreux politiciens et médias issus de la droite s'en prennent régulièrement au mouvement, qu'ils accusent de créer des divisions, voire d'être raciste. Un mot-clé est apparu sur les réseaux sociaux : #allivesmatter.

« Toutes les vies ont de l'importance, les blanches, les noires », affirmait récemment l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, dans un entretien à FOX News, soulignant qu'à Chicago « 70-80 % » des homicides sont commis par des Noirs. L'ex-maire tenait ces propos quelques jours après la mort de cinq policiers, tués par un tireur embusqué lors d'une manifestation contre la violence policière, à Dallas.

Le candidat à la présidentielle américaine Donald Trump a estimé pour sa part que le mouvement Black Lives Matter est « très, très diviseur ».

Une diversité... mais pas l'égalité

Pour Micheline Labelle, professeure émérite de sociologie à l'Université du Québec à Montréal, ce raisonnement est « étriqué », car il ne tient pas compte des inégalités.

« C'est comme les gens qui étaient contre les programmes d'accès à l'égalité en emploi [au Québec]. Plusieurs disaient que c'était de la discrimination. Ce n'est pas nouveau comme argument », ajoute l'auteure du livre Racisme et antiracisme au Québec. Discours et déclinaisons.

«Ce sont des gens qui refusent de voir qu'il y a une diversité qui n'est pas égale.» - Micheline Labelle, sociologuqe

Le président américain, Barack Obama, s'est porté plusieurs fois à la défense de Black Lives Matter.

« Je pense que les organisateurs utilisent l'expression Black Lives Matter, non pas pour suggérer que les vies des autres ne sont pas importantes, mais plutôt qu'il y a un problème spécifique qui touche la communauté afro-américaine et pas les autres communautés », disait-il l'an passé.

Selon le média indépendant ProPublica, les jeunes hommes noirs américains courent 21 fois plus de risques d'être abattus par la police que les jeunes hommes blancs.

Un rassemblement en guise de solidarité avec Black Lives Matter a eu lieu à Montréal mercredi soir, au parc Nelson-Mandela, et un autre se tiendra samedi, au square Cabot.

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