POLITIQUE

Entrevue avec Manon Massé : Après le projet de loi 103, voici les prochains combats de la communauté trans

17/06/2016 10:19 EDT | Actualisé 17/06/2016 10:19 EDT

QUÉBEC – Les personnes trans ont gagné une importante bataille à Québec la semaine dernière. Mais la reconnaissance de leurs droits ne fait que commencer, prévient Manon Massé. Voici son programme pour l’automne.

Vendredi dernier, le gouvernement Couillard a fait adopter le projet de loi 103, qui permettra aux personnes trans de 14 ans et plus de changer leur mention de sexe auprès du Directeur de l’état civil. Les jeunes de 14 ans et moins, eux, pourront le faire avec l’accord de leurs parents ou tuteurs. Jusqu’ici, seuls les adultes pouvaient changer leur mention de genre sans passer sous le bistouri.

Déposé par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, le projet de loi doit beaucoup au militantisme de Manon Massé dans ce dossier. Celle-ci porte le dossier trans depuis l’intervention d’une jeune trans d’environ 12 ans lors d’un débat au cours de la campagne électorale de 2014. La jeune Oli souhaitait changer sa mention de sexe avant l’âge de 18 ans. «Je lui ai dit : ‘’Je vais faire tout ce que je peux, ma grande’’», raconte Manon Massé.

Adopté à toutes vapeurs, le projet de loi a fait sourciller. Quatorze ans, n’est-ce pas tôt pour changer sa mention de sexe? Les audiences en commission parlementaire ont plutôt permis de comprendre que les jeunes trans comprennent parfois très tôt qu’ils sont nés avec le mauvais sexe, dit Manon Massé.

«Ça peut être à trois, quatre, cinq ou six ans, relate-t-elle. Des parents d’enfants trans que j’ai rencontrés me disaient que, dès que l’enfant a pu parler, il a signifié qu’il n’était pas ce que les parents ‘’souhaitaient’’ qu’il soit, c’est-à-dire le sexe assigné à la naissance.»

L’adoption du projet de loi 103 représente donc «un pas de plus» pour la communauté trans, dit la députée solidaire. «Mais, ce n’est définitivement pas la dernière étape», prévient-elle.

La fin des genres

En effet, trois grands dossiers seront sur sa table de travail à l’automne. Il y a d’abord les personnes trans non-citoyennes réfugiées au Canada. Souvent victimes de persécutions, elles ne peuvent changer légalement leur mention de sexe à l’état civil avant d’avoir obtenu leur citoyenneté canadienne.

«Les statistiques montrent qu’en matière de transphobie, les personnes trans qui sont les plus visées, les plus attaquées, et voire même assassinées, sont majoritairement des personnes trans issues des communautés culturelles ou des minorités visibles», explique Manon Massé. Aucun cas de meurtre d’un réfugié trans n’a été rapporté au Québec, mais le phénomène existe aux États-Unis, précise-t-elle.

Autre dossier, la communauté trans souhaite que l’état permette de changer la mention de «père» ou de «mère» à l’état civil. Pour le moment, un parent peut changer de sexe, et de nom, légalement, mais pas de statut parental. Ainsi, le certificat de naissance de son enfant peut indiquer, par exemple : «mère : Stéphane». «Donc, l’enfant est constamment obligé de dire que ce n’est pas une erreur», illustre Manon Massé.

«On pourrait parler plutôt de ‘parent’», sur les formulaires, suggère-t-elle. Ou encore, prévoir une case «autre».

Finalement, Manon Massé souhaite qu’une personne qui entreprend un changement de sexe puisse conserver ses gamètes, c’est-à-dire ses cellules reproductives. La loi le permet déjà pour une personne malade. «Pour nous, ce qui est important, c’est de s’assurer que ce qui est permis à d’autres pour des traitements médicaux le soit aussi aux personnes trans», explique Manon Massé.

D’ailleurs, le milieu médical québécois a encore beaucoup de chemin à faire, croit la députée. «Au niveau de la santé trans, le Québec, on est un peu en arrière», estime-t-elle, en citant des cas entendus en commission parlementaire. Très peu de médecins se sentent confortables de travailler avec les personnes trans, dit-elle, même pour des problèmes de santé ordinaires.

L’accès aux vestiaires

Dans le milieu scolaire, un autre débat risque de créer la polémique. Faut-il permettre aux enfants trans d’accéder aux toilettes et aux vestiaires de leur choix? La CSDM est devenue la première commission scolaire à adopter une directive en ce sens en mai dernier.

Pour Manon Massé, la question est tranchée. «La jeune fille trans qui va dans la toilette des filles, elle va dans la toilette de son genre, de son identité de genre», insiste-t-elle.

Elle-même affirme vivre parfois de l’intimidation en raison de son look quand elle fréquente les toilettes des femmes… bien qu’elle ne soit pas trans.

«L’école, c’est un lieu d’éducation, ajoute Manon Massé. Nous sommes collectivement en train de comprendre ce qu’est l’identité de genre […]. S’il y a des enfants trans qui sont prêts à être ‘out’, c’est une opportunité pour faire de l’éducation.»

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