BIEN-ÊTRE

Que font les villes pour combattre les chiens dangereux?

14/06/2016 02:56 EDT | Actualisé 14/06/2016 02:57 EDT
Edward Holub via Getty Images
Pitbull Dog

De l'interdiction des pitbulls au port obligatoire du licou, les moyens utilisés pour prévenir les morsures varient d'une municipalité à l'autre. Voici huit exemples.

Un texte de Danielle Beaudoin

1. PAS DE PITBULLS DANS NOS RUES

De nombreuses villes dans le monde interdisent carrément les races de type pitbull. Toutefois, de tels règlements sont critiqués, et plusieurs villes ont fait volte-face. L'Ordre des vétérinaires du Québec fait valoir que bannir des races crée « un faux sentiment de sécurité » et ne réduit pas nécessairement le nombre de morsures. Il donne comme exemple l'Ontario, qui interdit quatre races de type pitbull depuis 2005, et où le nombre de morsures a augmenté depuis.

Où : notamment dans une cinquantaine de villes au Québec, dont Brossard (annoncé le 14 juin 2016), Saint-Léonard, Outremont, Anjou, Drummondville, Saguenay et Rimouski, ainsi qu'à Winnipeg (première ville canadienne à interdire les pitbulls, en 1990) et en Ontario.

2. NON AUX CHIENS DANGEREUX

D'autres municipalités interdisent les chiens dangereux sans égard à la race. Par exemple, dans Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, un chien qui mord, tente de mordre, attaque ou tente d'attaquer une personne ou un autre animal peut être déclaré dangereux par un expert de l'arrondissement. L'expert peut ordonner l'euthanasie du chien ou alors le respect de plusieurs conditions, dont celles-ci :

  • Faire stériliser le chien et le munir d'une micropuce;

  • Faire suivre au chien une thérapie comportementale;

  • Garder le chien dans un endroit fermé par une clôture d'au moins 1,5 m de hauteur;

  • Dans les lieux publics, garder le chien en laisse (maximum de 1 m), le museler et le maintenir à plus de 2 m d'un enfant âgé de moins de 16 ans (en excluant ses propres enfants).

Où : notamment à Sherbrooke, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

3. UN PERMIS POUR LES CHIENS DE COMBAT

Les citoyens français doivent obtenir un permis pour les chiens « pouvant être dangereux », soit les chiens d'attaque (chiens croisés issus des races Staffordshire terrier, American Staffordshire terrier [pitbull], mastiff ou tosa) et les chiens de garde ou de défense (de races Staffordshire terrier, American Staffordshire terrier, rottweiler et tosa).

Ces citoyens doivent suivre une formation, et le comportement du chien est évalué. Ils doivent en tout temps museler leur chien et le tenir en laisse dans les lieux publics. Quant aux chiens d'attaque, ils doivent être stérilisés.

Le permis est gratuit, mais ceux qui ne suivent pas les règles risquent une amende pouvant aller jusqu'à 15 000 euros et, dans certains cas, six mois de prison. Les mineurs et les personnes condamnées pour crime ou violence n'ont pas le droit d'avoir ce type de chiens.

La loi française sur les chiens dangereux découle de plusieurs législations, arrêtés et décret promulgués depuis 1999.

Où : en France.

4. UN PERMIS DE CONDUIRE POUR CHIENS

En vertu d'un projet de loi adopté en mai, Berlin obligera tous ceux qui veulent acquérir un chien à obtenir d'abord un certificat. Comme pour le permis de conduire, il y aura des épreuves pratiques et théoriques, dont un test d'obéissance. Le citoyen doit ainsi démontrer qu'il maîtrise son chien et que l'animal n'est pas dangereux. Le permis coûtera 100 euros, sans compter une taxe annuelle de 40 euros.

Où : à Berlin, mais aussi en Basse-Saxe, dans le nord de l'Allemagne, depuis 2013, et en Suisse, depuis 2008.

5. LA STÉRILISATION OBLIGATOIRE

De nombreuses municipalités encouragent les propriétaires de chiens à faire stériliser leur animal. Au Québec, selon l'Ordre des médecins vétérinaires, de 75 % à 80 % des chiens sont stérilisés.

« Les animaux non stérilisés ont tendance à fuguer beaucoup plus. Donc fugue, vagabondage, danger de morsure ou d'agression. La stérilisation réduit beaucoup la fugue et réduit beaucoup l'agressivité. Un mâle non castré est beaucoup plus agressif et a tendance à vouloir se battre. Son instinct de prédation est encore plus grand, les conflits arrivent plus souvent. Il est plus dur à contrôler, plus dur à éduquer », explique Michel Pepin, porte-parole de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

L'expert observe que certaines municipalités ont tenté d'obliger la stérilisation des chiens, « mais ce n'est pas évident non plus à contrôler ». Il ne croit pas que la stérilisation obligatoire soit la solution idéale. Il propose plutôt de récompenser les « bons citoyens » qui font stériliser leur chien en leur donnant un rabais sur la licence de l'animal.

Où : dans certains pays d'Europe, dont la Belgique (stérilisation obligatoire de tous les chiens depuis le 1er janvier).

6. VAGABONDAGE INTERDIT

Michel Pepin note qu'il faudrait en faire plus pour faire respecter les règlements sur les chiens en laisse dans les endroits publics. « Les pénalités ne sont pas très élevées, et il n'y a personne sur le terrain pour l'appliquer. Allez au parc La Fontaine, laissez votre chien se promener; avant que quelqu'un vienne vous avertir... La Ville va avoir quelques patrouilles cet été pour toute la ville. Vous pouvez vous promener longtemps avant que quelqu'un remarque que votre chien est laissé lousse. »

L'expert croit qu'il faudrait aussi des règlements pour punir les citoyens qui négligent de garder leur chien dans une cour hermétiquement fermée. « Tu as un chien dans ta cour, s'il sort de ta cour, tu es responsable. Si on le retrouve, il est identifié, et tu vas payer. »

Où : de nombreuses municipalités obligent les résidents à tenir leur chien en laisse en tout temps dans les endroits publics.

7. LE PORT OBLIGATOIRE DU LICOU

L'Ordre des médecins vétérinaires du Québec, la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal et la SPCA de Montréal prônent notamment le port du licou pour prévenir les morsures. Ce harnais de tête empêche le chien de mordre tout en lui permettant de bien respirer, contrairement à la muselière.

Où : Sainte-Julie vient d'adopter un règlement obligeant le port du licou dans les endroits publics pour les chiens de 20 kilos et plus à compter de septembre prochain.

8. RÉCOMPENSER LE « BON CITOYEN »

Selon Michel Pepin, les municipalités devraient encourager les « gestes citoyens ». Il faut, à son avis, récompenser ceux qui enregistrent leur chien, qui prennent une micropuce pour leur animal, qui font stériliser leur bête.

Il énumère les principaux aspects d'une réglementation idéale : « La prévention en amont par la stérilisation et l'identification. Ensuite, dans les lieux publics, il ne faut pas que les animaux puissent mordre, donc [ils doivent être] tenus en laisse. Ensuite, tout le volet éducation. Dans une réglementation municipale, c'est beaucoup plus difficile à mettre en place : obligation de suivre des cours de dressage [...] Tous ceux qui ont un chien devraient suivre un cours d'éducation canine de base pour savoir contrôler leur chien et comprendre son langage. »

Où : notamment à Québec, Drummondville, Verdun et Saint-Hyacinthe, selon Michel Pepin.

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