POLITIQUE

Stratégie de construction navale : les cibles de construction et de coûts étaient irréalistes, selon des hauts fonctionnaires

10/06/2016 01:36 EDT | Actualisé 10/06/2016 01:36 EDT

OTTAWA – L’expert indépendant Steve Brunton, embauché par le gouvernement Trudeau, est d’avis que les chantiers de la Stratégie de construction navale ont souffert d’une « conspiration d’optimisme » qui a entraîné des dépassements de coûts et des délais additionnels.

Ses propos ont été relatés par Jeffery Hutchinson, sous-commissaire de la Stratégie au sein du ministère des Pêches et Océans, lors d’une rencontre avec le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires, jeudi.

Accompagné de deux autres hauts fonctionnaires de la Défense et des Travaux publics, Hutchinson a expliqué aux membres les difficultés de l’implantation de la Stratégie de construction navale dans les chantiers d’Irving, à Halifax, et de Seaspan, à Vancouver.

canadian coast guard cuts

“Au sein de nos chantiers, au sein de Vancouver Shipyards, je pense que tout le monde impliqué souffrait de ce que notre expert externe appelle 'une conspiration d’optimisme'.”
— Jeffery Hutchinson

« Du côté du gouvernement, en particulier, nous n’avons peut-être pas reconnu à quel point nos propres capacités, nos propres expériences s’étaient dissipées au fil du temps, a-t-il admis. Nous avons certainement eu des défis internes en reconstruisant notre propre capacité pour la construction navale. »

« Au sein de nos chantiers, au sein de Vancouver Shipyards, je pense que tout le monde impliqué souffrait de ce que notre expert externe [Steve Brunton] appelle "une conspiration d’optimisme". Tout le monde pensait qu’ils allaient construire plus vite qu’ils ne l’ont fait », a poursuivi le sous-commissaire.

La Stratégie de construction navale, dévoilée en 2010, est responsable de livrer de nouveaux navires à la Marine royale canadienne et à la Garde côtière canadienne. Mais certains projets accumulent du retard, ajoutant ainsi des millions additionnels à la facture.

Selon la ministre des Travaux publics, Judy Foote, le budget initial de 35 milliards de dollars ne tenait pas compte de l’inflation et de l’augmentation du coût de l’acier et autres matériaux.

Le gouvernement Trudeau prévoit doubler le nombre d’employés attitrés à la stratégie navale afin d’avoir une meilleure expertise et une meilleure supervision pour la suite des choses.

« Où sont les navires? »

Les hauts fonctionnaires présents lors du comité ont dû essuyer les critiques virulentes de Steven Blaney à plusieurs reprises et ce, même si la Stratégie a été mise en place par son gouvernement.

« Ce que je constate, c’est qu’on est en 2016, on investit beaucoup d’argent, on a beaucoup de fonctionnaires, on engage de nouveaux fonctionnaires, mais où sont les navires? » a questionné le porte-parole conservateur des Travaux publics.

« Écoutez, il va falloir arrêter d’engager des fonctionnaires et construire des navires parce que les navires, présentement, rouillent plus vite qu’on ne les remplace. »

Blaney a fait valoir que certains chantiers étaient prêts à répondre à la demande dans les prochains mois, sans bénéficier d’argent supplémentaire d’Ottawa.

steven blaney

“Écoutez, il va falloir arrêter d’engager des fonctionnaires et construire des navires.”
— Steven Blaney

Ce faisant, il a déploré que le chantier de Seaspan à Vancouver a discrètement bénéficié d’un versement de 40 millions de dollars le jour de l’élection. À son avis, il s’agit d’un « subterfuge » pour contourner les règles en place.

En vertu de la Stratégie de construction navale, les chantiers sélectionnés sont responsables d’assumer les coûts pour mettre à jour leurs installations. Or, il existe un « plan horizontal d’ingénierie » qui permet au fédéral d’octroyer des millions de dollars aux entreprises afin qu’elles fonctionnent à pleine capacité.

Patrick Finn, sous-ministre adjoint de la Défense nationale, soutient que ce montant « n’est aucunement une subvention » et que cet investissement du fédéral permettra « d’avancer de l’ouvrage » en attendant la signature d’un contrat en bonne et due forme.

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