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Le gala FCTMN récompense des femmes d'exception (PHOTOS)

09/06/2016 03:32 EDT | Actualisé 09/06/2016 03:32 EDT
Paméla Lajeunesse

Ce sera soir de fête à la Place des Arts, ce jeudi, alors que se tiendra le 16e gala de l’Association des Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques (FCTMN), animé par Anaïs Favron.

Cinq femmes inspirantes et dévouées dans leur champ d’expertise recevront un prix et seront célébrées: la réalisatrice Anne Émond (catégorie Relève), la comédienne Sophie Prégent (catégorie Carrière), la journaliste Elizabeth Plank (catégorie Rayonnement d’exception), l’auteure Kadidja Haïdara (catégorie Métier) et la productrice Marie-Claude Beauchamp (catégorie Pionnière). Et ce, sous la présidence d’honneur de l’actrice Louise Portal.

Le mandat de l’Association FCTMN est on ne peut plus clair et pertinent dans le contexte actuel: représenter les femmes qui évoluent dans l’industrie du cinéma, de la télévision et des médias numériques et leur offrir des opportunités d’évoluer via deux axes : le développement professionnel et créatif, de même que le rayonnement et le réseautage.

En cette saison où il a plus que jamais été question du féminisme et de sa (ses?) définition(s), comment le regroupement FCTMN perçoit la présente situation des femmes dans les milieux audiovisuels susmentionnés? Dans l’ensemble, on se dit optimiste, mais on ne perd pas de vue la route qu’il reste à parcourir.

«Moi, je sens qu’il y a un bout de chemin qui est fait, mentionne Karine Dubois, co-présidente de l’Association FCTMN, qui terminait ce printemps son mandat de six ans et s’apprête à passer le flambeau. Anciennement, il fallait d’abord commencer par convaincre les gens qu’il y avait un problème et que la réalité était difficile pour les femmes. Cette année, on a lancé un programme de mentorat pour les réalisatrices en télévision, fiction et variétés, à partir de chiffres de l’Association des réalisateurs et réalisatrices qui montraient que, dans ce secteur-là, il y avait encore un plafond de verre; donc, quand les chiffres sont là, on saute l’étape de devoir prouver qu’on compte seulement sur les doigts d’une main le nombre de réalisatrices actives à l’écran. On parle souvent de Mariloup Wolfe, mais si tu es capable de me nommer une seule femme qui se démarque, ça illustre bien le problème, qu’il n’y en a pas assez. Les hommes, on ne pourrait pas tous les nommer par leur prénom, parce qu’il y en a trop! Je pense donc que la bataille des chiffres est terminée et que les gens sont plus conscients. On est maintenant dans la recherche de solutions. Il y a un mouvement le fun et on découvre des initiatives semblables aux nôtres ailleurs dans le Canada.»

Gala FCTMN


Rôle bien défini

Outre son programme de mentorat pour les cinéastes et sa remise de prix annuelle, un programme d’accompagnement d’auteures et un autre de développement professionnel intitulé «Négocier sa valeur», dédié à armer les femmes dans l’élaboration d’un plan de carrière et les contacts avec les décideurs et bâilleurs de fonds, de même que des rendez-vous table ronde «carte blanche», sont les principaux faits d’armes de l’Association FCTMN.

«C’est un mélange entre outiller les filles et mettre de l’avant celles qui se démarquent et sont des modèles et des inspirations pour les autres», signale Karine Dubois.

L’Association FCTMN trouve son financement via les institutions telles Téléfilm Canada, le Fonds des médias du Canada et le Secrétariat à la condition féminine pour l’égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi par le biais de voies privées. Le nombre de commanditaires a augmenté significativement dans les dernières années. L’institution peut notamment compter sur le support de Bell dans ses opérations.

«On n’est pas restés assis sur les fonds publics. On a fait nos devoirs», assure Karine Dubois, qui conclut son périple à la tête de l’Association avec le sentiment de la mission accomplie.

«Dans les deux ou trois dernières années, on a travaillé très fort. On a fait un repositionnement, une restructuration, on a travaillé l’image, on a ramené le gala en force l’an dernier après une pause de deux ans, on a bonifié la programmation. J’ai l’impression qu’on est passés à un autre niveau.»

Karine Dubois précise que ses troupes sont généralement bien accueillies dans les coulisses du petit et du grand écran québécois.

«Parfois, c’est plus difficile de convaincre les femmes que les hommes. Ce n’est pas tout le monde qui adhère de la même façon au discours féministe, mais puisque notre mandat est apolitique et qu’on se décrit comme une association professionnelle, et non de lobbying, c’est plus facile de rejoindre large. On est moins confrontants pour les gens, et on est vraiment dans l’action, le concret. C’est plus facile de rallier les gens avec un rôle comme celui-là.»

Pour en savoir davantage sur l’organisation de l’Association FCTMN, consultez le site web officiel (www.fctmn.org).

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Les réactions des lauréates du gala 2016

ANNE ÉMOND – RÉALISATRICE (NUIT #1, LES ÊTRES CHERS)

«Le gala honore une belle brochette de femmes à chaque année, et c’est un honneur de me retrouver parmi elles. Ce n’est pas pour un film ou un projet en particulier. Ce que j’aime dans la description qu’on a fait de moi, c’est que ça va inspirer d’autres jeunes femmes. Ça me touche beaucoup. Je ne dirais pas que je pratique mon métier pour ça et que je pense à ça, mais ces derniers temps, ça m’est arrivé quelques fois que des jeunes filles, et des jeunes hommes aussi, qui commencent dans le métier, me disent : «De voir que tu es capable d’en faire autant, ça m’inspire et ça me donne confiance.» Je suis très contente!»

SOPHIE PRÉGENT – COMÉDIENNE (NOUVELLE ADRESSE, NOS ÉTÉS, LE RETOUR, ETC)

«C’est bien que ce gala existe. Souvent, les hommes ne récompensent pas tant que ça les femmes. Quand on a le choix, on a davantage le goût de choisir un homme qu’une femme. Des événements comme ça font en sorte qu’on se retrouve entre nous, et beaucoup d’efforts sont investis par les femmes pour les femmes. Et tant mieux. Parce que, dans la société, généralement, on ne le fait pas toujours.»

KADIDJA HAÏDARA – AUTEURE (LE CHALET, QUART DE VIE, ETC)

«Je suis contente que l’organisation ait pensé à moi. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est parfait, je le prends avec plaisir. Ce n’est pas comme un Gémeaux, pour lequel on s’inscrit et on espère que le jury aime ce qu’on a fait. Vraiment, ils m’ont appelée, alors que moi, je n’avais contacté personne. Je suis très touchée. Avec Le chalet, je suis chanceuse, les jeunes viennent me parler, ils me posent beaucoup de questions. Ils me demandent souvent ce qu’il faut faire pour accéder au métier d’auteur. C’est l’un des aspects que j’aime le plus de mon métier : pouvoir répondre aux questions, comme ceux qui m’ont inspirée l’ont fait avant moi. C’est la plus belle partie de mon travail. Je n’en reviens pas de savoir que, moi aussi, je peux inspirer des gens. Je ne pense pas à ça au quotidien, mais je suis vraiment contente.»

MARIE-CLAUDE BEAUCHAMP – PRODUCTRICE (LA GUERRE DES TUQUES 3D, LA LÉGENDE DE SARILA)

«Je ne fais pas tout, toute seule. J’ai une petite équipe, mais tout le monde a contribué à l’exploration de nouveaux secteurs, parce que c’est un peu ça, le titre de pionnière. De dire que je n’ai pas seulement fait un film, mais aussi créé un événement cinématographique. C’est l’aspect «pionnier» de la démarche. Avec La guerre des tuques, on a fait un disque, des produits dérivés, des événements extérieurs, on est partis en tournée, on a organisé des batailles de balles de neige un peu partout… Partout en région, les gens sont venus jouer à la guerre des tuques avec nous. Et ça fait partie de la transmission qu’on voulait faire. On voulait non seulement créer un bon film, mais aussi générer une visibilité pour aller chercher les gens dans leur salon. Je voulais transmettre la passion que les parents avaient eu pour le film, et ça passait par aller jouer dehors avec les enfants. C’est aussi une grande fierté que notre film ait été porté par des femmes. Il n’y a pas beaucoup de femmes réalisatrices en animation. On essaie d’inciter les artistes à évoluer, à acquérir les compétences pour arriver à ça. Dans les studios où on travaille pour faire nos films, il y a environ 1/5 de femmes, pour 4/5 d’hommes. Par contre, il y a plus de femmes productrices que réalisatrices.»