POLITIQUE

Assiste-t-on à la mort lente et tranquille du Parti marijuana du Canada?

20/04/2016 01:26 EDT | Actualisé 20/04/2016 03:48 EDT
Ben Nelms / Reuters
A man, wearing a marijuana-themed hat and sunglasses, is pictured at the Vancouver Art Gallery during the annual 4/20 day, which promotes the use of marijuana, in Vancouver, British Columbia April 20, 2013. REUTERS/Ben Nelms (CANADA - Tags: HEALTH SOCIETY POLITICS CIVIL UNREST DRUGS)

Cet après-midi, des milliers de Canadiens vont converger vers la colline du Parlement pour fumer de la marijuana et manifester leur soutien à la légalisation du cannabis. C'est une tradition, depuis une dizaine d'années à Ottawa : on souligne le Jour 4-20, un rassemblement populaire où on dénonce collectivement la prohibition de la marijuana.

Un texte de Angie Bonenfant

Cette année, ce rassemblement est organisé dans un contexte social différent de celui dans lequel il a vu le jour, il y a plus de 40 ans aux États-Unis.

Les moeurs des Canadiens - majoritairement en faveur d'une décriminalisation - ont changé. Et la promesse libérale de légaliser la vente récréative de la marijuana semble sur la bonne voie de se réaliser...

Cet avant-midi, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpot, a annoncé que son gouvernement déposera au printemps 2017 son projet de loi pour légaliser la marijuanana.

«Notre plateforme électorale sur l'enjeu de la légalisation de la marijuana a été on ne peut plus clair! Je voterai en faveur de la position que j'ai fait valoir auprès de la population de Gatineau et que mon chef a fait valoir auprès de tous les Canadiens.» - Steven MacKinnon, député libéral de Gatineau

Les adeptes canadiens du Jour 4-20 ont donc une belle occasion de célébrer.

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Le Parti marijuana se fait couper l'herbe sous le pied

C'est le Parti libéral qui s'engage, aujourd'hui, formellement à légaliser la marijuana, mais ce sont de plus petits partis comme le Parti marijuana du Canada qui ont porté le flambeau de la décriminalisation pendant de nombreuses années.

Le Parti marijuana devrait profiter de cette vague de changement dans l'opinion publique pour gagner en popularité. Pourtant, de l'aveu même de son chef, le parti stagne et peine à préserver le statut officiel de parti politique au Canada.

«J'essaie de diriger le parti encore pour trois autres années, mais après ça, je ne crois pas que le parti existera encore en 2020.» - Blair Longley, chef du Parti marijuana du Canada

En entrevue, le chef Blair Longley a soutenu qu'il avait de la difficulté à recruter le minimum de 250 membres exigés par la loi.

Les Canadiens, dit-il, ne se préoccupent plus des dossiers touchant la marijuana, parce qu'ils croient que l'élection d'un gouvernement libéral a réglé la question.

« Aujourd'hui, 75 % de la population est d'accord pour légaliser la marijuana. Quand le Parti marijuana a été lancé, c'était à une époque ou moins de 50 % des gens pensaient comme ça. »

« La plante était aussi mal vue qu'un meurtre, c'est vous dire à quel point c'était démonisé. Ç'a été comme ça pendant des décennies. Nous avions donc un long travail à faire pour faire avancer notre cause. »

Pour l'instant, Blair Longley sent que la pertinence de son parti est remise en question.

« Le parti pourrait se renouveler avec un nouveau chef et un nouveau nom, mais le Parti marijuana tel qu'on le connaît, avec une seule idée à défendre, n'a plus vraiment de place sur l'échiquier politique. »

Toujours pertinent, au contraire

Son collègue et porte-parole du Bloc Pot, Hugô St-Onge, ne partage pas cette opinion.

« Le projet de légalisation [ du gouvernement libéral ], c'est de la prohibition qui se maintient sous un nouveau nom, ou on va accuenter les contraventions et le contrôle », a-t-il averti.

Il encourage les Canadiens à demeurer vigilants et à bien lire la proposition libérale.

« Il faut faire attention en politique entre le discours et la réalité. Il y en a qui pense que légalisation veut dire plus d'ouverture, mais quand on lit le discours du Parti libéral ce que l'on voit c'est une nouvelle forme de prohibition. »

La légalisation du Parti libéral, c'est une entourloupette politique!

Hugô St-Onge, porte-parole du Bloc Pot

Dans le projet libéral de légalisation de la marijuana, « tout ce qui touche la production et la revente est toujours considéré comme un crime moral important », rappelle M. St-Onge. « La mentalité n'a pas changé de ce côté-là, on continue de maintenir un discours des années 20, un discours vicieux. »

D'ou l'importance, selon lui, de maintenir en vie un parti comme le sien et celui du Parti marijuana

« On pense que le PLC fait un demi-pas, même pire, on pense que c'est un pas en arrière. Un régime pénal, c'est beaucoup plus sévère en fin de compte, parce qu'il n'y a aucun moyen de se défendre contre une contravention, tu n'as juste à la payer. »

Il admet aussi que le recrutement n'est pas facile : « C'est plus difficile que jamais parce que les gens ont l'impression que c'est déjà réglé ».

PROPOSITION LIBÉRALE :

Légaliser et réglementer la marijuana, mais aussi en restreindre l'accès:

  1. Retirer la consommation et la possession de marijuana du Code criminel.
  2. Élaborer de nouvelles lois plus strictes : en punissant sévèrement, quiconque fournit cette drogue à un mineur, conduit un véhicule après en avoir consommé ou en fait la vente à l'extérieur du nouveau cadre législatif.
  3. Mettre en place un réseau strict de vente et de distribution de marijuana qui sera dûment soumis aux taxes d'accise
provinciales et fédéral.

Encore du travail à faire

La criminologue et professeur à l'Université d'Ottawa, Line Beauchesne, croit également qu'il est important de garder l'oeil ouvert sur la légalisation canadienne de la marijuana.

Tout est une question de détails, dit-elle.

« Ça toujours été ça mon problème, cette espèce d'impression qu'on va désormais pouvoir fumer tranquille. Mais, c'est beaucoup plus compliqué que ça! »

« Il y a une industrie qui va entrer là-dedans », rappelle-t-elle. « Quelles règles de culture et de distribution émettra-t-on? Parce que tu ne veux pas non plus que l'on fasse comme avec les industries de tabac où la cigarette n'a plus rien à voir avec du tabac cultivé, tellement il y a eu une transformation pour assurer une narcodépendance. »

« Si on regarde l'industrie du chanvre, il y a toutes sortes de transformations des biscuits, des bas, des produits de beauté, etc. Il y a une capacité dans les laboratoires de développer le produit sous plusieurs formes. Est-ce qu'il y a des formes que tu exclus parce que ça va être trop difficile de contrôler par les mineurs? » s'interroge-t-elle.

Les partis comme le Parti marijuana et le Bloc Pot ont toujours une raison d'être, selon elle, pour s'assurer que la légalisation se fasse correctement.

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