DIVERTISSEMENT

Samian, photographe au grand cœur

16/04/2016 10:21 EDT | Actualisé 17/04/2016 08:11 EDT

Samian est venu avec son appareil photo autour du cou pour bien montrer que le photographe ici, c’est bel et bien lui. Le rappeur inaugurait vendredi sa première exposition réunissant quarante clichés pris sur le vif un peu partout à travers le monde. Présenté jusqu’au 22 mai à la Place des Arts, Enfant de la terre dévoile les œuvres d’un artiste autodidacte.

En 2014, Samian interprétait Enfant de la terre, une pièce musicale sur la tolérance qui donne également son titre à l’exposition. Au-delà des frontières et des idées reçues, le chanteur engagé de 32 ans d’origine amérindienne a l’habitude de prendre sa plume pour exprimer ses positions. Avec ses photos, il dévoile les mêmes messages d’inclusion à travers les regards d’anonymes. Des enfants pour la plupart, et quelques aînés rencontrés lors de ses pérégrinations à Cuba, au Maroc, en Nouvelle-Calédonie ou ailleurs.

«Il y a quelque chose dans les yeux des enfants que l’on perd en grandissant, a-t-il raconté en entrevue. Il y a tellement de poésie dans leurs regards. J’ai reconnu la même chose dans ceux des aînés avec en plus une sagesse et un vécu qui peuvent nous raconter tant d’histoires.»

Le jour où il s’est considéré comme un véritable photographe est arrivé au Nicaragua en 2013. Le cliché, pris dans la magnifique ville coloniale de León, montre un garçon de dos assis sur le trottoir. «Quand j’ai pris cette photo, j’ai vécu une révélation. J’ai alors su que c’était ce que je voulais faire, de la photo exclusivement dirigée vers l’humain. Ensuite, j'ai appris le métier sur le tas, un peu comme avec la musique.»

Les moments précieux

Le travail de Samian sur pellicule va droit au but. La plupart des profils sont issus des couches populaires. Des jeunes, des hommes et des femmes qui se sont fait photographier, souvent avec le sourire au visage. L’artiste, qui carbure à l’instinct, voulait toucher au bonheur simple d’une rencontre fugace. «Je suis parti avec mon sac à dos. Sur mon chemin, j’ai fait la connaissance de plusieurs personnes, toutes inoubliables», a-t-il ajouté.

Par exemple, ce sans-abri, les yeux brillants et le sourire communicatif qui a tout de suite rappelé à Samian son propre père. «Je lui ai payé le lunch. Je n’ai jamais donné de l’argent à mon papa, mais le frigo était toujours ouvert à la maison pour lui. Ce monsieur m’a fait le plus beau sourire au monde. C’était une belle façon de capturer ce moment précieux», a-t-il raconté.

Tous les tirages sont en noir et blanc, une manière d’exciter, en quelque sorte, l’imagination des visiteurs, note Samian. «J’avais huit ans lorsque je suis tombé par hasard sur une vieille boîte à chaussures de mon père qu’il gardait dans son garde-robe. Après l’avoir ouverte, j’y ai trouvé des photos uniquement en noir et blanc de son voyage dans l’Ouest canadien. J’ai trouvé cela magnifique. C’est ce qui est magique avec le noir et blanc, ça laisse aller l’imaginaire et c’est tellement plus beau que la couleur.»

La photographie demeure un monde à part pour le chanteur qui avoue conserver dans le disque dur de son ordinateur plus de 50 000 images. «Je ne mélange pas la musique et la photographie. Ce sont deux choses différentes pour moi. Quand je pars en voyage pour prendre des photos, je ne fais que cela. D’ailleurs, je m’en vais bientôt avec mon fils de huit ans au Japon pour un reportage. J’espère lui donner la piqure!»

Enfant de la terre – Exposition des photographies de Samian - Du 15 avril au 22 mai 2016 – Salle d’exposition de l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de Place des arts.

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L'exposition de photos de Samian