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Les 500 passages à niveau les plus à risque d'accident au pays (VIDÉO)

13/04/2016 06:42 EDT | Actualisé 14/04/2016 07:29 EDT

Transports Canada tient une liste des 500 passages à niveau où les risques d'accident sont les plus élevés au pays. Le document, obtenu par CBC, est largement méconnu du public et même des administrations municipales.

Un texte d'Édith Drouin avec la collaboration de Marie-Eve Potvin, Valérie Ouellet et de Pierre-Mathieu Tremblay

La liste de Transports Canada a été générée en 2014 dans le cadre d'une évaluation de son programme de sécurité des passages à niveau. Au moment de sa création, 500 passages à niveau avaient été classés en fonction de facteurs de risque, un calcul rendu possible en partie grâce à un système de modélisation informatique qui se nomme GradeX, développé par des ingénieurs civils de l'Université de Waterloo, en Ontario.

Le système s'attarde uniquement aux risques d'accident entre les trains, les piétons et les véhicules. Il se sert des données, entre autres, sur le nombre d'accidents, la conception des passages, la visibilité et la circulation routière et ferroviaire afin d'évaluer les risques de collision avec les véhicules et les piétons.

Transports Canada a précisé toutefois que le classement qui figure dans la liste ne représente qu'un instantané de la situation au moment de l'analyse en 2014 et explique qu'étant donné les améliorations apportées à certains passages à niveau et d'autres facteurs, tenter de recréer l'analyse aujourd'hui produirait des résultats différents. L'agence responsable de la sécurité ferroviaire explique aussi que le classement s'est fait en fonction des facteurs de risque présents, et que cela ne signifie pas nécessairement que les passages à niveau qui figurent dans la liste sont « dangereux », mais plutôt qu'ils ont un potentiel de risque plus élevé.

Pour consulter la carte sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Le professeur émérite de l'Université de Waterloo Frank Saccomanno, qui a participé à l'élaboration du logiciel, décrit le système comme un outil objectif, conçu pour aider les inspecteurs de Transports Canada à déterminer quelles intersections auraient le plus besoin de travaux d'amélioration.

«Dans une situation où le financement est limité [...] il faut déterminer à quels passages à niveau de l'argent est requis et ceux qui sont les plus susceptibles de provoquer des accidents.» - Frank Saccamanno, professeur émérite qui a participé au développement de GradeX

Les passages à niveau en chiffres

  • 17 000 passages à niveau au Canada;
  • 17 % possèdent des barrières de sécurité;
  • 22 % possèdent des cloches et des lumières clignotantes;
  • un peu plus de 50 % ne possèdent qu'un panneau indicateur de passage à niveau, parfois accompagné d'un panneau arrêt.

Source: Bureau de la sécurité des transports du Canada et Ressources naturelles Canada

Pertes de vies

Depuis l'an 2000, plus de 460 personnes ont perdu la vie en traversant ces intersections, selon les données du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST).

Après des années de discussions entre les opérateurs de chemin de fer, les municipalités et Transports Canada, le gouvernement fédéral a finalement mis en place de nouvelles régulations en 2014, exigeant des travaux d'amélioration partout au Canada. Les nouvelles normes ne s'appliqueront toutefois aux passages existants qu'à partir de 2021.

Des municipalités maintenues dans l'ignorance

CBC a contacté de nombreuses municipalités au pays : la plupart d'entre elles n'ont jamais entendu parler de GradeX ou de la liste des intersections à haut risque générée en 2014.

Deux passages à niveau dans la petite ville de Spruce Grove, à l'ouest d'Edmonton, se trouvent par exemple dans les 10 intersections où les facteurs de risque présents au moment de l'analyse étaient jugés parmi les plus importants au pays. Mais la municipalité n'en a jamais été mise au courant, selon la porte-parole de la ville, Jennifer Hetherington. Les fonctionnaires municipaux, le chef des pompiers ainsi que les départements de génie civil et des travaux publics rencontrent pourtant Transports Canada chaque année.

Mme Hetherington indique par contre que le Canadien National a entrepris certains travaux de réfection l'année dernière.

Les 10 communautés où se trouvent les passages à niveau à plus haut risque

La semaine dernière, une collision mortelle est survenue au quatrième passage à niveau jugé le plus à risque au Canada, selon le classement de 2014.

Deux femmes âgées de 37 et 39 ans ont perdu la vie le 4 avril, lorsque leur voiture est entrée en collision avec un train de passagers de VIA Rail à un passage à niveau, dans le sud-ouest l'Ontario.

Dans ce cas aussi, les autorités municipales et le public n'avaient pas été informés des risques associés à cette intersection.

Un secret bien gardé

CBC a obtenu de Transports Canada la liste des passages à haut risque. Il est toutefois rare que l'agence fédérale publie ou partage ce document.

Elle a notamment refusé de fournir à CBC l'accès à Gradex.ca, le portail internet de Transports Canada qui contient les archives et les données concernant l'ensemble des passages à niveau au pays.

L'an dernier, Transports Canada a publié une évaluation du programme d'amélioration des passages à niveau, qui sert entre autres à financer la modification des intersections identifiées comme étant à plus haut risque.

Le document note que les accidents et les décès aux passages à niveau persistent, même si le nombre d'accidents est à la baisse, selon une tendance à long terme.

«Bien que les inspecteurs régionaux de Transports Canada aient, dans certains cas, identifié et discuté des projets potentiels des demandes avec des compagnies de chemin de fer et des administrations routières, aucun effort national complet et systématique n'a été fait pour identifier et mener des interventions auprès des intervenants afin de cibler particulièrement les passages à niveau au risque le plus élevé dans l'ensemble du Canada.» - Évaluation du programme d'amélioration des passages à niveau de Transports Canada

Dan Holbrook du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) dit qu'il n'a été mis au courant que récemment de l'existence du système GradeX. Il pense qu'il n'y a aucune raison de garder ces informations secrètes et demande à Transports Canada de les rendre publiques.

Il indique que les inspecteurs du BST publient toujours des avertissements et des avis publics lorsqu'ils détectent un problème pendant l'enquête sur un accident.

« Nous ne mettons pas l'information sur une tablette. Nous la transmettons aux gens qui peuvent s'occuper du problème le plus rapidement possible [...] il y a un sentiment d'urgence qui nous pousse à rendre ces informations publiques. »

Transports Canada n'a pas répondu aux demandes d'entrevue de CBC/Radio-Canada.

Avec la collaboration de Jacques Marcoux

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