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Ivan Cavallari: Un ancien de la Scala et du Bolchoï prendra la tête des Grands Ballets Canadiens (ENTREVUE)

06/04/2016 04:34 EDT | Actualisé 06/04/2016 04:47 EDT
Sasha Onyshchenko

Les Grands Ballets canadiens de Montréal ont recruté un ancien étudiant de la Scala de Milan et du Bolchoï de Moscou pour succéder à Gradimir Pankov à la direction artistique en juin 2017. Ancien danseur-étoile du Ballet de Suttgart, ex-directeur du West Australian Ballet et actuel directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin, Ivan Cavallari s’amènera à Montréal en juillet prochain, afin d’entreprendre une année de transition et d’apprivoiser les danseurs… qu’il n’a jamais vus en spectacle.

Si l’information a de quoi surprendre les non-initiés, il s’agit toutefois d’une pratique courante dans le milieu de la danse. « Quand j’ai postulé pour le West Australian Ballet et le Ballet du Rhin, je ne les avais jamais vu danser non plus. Ce n’est pas un risque d’accepter le poste sans les avoir vus en spectacles. Je comprends le répertoire des Grands Ballets et je peux facilement imaginer que les danseurs de la compagnie possèdent les qualités pour le danser », explique-t-il dans un français impeccable.

Parcours étoilé

Né à Bolzano en Italie, en 1964, Cavallari a été formé à Milan et à Moscou dans les années 80, avant de danser pour le Ballet de La Scala et d’être nommé danseur étoile à Stuttgart, en 1991. Travaillant ensuite comme chorégraphe pendant des années, il a ressenti le besoin de prendre les rênes d’une compagnie en 2007, année où il a été placé à la tête du West Australian Ballet.

« Après ma carrière de danseur, j’ai vécu une période d’environ sept ans à tester différentes choses: l’enseignement, la chorégraphie et la mise en scène avec plusieurs compagnies. J’ai remarqué qu’après quelques semaines, lorsqu’on a réussi à instaurer de bons rapports avec les danseurs, c’est déjà le moment de partir. Au bout d’un certain temps, j’ai eu envie de construire quelque chose de plus solide. »

Après cinq ans en Océanie, il a pris la direction du Ballet de l’Opéra national du Rhin, et voilà qu’il fait le saut en Amérique pour diriger la destinée des Grands Ballets. Un groupe de danseurs qu’il connait surtout de réputation.

« Les Grands Ballets jouissent d’une importante renommée à travers le monde. Les œuvres de tous les grands chorégraphes font partie de leur répertoire. Et la compagnie compte sur des danseurs avec des personnalités très différentes. Ici, c’est important de reconnaître l’individualité des danseurs. »

Il espère déployer sa propre individualité au Québec, après avoir composé avec les nombreuses contraintes en Alsace. « Au Ballet du Rhin, tout est construit en fonction de l’opéra : la planification, les spectacles, le budget. On a une certaine latitude artistique, mais elle est fragilisée par toutes les décisions de cette grande administration. Je suis soulagé de pouvoir prendre les décisions à Montréal. Quand on est un artiste, on veut faire vivre son art, sans être limité par les choses déjà fixées par quelqu’un d’autre. »

ivan

Changement en douceur

Lors de son entretien d’embauche avec le conseil d’administration des Grands Ballets, Ivan Cavallari a présenté sa vision pour le futur de la compagnie, mais il demeure discret sur ses intentions. « Chaque directeur a des idées pour que la compagnie corresponde à son style et ses instincts. Mais mes projets seront évalués au cours de la prochaine année. Depuis 18 ans, Gradimir est le mur porteur de cette maison. Je dois y entrer lentement.»

On peut tout de même imaginer qu’il inclura certaines de ses œuvres dans les programmations à venir. « Pour le moment, ce n’est pas une priorité. Mais si je vois que c’est approprié, je vais le faire. J’ai beaucoup à découvrir et à mettre en place avant de penser à ça. La prochaine année sera pleine de questions. Je veux mieux connaître les danseurs pour faire des choix plus éclairés.»

Un nouveau Casse-Noisette?

Peut-être présentera-t-il un jour sa version de Casse-Noisette, créée en 2008 avec le West Australian Ballet et acclamée par la critique. « Pour l’instant, je n’ai pas l’intention de changer la tradition. On va continuer d’offrir la chorégraphie de Fernand Nault que le public québécois connait. Mais peut-être que nous présenterons un jour ma chorégraphie en parallèle, dans une autre salle. »

Il faut dire que sa version est complètement différente et qu’elle pourrait séduire les spectateurs qui rêvent d’un vent de fraîcheur durant les Fêtes. « Dans mon œuvre, le personnage de Clara n’est pas une enfant, mais une adolescente de 16 ans dans un collège. Un des élèves, qui se nomme Peta, mais qui se cache derrière le surnom de Casse-Noisette, est amoureux d’elle, mais il est extrêmement timide. L’histoire tourne autour d’eux. »

Autre question fondamentale: sera-t-il en mesure d’investir le temps nécessaire à une création, en tant que directeur artistique? « Je vais prendre le temps, répond-il instantanément. Si les deux ne se marient pas, je vais mourir. Je ne peux pas seulement écrire des courriels, faire des contacts avec les autres compagnies et participer à l’administration. Ça doit être équilibré.»

Saison 2016-2017

Le futur directeur aura l’occasion de découvrir ses nouveaux interprètes au cours de la prochaine saison, dont la programmation a été dévoilée hier. Outre le traditionnel Casse-Noisette, on retrouve Roméo & Juliette de Jean-Christophe Maillot, Minus One d’Ohad Naharin, le programme triple composé de Falling Angels et Evening Songs de Jiří Kylián, ainsi qu’une nouvelle présentation de Searching for Home de Stephan Thoss. La compagnie accueillera également le Ballet de l’Opéra de Perm et le Ballet national d’Ukraine, qui présenteront Le Lac des cygnes et Le Mariage de Figaro.

En 2017, il assistera également au 60e anniversaire des Grands Ballets et à leur déménagement dans l’Espace danse de l’Édifice Wilder dans le Quartier des spectacles, aux côtés de l’Agora de la danse, de Tangente et de l’École de danse contemporaine de Montréal.

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