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«La STM pollue notre environnement visuel», croit le designer Michel Dallaire

01/04/2016 10:00 EDT | Actualisé 01/04/2016 10:00 EDT

Le designer du Bixi Michel Dallaire croit que les autobus de Montréal sont d’une laideur insupportable et que les véhicules sont un bien piètre symbole de la métropole. L’homme de 74 ans, qui a travaillé à Expo 67 et aux Jeux de Montréal et qui a conçu les mobiliers de la Grande Bibliothèque et du Quartier international, pense que la ville pourrait en faire un peu plus en matière de design et d’architecture. En entrevue avec Le Huffington Post Québec, il se prononce sur sept projets et enjeux.

» Michel Dallaire sur les «horribles autobus» de la STM…

Le designer n’est pas tendre envers la Société de transport de Montréal. «Je considère que la STM pollue notre environnement visuel avec ses 1 500 autobus. Qu’ils nous mettent ça dans la face, je trouve ça insupportable», indique-t-il.

M. Dallaire en a contre la publicité qui couvre ces «horreurs». «Ça me dépasse, lance-t-il. Sans Jean Coutu, Pharmaprix et Pizza Hut, on serait privé d’autobus à Montréal? Je n’ai rien contre une campagne qui couvre un autobus pendant un mois pour inciter les gens à prendre le transport en commun, mais de la publicité en permanence, je ne peux pas supporter ça.»

«Pourquoi ont-ils besoin de transformer les autobus en véhicules publicitaires? demande celui qui a dessiné le Bixi. Moi je paierais trois cents de plus pour avoir un autobus propre.» Michel Dallaire trouve aussi le véhicule horrible. «C’est davantage une boîte d’autobus qu’un autobus. Il n’y a aucune suggestion de mouvement dans le design, aucune sensualité dans ces objets qui se promènent partout dans la ville, alors que quand on pense le design d’une voiture, il y a des courbes, on tente de séduire.»

Mais prendrait-on davantage l’autobus si les véhicules étaient mieux dessinés? «Non! répond sans hésiter M. Dallaire. Quand je prends l’autobus, je me fous de ce que ça a l’air. C’est ceux qui ne le prennent pas qui l’ont dans la face. Et il y a beaucoup plus de monde en dehors des autobus qu’en dedans!»

» Michel Dallaire sur le nouveau métro (et son nom étrange)...

M. Dallaire aime les vieilles voitures de métro qu’il décrit comme propres et intemporelles. «Après 50 ans, le métro n’a pas l’air vieux.» Mais il trouve que les nouvelles voitures Azur ont plus de sensualité et que le design est réussi.

Il est toutefois fasciné par le nom qu’on a donné au nouveau métro. «Est-ce qu’il y a quelque chose de moins souterrain qu’Azur? Azur exprime, pour moi, le ciel alors que nous sommes ici entièrement sous le sol!»

» Michel Dallaire sur le vieux métro…

Le designer s’est récemment montré outré par le fait que l’on cherche à donner une nouvelle vie aux voitures de métro qui seront remplacées. «Je trouve ça de très mauvais goût. Un stand à patates dans une ancienne voiture, ça pollue l’environnement.» M. Dallaire se dit très rigide – «certains diront plates», avoue-t-il – quand il est question de détourner la vocation originale d’un objet.

Il dit toutefois avoir apprécié une des propositions qui a été mise sur la table : celle de la Passerelle des possibles, où les vieilles MR-63 serviraient de passage entre Rosemont et le Plateau. «L’objet garde ses roues, il est sur des rails. Il n’est pas sorti de son contexte.»

» Michel Dallaire sur l’architecture quelconque de Montréal…

«La qualité de l’architecture à Montréal n’est pas toujours intéressante», lance M. Dallaire. Le designer prend en exemple les nouvelles tours de René-Lévesque, au coin de Guy, qui sont «sans surprise». «Leur style aura une durée de vie très courte. Ce n’est pas très beau à mon avis.»

Michel Dallaire croit qu’il faut une volonté politique pour «casser le moule». «De l’uniformité naît l’ennui, se plaît-il à rappeler. Ça prend des hommes politiques qui ont une vision et qui imposent un peu plus les choses», poursuit-il, en soulignant que Montréal gagnerait à avoir des bâtiments signature, des constructions emblématiques. «Comme disait Gustave Eiffel, notre rôle est de faire autrement.»

michel dallaire

Michel Dallaire

» Michel Dallaire sur Expo 67 et l’emplacement de L’Homme de Calder…

Michel Dallaire a obtenu son premier emploi pour Expo 67, un événement phare, selon le designer. Il se désole qu’on semble accorder bien peu d’importance au 50e anniversaire de l’exposition universelle, prévu l’an prochain. «Présentement, tout est dirigé vers le 375e, c’est le milestone de Gilbert Rozon. Je ne suis pas contre, mais ce qui a mis Montréal sur la carte, c’est Expo 67 et les Jeux de 1976. Il est important de souligner le 50e, surtout que beaucoup de ses acteurs ont commencé à nous quitter.»

«Le problème avec l’île Sainte-Hélène, c’est l’accès», déplore M. Dallaire, qui aimerait que la sculpture L’Homme, de Calder, l’œuvre d’art public la plus importante de la métropole, soit déplacée au centre-ville. «Ce serait, alors, vraiment un emblème de Montréal. Présentement, c’est la croix du mont Royal. Ce n’est pas mauvais, mais il nous manque d’œuvres majeures au centre-ville. L’Homme, j’aimerais mieux le voir au quotidien.»

» Michel Dallaire sur les nouvelles bornes de recharge électriques…

Le créateur s’est enflammé dans un éditorial de François Cardinal paru dans La Presse +, lundi, arguant que les nouvelles bornes de recharge pour les voitures électriques installées dans le Quartier international – où il a signé le mobilier urbain – étaient horribles et s’intégraient bien mal à leur environnement.

«Quand j’ai vu les bornes et leurs longs fils, j’ai pensé à l’aspirateur Electrolux de ma mère. Et je me suis demandé pourquoi chaque voiture électrique n’avait pas sa rallonge? On n’emmerderait pas tout le monde avec des fils qui pendent partout sur les bornes! Pourquoi personne n’y a pensé?»

» Michel Dallaire sur le coût d’un bon design…

«Imprimer un bon livre, ça coûte le même prix que d’en imprimer un mauvais. C’est la même encre, le même papier. Un sera best-seller, l’autre restera sur les tablettes…» Michel Dallaire croit que c’est la qualité du concept et l’intelligence de la proposition qui compte.

«Le projet le moins cher peut être très beau. Le beau ne coûte rien. Le beau, c’est le talent», conclut-il.

Voir aussi:

Section spéciale - La face caché des objets urbains

Dans les coulisses du transport en commun montréalais