DIVERTISSEMENT

Gala du cinéma québécois : en toute sensibilité (ENTREVUE)

19/03/2016 05:19 EDT | Actualisé 19/03/2016 05:19 EDT
Radio-Canada.ca

Pénélope McQuade animera dimanche sa troisième cérémonie dédiée au septième art québécois. Il y a eu deux Soirées des Jutra, l’une en duo avec Laurent Paquin, en 2014, et l’autre avec Stéphane Bellavance, l’an dernier.

Demain, c’est le Gala du cinéma québécois qu’elle conduira, à nouveau auprès de son ami Bellavance. La base de l’événement demeure la même, récompenser les artistes et artisans du cinéma d’ici, mais l’appellation et le statuette ont été modifiés dans la foulée, il y a quelques semaines, de la troublante affaire concernant le cinéaste qui donnait auparavant son nom à la célébration, Claude Jutra.

Un tel tsunami médiatique aurait pu décourager n’importe quel animateur de rester le visage officiel de la remise de prix. Normand Brathwaite et Véronique Cloutier ont souvent exprimé à quel point il pouvait être difficile de piloter le Gala des Prix Gémeaux dans un contexte de chicanes de producteurs. Or, l’affaire Jutra, bien pire, était d’une délicatesse épidermique, tant pour l’industrie du cinéma que pour le public. La nature des accusations suscitant à la fois scandale, consternation, dégoût et crainte, personne, dans l’entourage impliqué du gala, ne pouvait garder les bras croisés.

Dès que La Presse+ a fait état des allégations de pédophilie contenues dans la biographie de Claude Jutra par l’auteur Yves Lever, plusieurs ont crié haut et fort que les trophées Jutra devaient être rebaptisés. Quand le témoignage d’une première victime, nommée «Jean» par La Presse+, a été publié, les protestations ont redoublé d’ardeur. La possibilité d’annuler carrément le gala a même été soulevée. Québec Cinéma, qui chapeaute toute l’entreprise, n’a pas tardé à réagir. Au bout de trois jours et demi de manchettes accablantes et de spéculations, l’organisme annonçait que la Soirée des Jutra ne s’intitulerait plus La Soirée des Jutra.

Au plus fort de la tempête, Pénélope McQuade et Stéphane Bellavance étaient en constant contact avec Québec Cinéma. Et c’est la solidarité et la sensibilité de cette équipe qui ont convaincu Pénélope et son comparse de ne pas quitter le navire. Même que le tandem n’a même pas contemplé l’idée d’abandonner, jure McQuade.

«On a une équipe extrêmement bienveillante, explique Pénélope. On s’est tous suivis, là-dedans. On était sur la même longueur d’ondes. Stéphane est quelqu’un d’extrêmement généreux. Ça aurait pu nous déstabiliser, mais on est restés très unis, là-dedans. On réfléchissait tout le monde ensemble. Il n’y a pas de moments où j’ai eu l’impression qu’on allait dans une direction inacceptable. Et je pense qu’on peut dire, en toute humilité, Stéphane et moi, qu’on a bien accompagné Québec Cinéma là-dedans, et vice-versa, eux nous ont bien épaulés.»

Aborder le sujet de front

N’empêche. Pénélope McQuade se serait-elle sentie capable d’affronter pareille situation il y a deux ans, lorsqu’elle tenait pour la première fois les rênes d’un rassemblement du genre, une expérience casse-gueule en soi, controverse ou pas?

«C’est difficile à dire, avoue la principale intéressée. À la première année du gala, avec Laurent Paquin, c’aurait été difficile. Là, c’est la troisième année. On a établi un bon contact avec le public, l’an dernier. Stéphane et moi, on joue la carte de l’authenticité. Je pense que ça va se faire assez naturellement. C’était difficile de voir tout ça aller, pour des raisons émotives, mais ça aurait pu l’être plus si on n’avait pas eu une équipe aussi soudée, sensible et bienveillante derrière nous.»

Le monologue d’ouverture, que les deux hôtes souhaitaient à prime abord très humoristique, a bien sûr été repensé après le tourbillon.

«C’est à nous d’aborder la question de front dans le gala, reconnaît Pénélope McQuade. C’est notre responsabilité. On a envie de s’adresser aux gens qui nous regardent, à la maison ou dans la salle, à toutes les personnes qui, de près ou de loin, sont impliquées dans des cas d’agression et de pédophilie. Il y en a beaucoup plus qu’on pense. On veut faire ça respectueusement. On ne s’étendra pas sur le sujet, on va le faire de façon sobre, authentique, sans plomber le début du gala. On veut que ça soit respectueux, notamment pour les gens de l’industrie, qui ont travaillé longtemps sur leur film, et à qui cette soirée est dédiée.»

«Et on veut rester dans des numéros le fun, à notre image. C’est la chose la plus intègre à faire pour les gens du milieu et les cinéphiles qui nous regardent.»

Sur une note plus joyeuse, quel long-métrage a séduit Pénélope McQuade dans la dernière année de grand écran?

«J’ai trippé sur Les démons. J’ai adoré les acteurs, dont le fils de Mara Tremblay et Daniel Grenier, et Pier-Luc Funk dans un contre-emploi, et la façon dont l’histoire est racontée.»

Notons que Mariloup Wolfe, Pascale Bussières, Louise Portal, Gilbert Sicotte, Anne-Élisabeth Bossé, Martine Francke, Guy Jodoin et Xavier Dolan remettront des trophées au Gala du cinéma québécois, dimanche. Radio-Canada assure la transmission en direct dès 19h30, juste après l’émission spéciale «tapis rouge», animée par Herby Moreau et Claudine Prévost. La fête a lieu au Monument-National, à Montréal.

Un «nouveau» talk-show

2016 est, c’est le moins qu’on puisse dire, une année de défis pour Pénélope McQuade. En plus de ce Gala du cinéma québécois qui tiendra partiellement sur ses épaules, la belle reprendra le 4 avril les commandes de son talk-show estival à Radio-Canada, dans une formule complètement revampée.

L’émission quotidienne éponyme qui était sienne depuis 2011 a été transformée et arbore maintenant le titre Les échangistes.

Chaque jour, Pénélope y discutera avec des invités, comme c’était le cas dans le passé, mais aussi avec deux collaborateurs réguliers qui se relaieront au fil des jours et apporteront leur épice personnelle aux échanges : Christian Bégin, Renée-Claude Brazeau, Alex Perron, Jean-Sébastien Girard, Fred Dubé, Salomé Corbo, Pier-Luc Funk, Anaïs Favron, Patrick Masbourian, Anne Casabonne, Jean-François Breau et Jean-René Dufort sont du groupe. Le procédé est à peu près le même que celui préconisé par Éric Salvail à son rendez-vous Éric et les fantastiques, à Énergie, depuis septembre. Pas de hasard ici, c’est Salvail & Co, la maison de production de l’animateur-vedette de V, qui coproduit maintenant la tribune de Pénélope. Certains «échangistes» de Pénélope sont aussi des «fantastiques» d’Éric, comme Renée-Claude Brazeau et Anne Casabonne.

«C’est un énorme nouveau défi, s’emballe Pénélope. Même si les cotes d’écoute étaient encore bonnes et qu’on ne montrait pas de signes d’essoufflement l’an dernier, Radio-Canada aurait pu décider de changer, après cinq ans. C’est rare que des émissions durent aussi longtemps. Moi, je capote qu’on m’ait demandé de poursuivre, en commençant un nouveau talk-show. Ce n’est pas comme la première année, où on déconstruisait Bons baisers de France (avec France Beaudoin) et où je n’avais pas encore complètement ma place. Là, on construit quelque chose, dans un nouveau décor, tout est nouveau.»

Radio-Canada a eu du flair en ramenant Pénélope McQuade à son antenne pour la saison chaude, puisque celle-ci vient de décrocher sa toute première nomination en carrière au Gala Artis. Preuve que le public l’aime beaucoup. Un honneur qui l’a beaucoup émue, a-t-elle précisé en conférence de presse, lundi dernier.

Qui plus est, sur Première Plus , Pénélope est en outre à la tête de Parce qu’on est en 2016, une table ronde hebdomadaire où sont débattus des enjeux féministes, avec des panélistes qui en ont long à dire, comme Pascale Lévesque, Judith Lussier, Geneviève Pettersen et Maripier Morin.

Jutra 2016 - Dévoilement des nominations