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«Quills» à l'Usine C: Censurer l'innommable (VIDÉO/PHOTOS)

18/01/2016 11:01 EST | Actualisé 16/03/2016 02:25 EDT
"Quills" un court-métrage Hydro-Québec réalisé par Eliot Laprise

"C'est toujours dans l'adversité que s'épanouit l'artiste"Un court-métrage Hydro-Québec réalisé par Eliot Laprise. "Quills" de Doug Wright, traduction de Jean-Pierre Cloutier, dans une mise en scène de Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage, à l'affiche au Trident jusqu'au 6 février. Un production Ex Machina en coproduction avec Le Théâtre du Trident

Posté par Théâtre du Trident sur 14 janvier 2016

Toute sa vie durant, le marquis de Sade a agité sa plume, dans tous les sens du terme. Dans la plus récente offrande du Trident, Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage font plus que ressusciter la légende: ils en questionnent la censure.

Mort dans l’asile de Charenton en 1814, l’irrévérencieux personnage reprend vie ces jours-ci sous les traits du très convaincant Robert Lepage.

Quills – mot qui renvoie à la plume de l’écrivain – est campé dans l’asile d’aliénés où le marquis passe les dix dernières années de sa vie. Ses séjours à Vincennes et à la Bastille ne l’ont pas assagi: même chez les fous, sa « démence libertine » dérange. Sans cesse, il accouche de nouvelles fables, qui se propagent hors des murs grâce à une jeune lavandière.

L’arrivée du docteur Royer-Collard (Jean-Sébastien Ouellette, ambitieux et tyrannique) signe le glas des bons traitements réservés au marquis. Une réforme s’impose dans l’institution, et il faut faire taire l’écrivain.

Quand on lui saisit son matériel d’écriture, il trouve d’autres moyens pour distribuer ses histoires, au plus grand déplaisir du docteur et de l’abbé de Coulmier (Jean-Pierre Cloutier, plein de bonté et de vulnérabilité). On laissera au lecteur le soin d’imaginer ce qu’il utilise comme substitutifs au papier et à l’encre.

«Quills» au Trident


Pornographique et philosophique

Dans Quills comme dans les œuvres de Sade, il y a surabondance de détails grivois et d’actes sexuels aux limites de l’entendement. Sur la scène du Trident, la nudité, les sévices corporels et autres jouissances immorales sont suggérés et dans certains cas, exhibés.

Pourtant, il n’y avait pas que des idées perverses dans la tête du marquis. « À l’époque, ce qu’il écrivait était considéré comme de la pornographie, mais il y a un autre aspect de l’écriture du marquis qui est extrêmement philosophique, explique Jean-Pierre Cloutier, l’un des metteurs en scène. C’est un personnage qui embrassait l’humanité dans sa totalité, dans le bien comme dans ce qu’on est capable de faire de plus obscur. »

Car dans la pièce de Doug Wright, l’innommable n’est pas là en vain. Au-delà du sadisme – mot inventé pour décrire les récits du « divin marquis » – c’est toute une réflexion sur la censure qui insuffle sa force à l’œuvre.

Lorsqu’il rédige Quills, Wright entend dénoncer la censure dont le milieu de l’art contemporain fait les frais dans le New York des années 1990. « Il a voulu se servir du personnage de Sade comme métaphore » d’une situation où on « a coupé les vivre à beaucoup d’artistes pour des raisons de pudeur, de décence, de morale », indique Robert Lepage.

Vingt ans plus tard, force est de constater que les remparts de la censure tiennent toujours après dix ans de gouvernement Harper. « Des compagnies de danse ou de théâtre pour enfants par exemple se sont fait couper sous prétexte qu’elles n’étaient pas représentatives de la morale et des valeurs canadiennes », exemplifie l’homme de théâtre.

Quills a été présentée au Théâtre du Trident jusqu’au 6 février 2016 et sera présentée à l’Usine C du 16 mars au 9 avril 2016. Pour tous les détails, c'est ici.

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