POLITIQUE

Les provinces et territoires résistent à une tarification unique du carbone (VIDÉO)

03/03/2016 05:14 EST | Actualisé 04/03/2016 07:58 EST

Le premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux étaient réunis à Vancouver pour discuter de l'adoption d'un cadre pancanadien de lutte contre les changements climatiques. Ils n'ont pas réussi à s'entendre sur un prix pancanadien du carbone, mais se sont plutôt entendus pour entreprendre des groupes de travail qui mèneront à un plan plus concret pour l'automne prochain.

Les premiers ministres se donnent donc un nouvel échéancier. Les provinces semblent avoir réussi à obtenir la flexibilité qu'ils réclamaient d'Ottawa. L'établissement d'un prix unique pour le carbone était au cœur des discussions et le dossier a suscité beaucoup de résistance des provinces.

Plusieurs ministres ont signalé leur opposition à une tarification nationale du carbone comme outil de réduction des GES, telle que proposée par le gouvernement fédéral.

La Nouvelle-Écosse s'y oppose; elle estime que ses autres initiatives pour lutter contre les changements climatiques sont suffisantes. Le Québec et l'Ontario, qui ont déjà une bourse du carbone, et la Colombie-Britannique, qui a une taxe sur le carbone, ne veulent pas qu'on s'ingère dans les mécanismes déjà en place. Le premier ministre québécois Philippe Couillard a dit qu'un prix pancanadien est une « très mauvaise idée ».

Les dirigeants de la Saskatchewan, du Manitoba, du Yukon, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest seraient aussi opposés à cette tarification unique.

Le Saskatchewanais Brad Wall a signalé qu'il ne signerait pas une entente qui comprendrait une tarification sur le carbone en raison de la « situation du secteur de l'énergie » dans sa province. Darrell Pasloski, du Yukon, craint que cela n'ajoute un fardeau supplémentaire dans une région où « le coût de la vie est déjà très élevé ».

Christy Clark, de la Colombie-Britannique, en revanche, est ouverte à l'idée. Le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger, assure que, même s'il rejette ce qu'il appelle une taxe sur le carbone, il est tout de même prêt à s'attaquer aux changements climatiques. « Nous avons un plan qui est assez à jour, mais nous aimerions en faire davantage comme province, alors nous sommes ouverts à mettre, peut-être, un prix sur le carbone », a-t-il affirmé, en ajoutant qu'il veut mieux comprendre quels appuis proviendraient du gouvernement fédéral.

Respecter les mécanismes déjà en place

Les premiers ministres des provinces et des territoires demandent au gouvernement fédéral de faire preuve de flexibilité et de respecter les compétences provinciales en matière d'environnement.

Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, David Heurtel, croit qu'avant de parler d'un prix national, il faut s'assurer que les provinces mettent elles-mêmes en place les mécanismes de lutte contre les changements climatiques les mieux adaptés à leur réalité.

« C'est déjà 80 % du Canada qui a ou qui va avoir bientôt une forme de prix sur le carbone. Les provinces sont mieux équipées pour lutter contre les changements climatiques; elles ont les compétences », dit le ministre Heurtel.

Steven Guilbeault, porte-parole d'Équiterre, précise toutefois que le gouvernement fédéral ne veut pas imposer un système unique à l'échelle du pays, mais veut plutôt établir un prix plancher pour le carbone. Ainsi, les provinces qui ont déjà leur propre système pourront le garder et celles qui n'en ont pas devront établir leur propre système ou se tourner vers une initiative fédérale, dit-il.

« Je pense que la dernière chose que le gouvernement fédéral veut faire est de détruire ce que les provinces comme le Québec ont fait, de [leur] mettre des bâtons dans les roues. »

M. Guilbeault est sûr que les ministres réussiront à s'entendre. « C'est le début d'une conversation. Ce n'est que la deuxième fois qu'ils se rencontrent. C'est normal qu'ils n'aient pas encore réussi à s'entendre sur tout. »

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Le premier cabinet de Justin Trudeau